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Chapter 2

Author: Gem
last update publish date: 2026-08-16 16:08:25

**Point de vue de Cameron**

Les dimanches étaient censés être faciles. Se réveiller tard, avaler quelque chose de gras pour le petit-déjeuner, puis survivre au dîner avec mon père et sa petite famille de remplacement parfaite. Je n’avais aucune envie d’y aller, mais j’y suis allé quand même — parce que ne pas venir n’aurait fait qu’empirer les choses.

Le domaine Aston était un manoir conçu pour les gens qui aimaient te rappeler qu’ils étaient plus riches que toi. Des sols en marbre poli, de grands lustres, une table à manger assez longue pour accueillir une petite armée. C’était un spectacle ridicule de richesse, et je détestais ça.

Le dîner était le cauchemar habituel. Mon père, Charles, était assis en bout de table, découpant son steak comme s’il signait un contrat commercial. Ma belle-mère, Vivian, jouait la parfaite hôtesse, même si je savais qu’elle tolérait à peine mon existence. Et puis il y avait Drake — mon beau-frère. Il était assis en face de moi, souriant comme s’il savait quelque chose que j’ignorais.

J’essayais de l’ignorer, me concentrant plutôt sur mon assiette, mais mon père s’éclaircit la gorge. Le son me fit un froid dans le dos.

« Cameron », dit-il en posant ses couverts. « Nous devons discuter de quelque chose d’important. »

C’est parti.

Je pris une gorgée d’eau lentement, me préparant mentalement à la leçon qu’il allait me servir. Mais rien n’aurait pu me préparer à ce qu’il dit ensuite.

« Tu dois te fiancer avec Brandon Deville. »

Je m’étranglai. Pas un petit peu. Un vrai, embarrassant, je-n’arrive-plus-à-respirer. J’arrivai à peine à avaler, toussant si fort que j’eus l’impression de cracher un poumon.

« Quoi ? » réussis-je enfin à articuler. « Tu—quoi ?! »

Charles me fixa, totalement impassible. « Tu m’as bien entendu. »

Non. Non, ce n’était pas possible. Il n’y avait aucun moyen que j’aie bien entendu ça.

« Je ne suis pas— » Les mots restèrent collés dans ma gorge comme de la colle.

Comme si, en les disant trop fort, ils sonnaient comme un mensonge.  

Comme si, en les disant trop bas, ils n’avaient plus aucune importance.

J’avalai difficilement, agrippant le bord de la table. « Papa, j… j’aime les femmes. J’ai toujours aimé les femmes. » Ma voix n’était pas aussi ferme que je l’aurais voulu, et je détestais ça.

Charles n’eut même pas l’air perturbé. « Et alors ? »

Et alors ?

Je le regardai, mon pouls rugissant dans mes oreilles. « Et alors ? Qu’est-ce que tu veux dire, “et alors” ? Ce n’est pas—ce n’est pas quelque chose qu’on ignore juste comme ça ! » Ma poitrine était serrée, comme si je manquais d’air. « Tu es sérieusement en train de me dire d’épouser un mec juste parce que ça t’arrange ? »

Charles soupira comme s’il avait affaire à un partenaire commercial particulièrement agaçant. « Je te dis de faire ton devoir, Cameron. Ce que tu aimes n’a aucune importance. »

Aucune importance.

Je le fixai, les ongles enfoncés dans mes paumes.

Comment pouvait-il dire ça comme si ce n’était rien ? Comme si toute mon identité n’était qu’un simple désagrément ?

« Je ne suis pas— » Ma voix se brisa, et je détestais ça aussi.

Ce n’était pas qui j’étais. Ce n’était pas la vie que j’avais prévue pour moi.

L’idée de me tenir devant un autel, de prononcer des vœux à quelqu’un que je n’aimais pas, de faire semblant — de mentir — pour le reste de ma vie ? Ça me retournait l’estomac.

Et le pire ? Le fait que mon père s’en foutait complètement.

« Je ne le ferai pas », murmurai-je en secouant la tête, plus pour moi-même que pour lui.

« Tu le feras. » La voix de Charles était d’acier. « Parce que je l’ai dit. »

La pièce semblait trop petite. L’air trop rare.

Tout ça n’était qu’un jeu pour lui. Une manœuvre commerciale. Un putain de contrat.

Et moi, je n’étais qu’un actif de plus à négocier.

« Ce n’est pas à propos de toi », continua-t-il, la voix froide et tranchante. « La famille Deville domine l’industrie de la logistique. Entrer dans leur famille par mariage réduira nos coûts et élargira notre marché à l’échelle mondiale. C’est une décision commerciale. »

Une décision commerciale.

J’avais envie de vomir.

Je forçai un rire, mais il sonna creux. « Alors quoi ? Je ne suis plus qu’un jeton de négociation maintenant ? »

Charles ne cligna même pas des yeux. « Tu l’as toujours été. »

J’agrippai le bord de la table si fort que mes jointures blanchirent.

Ça n’arrivait pas. Ça ne pouvait pas arriver.

« Tu ne peux pas m’obliger à ça », lançai-je, peinant à garder ma voix stable. « Je n’aime même pas le mec. »

Mon père soupira comme si j’étais difficile. « Tu n’as pas besoin de l’aimer. Tu dois juste l’épouser. »

Je me levai d’un bond. « Je ne le ferai pas. »

Charles ne broncha même pas. Il se pencha simplement en avant, posant ses coudes sur la table comme s’il avait tout le temps du monde.

« Si tu refuses », dit-il d’une voix basse et calme, « tu perds ton héritage. »

L’air me quitta les poumons.

Je sentis mon estomac se contracter, mon corps entier devenir froid.

Il n’oserait pas.

Mais en le regardant maintenant — l’acier inébranlable dans ses yeux — je savais qu’il oserait absolument.

J’étais piégé.

Je serrai la mâchoire, les mains tremblantes le long du corps. J’avais envie de crier. De frapper quelque chose. De faire n’importe quoi sauf rester là, à sentir ma vie entière m’échapper.

Mais je ne pouvais pas gagner contre Charles Aston. Je n’avais jamais pu.

Alors j’avalai ma fierté. Ma rage. Toute mon existence de merde.

« …D’accord. »

Ce n’était qu’un murmure.

Mais c’était suffisant.

Charles hocha la tête comme si j’avais simplement accepté de signer un contrat. « Bien. »

Je ne restai pas une seconde de plus.

Je repoussai la table et sortis, entendant à peine ma belle-mère m’appeler. J’avais besoin de respirer. De réfléchir. De comprendre ce que j’étais censé faire maintenant.

Une fois dans le couloir, j’arrachai mon téléphone de ma poche. Mes doigts restèrent suspendus au-dessus de l’écran une demi-seconde avant que je tape un message.

Moi : C’est réel ?

Je fixai les mots, le cœur battant à tout rompre.

Puis j’envoyai.

La réponse arriva presque instantanément.

Brandon : Ouais.

J’eus l’impression que le sol s’était dérobé sous mes pieds.

Brandon savait.

Ce qui voulait dire… que ce n’était pas juste une blague de mauvais goût de mon père.

Lui aussi était forcé.

Je laissai échapper un souffle tremblant et tapai de nouveau.

Moi : On doit parler.

Une autre pause. Puis—

Brandon : Où ?

Je lui envoyai une adresse, puis rangeai mon téléphone. Il fallait que je sorte d’ici.

Mais avant de pouvoir partir, Drake se planta sur mon chemin.

Ses yeux sombres scintillaient de quelque chose que je n’aimais pas.

« Tu pars déjà ? » Il pencha la tête, fausse inquiétude. « Tu n’as même pas fini le dessert. »

J’expirai par le nez. « Bouge. »

Drake ne bougea pas. Au lieu de ça, il croisa les bras et sourit en coin. « Tu sais, j’ai un match de hockey demain. »

Je serrai les dents. « Et alors ? »

« Tu devrais venir. »

Je plissai les yeux. « Hors de question. »

Drake laissa échapper un petit « hmm » lent, comme s’il s’attendait à cette réponse. « Dommage. Ça serait bien de t’avoir là pour une fois. »

Je n’avais pas manqué l’aigreur dans sa voix. La façon dont son sourire avait à peine tressailli.

Drake avait toujours été… bizarre. Trop amical quand les gens regardaient, trop tranchant quand ils ne regardaient pas. Et je n’avais aucune idée de ce qu’il voulait de moi maintenant.

Je fis un pas en arrière. « J’ai quelque part où aller. »

Son expression ne changea pas. « La prochaine fois, alors. »

Je ne répondis pas. Je me contentai de tourner les talons et de sortir.

Mais en atteignant la porte, je sentais encore son regard dans mon dos.

Et pour une raison que j’ignorais, ça me mettait plus mal à l’aise que tout le reste de cette soirée.

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