Accueil / Romance / Les Lettres que tu n'as jamais lues / Chapitre 2: Le Poids du vide

Share

Chapitre 2: Le Poids du vide

Auteur: Lucentia
last update Dernière mise à jour: 2025-08-17 15:01:41

L'amour, c'est le plus beau des sentiments qui puisse exister. Mais à ça s'ajoutent d'autres facteurs qu'on ne peut absolument pas mettre de côté.

Un enfant représente beaucoup pour un foyer. Ce lien indescriptible entre deux personnes… ce lien nous avait été refusé, et je m'en voulais de n’avoir pas pu combler mon foyer d’un être si merveilleux.

Bryan voulait un enfant du plus profond de son cœur, mais je ne pouvais pas lui donner ce qu'il désirait tant ; j'en étais incapable. J'étais une femme, mais à moitié.

Ce désir a eu raison de nous. Je n'avais pas besoin de l'entendre me le dire, je ressentais ses non-dits. L'espoir dans ses yeux s'éteignait petit à petit, et j'étais incapable de le rallumer.

Nous partagions à présent la même maison, mais entre nous, la flamme s'était éteinte.

Les tentatives, à maintes reprises, se soldaient par le même résultat.

— Vous ne pourrez pas avoir d’enfant ! Il vous est impossible de porter une grossesse à terme !

Au début, je refusais de m'y résoudre. Je voulais un enfant. Bryan voulait un enfant. Notre amour avait besoin de cet enfant.

Le jour où tout a basculé, je m'en rappelle comme si c'était hier.

Nous rentrions désespérés après une énième tentative ratée, un énième résultat négatif, un énième espoir qui disparaissait.

À la différence des tentatives précédentes, cette fois-ci, je vis dans le regard de Bryan l'espoir le quitter totalement. Nos mains, autrefois entrelacées, s’étaient séparées, et à aucun moment sa main n'avait frôlé la mienne.

Un silence régnait à présent. J'avais besoin de son réconfort, mais je ne le trouvais plus. Bryan survivait, mais là, c'était de trop.

Pour ne rien arranger, les visites de sa mère ne manquaient pas de me rappeler à quel point j'étais devenue « inutile » comme femme.

— Tu ne mérites absolument pas mon fils. Libère-le, il mérite d'avoir une famille. Si tu n'en es pas capable, tu devrais le laisser refaire sa vie avec une femme qui en vaudra le coup !

Je me mettais dos à elle. Ses paroles retentissaient comme des coups de poignard, mais ce qu'elle disait n'était pas faux. C'était blessant, certes, mais c'était vrai. J'étais incapable de donner un enfant à son fils. Je le privais de ce droit. Et je comprenais que Bryan commençait à en avoir marre…

Plus de :

— Maman, ça suffit ! Ça arrivera au bon moment ! Laisse-nous du temps ! Carine, c’est la femme de ma vie et nous aurons nos propres enfants !

Tout ça n’existait plus et je ne pouvais pas lui en vouloir. Au contraire, je m'en voulais.

Qu'avais-je fait pour ne pas mériter ce droit d'enfanter, moi aussi ?

N'en étais-je pas digne, moi aussi ?

Jamais je ne serais heureuse d'avoir mon enfant dans mes bras, de le bercer, de le nourrir et de lui dire à quel point sa naissance est la plus belle des choses qui me soit arrivée.

Ce câlin magique qui me rassurait à chaque désillusion, je ne le recevais plus. Et à force, je ne le réclamais plus.

Les repas refroidissaient sous l'attente interminable des soirées où je me retrouvais de plus en plus seule.

Cette première fois où il a décidé de retrouver ses copains pour « une soirée », je m'en souviens encore aujourd'hui.

— Bryan, le dîner est servi !

D’un regard en coin sur la table, il attrapa aussitôt son blouson et lança cette phrase :

— Je ne dînerai pas à la maison ce soir. Je vais passer la soirée avec des potes !

— Bryan, ne…

À peine avais-je commencé à parler que la porte se referma aussitôt derrière lui.

En presque quatre ans de vie commune, Bryan n'avait jamais manqué un dîner. Ses copains, avec qui il préférait désormais passer ses soirées, étaient autrefois accueillis à la maison, et nous nous retrouvions autour de ce repas. Mais ce soir-là, il déclara ne pas le passer à mes côtés.

Je m’appuyai contre la table, puis petit à petit je me résignai et m’assis. Face à moi, une chaise vide… celle qu’occupait Bryan, qui ne manquait pas autrefois de me prendre la main et de me rappeler à quel point j’étais la femme de sa vie et que nous aurions une belle et grande famille.

Ce soir-là, je me retrouvai toute seule, et c'était le début d'une longue descente dans le néant.

Il rentrait désormais tard, et mes remarques étaient plus insignifiantes les unes que les autres. J'avais l'impression de l'ennuyer. À peine je commençais à parler qu’il me tournait le dos, ou qu’il s’endormait sur le canapé du salon.

Il n'allait plus bien, c'était évident. Et moi non plus.

Mes pensées me hantaient. Je me sentais fautive. Je ne parvenais pas à devenir la mère de ses enfants tant attendus et espérés.

Et ma jalousie envers les autres femmes s’intensifiait malgré moi. Je voyais la distance entre nous comme une trahison.

À la moindre occasion, je fouillais son portable. Je ne trouvais rien, mais ça ne me rassurait pas non plus.

— Carine, qu'est-ce que tu fais ? Tu fouilles dans mon portable ? Qu'est-ce qui t'arrive ?

Rouge de colère, je ne tardai pas à exprimer ce que je ressentais.

— Bryan, qu'est-ce qui nous arrive ? Je ne te reconnais absolument plus. Tu m'évites, tu ne me calcules plus du tout. Je suis devenue invisible, c'est ça ? Après tant d'années, c'est comme ça que tu me traites ?

Il me regarda en silence. J'aurais préféré qu'il dise un mot. Mais non, il me fixait. J'avais besoin d'entendre sa voix, de l’entendre me rassurer, de croire que tout irait bien et que nous surmonterions cette épreuve ensemble, plus soudés que jamais. Mais non. Cette fois-ci, j'étais seule face à cette réalité qui me sautait au visage.

Je ne pouvais pas être mère, et Bryan en avait marre d'attendre ce qui n’arriverait jamais.

— Je sors, je vais prendre l'air. Ne m'attends pas !

Je ne devais plus l'attendre. Je ne devais plus m'inquiéter pour lui.

C'est dur, pour une femme, de se rendre compte qu'elle n'est plus suffisante pour son mari. C'est très dur, même.

Arriva ce fameux jour où j’ai ressenti le déclic.

Je l’ai vu du haut de notre véranda. Il souriait avec une autre femme. Il lui tenait les mains, et je le voyais à nouveau heureux.

À un moment, il leva la tête vers le balcon. Ma main s'agrippa à la porte et mon pied recula, mais il me vit… et je crois qu'il voulait que je le voie.

Je sentis la tristesse et la douleur m’envahir tout entière. Mon cœur criait à l’aide sans que je ne puisse parler. Je saignais de douleur, et mes yeux rougissaient de désespoir face à cette scène.

Était-ce vraiment la fin ?

Si je voulais me voiler la face, la réalité, elle, était toute autre.

Les appels nocturnes, les messages tard le soir, les sorties de plus en plus fréquentes, et cette froideur entre nous deux… Ses silences me tuaient à petit feu. Je devenais esclave de cette vie de couple qui n’était plus fondée sur rien.

Une fin de journée, où Bryan n’était toujours pas là, je fis ce choix. Un choix lourd de conséquences. Mais à quoi bon, puisque je ne lui apportais plus rien ? À quoi bon, si je n’étais plus celle qui le faisait rire et avec qui il voulait passer ses journées ?

Je me suis décidée, enfin.

La main posée sur ma poitrine, les yeux inondés de larmes, je lui laissai cette lettre.

Cette lettre qui marqua la fin du supplice que nous subissions tous les deux.

Je quitte sa vie. Et avec moi, mon infertilité.

Continuez à lire ce livre gratuitement
Scanner le code pour télécharger l'application

Latest chapter

  • Les Lettres que tu n'as jamais lues   Chapitre 42: Mise à nu

    — Bryan, Lise, il est temps que vous discutiez tous les deux, déclara Thierry avec fermeté.Il empoigna Lise, qui le regardait durement.— Mais comment as-tu pu ?! murmura-t-elle, très remontée.— Lise, je le fais pour vous deux et pour Carine. Il est temps que tu lui dises la vérité. Et que vous deux puissiez véritablement avancer.— De quelle vérité tu parles ? lança Bryan, les yeux plissés, confus, le regard fondu sur ces deux-là. Il ne comprenait rien à la scène.Lise se retourna instinctivement vers lui.— Maintenant, toi, pars d’ici ! hurla-t-elle.— Lise, ça suffit maintenant ! s’exclama Thierry.Son regard se durcit lui aussi. Il en avait marre de cette situation qui ne profitait à personne.Il savait très bien que celle qui en souffrirait le plus, c’était la petite Léane, qui n’avait rien demandé à personne…Seulement pour elle, et pour voir à nouveau sa sœur plus légère, il fallait crever l’abcès.— Lise, écoute-le une bonne fois pour toutes ! Vous souffrez tous les deux, aj

  • Les Lettres que tu n'as jamais lues   Chapitre 41: La rencontre qu'il faut

    — Commander une pizza alors que le dîner est presque prêt… Cette idée ne pouvait venir que de toi, Thierry. Ça ne me surprend même pas, lança Lise qui ne voyait absolument pas ce qui se tramait derrière son dos…Thierry ouvrit la porte, et tout doucement l’invité improbable entra.Désarmé, le regard fatigué mais avec détermination…Bryan posa ses yeux sur Lise puis se tourna vers Thierry, qui hocha légèrement la tête vers l’avant, comme pour lui signifier qu’il pouvait être là.Avançant vers sa sœur pour l’en informer, il fut pris de court quand cette dernière déclara :— Pour ce soir, c’est bon. Je ferme mon ordi. Même si l’idée de la pizza est totalement farfelue comme toi, je pense que ça me fera aussi du bien… Ça change de mon quotidien. Décidément, t’es venu complètement changer mes habitudes, Thierry…Elle le dit en poussant un léger rire spontané dont elle n’avait plus l’habitude.Thierry ne sut quoi répondre. Arrêté un petit moment quand elle commença à parler, il se décida à

  • Les Lettres que tu n'as jamais lues   Chapitre 40: Le Plan

    — Mais dis donc, c’était une visite express, c’est ça ? lança Lise lorsqu’elle entendit la porte s’ouvrir et qu’elle vit Thierry rentrer…Thierry feigna de regarder sa montre.— Euh… près d’une heure, c’est pas mal non plus… Vous me manquiez déjà beaucoup trop, répondit-il en la rejoignant au salon.— Mais toi, t’as toujours pas quitté ton ordinateur des yeux.Lise le fusilla, sourcils froncés.— C’est tout de même surprenant. Toi qui aimes l’aventure, où est-ce que t’as bien pu visiter en moins d’une heure ?Thierry restait concentré sur son portable, feignant de ne pas l’entendre.— Thierry ? l’interpella-t-elle.— Thierry ?! insista-t-elle.— Hm ?! Quoi ? répondit Thierry avec hâte.— T’es sûr que ça va ?— Oui, tout va bien, pourquoi ?— Je te trouve un peu… bref. Je vais monter regarder la petite, déclara-t-elle. Elle referma la machine face à elle.— Je viendrai vous rejoindre un peu plus tard, lança-t-il en souriant légèrement.Mais Lise montait les marches en le regardant de f

  • Les Lettres que tu n'as jamais lues   Chapitre 39: Sur la Voie...

    Bryan ouvrit document après document. Il s’arrêtait, passant nerveusement ses mains sur son visage, puis il continuait avant de s’arrêter à nouveau. Il n’était clairement pas en mesure de travailler. Toutes ses pensées étaient tournées vers cette découverte qui le rongeait encore plus.Chacun de ses gestes était incontrôlé, agité. Il grognait de la voix, soupirant, puis il laissa sa tête retomber contre son bureau avant de la relever. Rien n’allait.Il se leva d’un seul coup. Brusquement, il frappa son poing sur la table. Son visage s’était endurci, sa mâchoire plus serrée que jamais.Il respirait fortement, la douleur se lisant dans ses yeux…Sa poitrine gonflait sous le poids de son lourd chagrin.Tout à coup, il poussa un cri de colère…— Rgrrrrrgghh !!Bousculant tout sur sa table…— Comment ai-je pu être aussi con ?! Carine, elle ne s’est jamais mise avec personne d’autre ! Cathy s’est totalement trompée… Pourquoi ne suis-je pas allé la retrouver ?? Je ne suis qu’un pauvre imbéci

  • Les Lettres que tu n'as jamais lues   Chapitre 38: Une vérité qui inquiète

    Lise restait là, assise, affligée par cette journée mouvementée. Son regard figé droit devant elle et cette tranquillité désarmante reflétaient son tourment…Tout se bousculait dans son esprit. Le coussin du canapé en main, des froissements réguliers démontraient que ce calme n’était qu’en fait une atténuation de cette colère qui était toujours aussi vive en elle.Thierry sortit de la cuisine, deux verres de jus d’orange sur un plateau qu’il vint déposer juste sur la table. Il en prit un et s’avança jusqu’à elle.— Lise, vas-y, prends-le, ça te fera du bien, dit-il.Lise ne regarda même pas en sa direction.— Lise… souffla-t-il une nouvelle fois.Mais toujours rien. Il avait face à lui une Lise absorbée par ses pensées et il savait que ça ne présageait rien de bon.Il soupira, puis il déposa le verre sur la table.Droit devant elle, il la scruta un court instant. Puis de nouveau, il soupira avant de se passer les mains sur le visage.— Écoute, Lise. Je comprends ton état d’esprit à l’

  • Les Lettres que tu n'as jamais lues   Chapitre 37: Un frère en mission

    — Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Les photos ? Ils… ils semblaient si proches. Com-comment est-ce possible ? pensa-t-il, fortement troublé.Sur la place publique, le regard baissé, Bryan broyait du noir. Ses yeux étaient grands ouverts, brillants d’une forte lueur. Il ne parvenait pas à se détourner du sol, tellement ahuri par la situation. C’est comme si tout s’était figé autour de lui. Il n’y avait plus rien d’autre que ses pensées et lui, qui était au plus bas.— Je… je dois comprendre ce qui se passe. Je suis perdu. Je n’ai pas fait d’efforts pour tout ça parce que je pensais que Thierry était le nouvel amoureux de Carine ?! Comment ai-je pu être aussi stupide ? Comment ?Peu à peu, son visage se froissa, ses yeux commencèrent à s’embuer ; sa mâchoire se resserra ainsi que ses poings.— J’ai été horrible ! s’exclama-t-il, se laissant aller aux larmes.— Je dois comprendre ! JE DOIS COMPRENDRE !! répéta-t-il en relevant aussitôt la tête, le regard humidifié

Plus de chapitres
Découvrez et lisez de bons romans gratuitement
Accédez gratuitement à un grand nombre de bons romans sur GoodNovel. Téléchargez les livres que vous aimez et lisez où et quand vous voulez.
Lisez des livres gratuitement sur l'APP
Scanner le code pour lire sur l'application
DMCA.com Protection Status