LOGINAlyaLes portes de l'ascenseur se referment devant moi. Adrien reste immobile quelques secondes dans le couloir. Je ne sais pas ce qui vient de se passer. Je ne l'ai jamais vu comme ça. Pas son visage froid habituel. Pas son arrogance parfaitement maîtrisée. Cette fois, quelque chose a traversé son regard. De la colère. De l'inquiétude. Ou peut-être les deux.Les portes commencent à se fermer complètement, mais juste avant que la dernière ouverture disparaisse, je le vois décrocher son téléphone.— Retrouvez-la. Maintenant.Ces mots me glacent. Retrouvez qui ? La femme qui m'a donné cette clé ? Ou quelqu'un d'autre ? Je baisse les yeux vers ma main.La clé est toujours là. Petite. Vieille. Inoffensive en apparence. Et pourtant, depuis qu'elle est entrée dans ma poche, j'ai l'impression qu'elle pèse une tonne. L'ascenseur descend. Je devrais sortir. Je devrais aller voir les ressources humaines, prévenir quelqu'un, remettre cette clé à la sécurité.C'est ce qu'une personne raisonnable
AdrienJe restai immobile, le dos appuyé contre la paroi froide, les yeux rivés sur Alya. Elle se tenait face à moi, le corps raidi, les mains crispées sur la barre de la cabine. L'air conditionné soufflait un courant glacial, mais je sentais une chaleur différente monter en moi, une pulsation primitive et sombre.Je la regardai fixement. Son regard fuyait, balayant le sol, puis les boutons de commande, n'osant pas croiser le mien. Elle savait que je savais. Son souffle était court, haletant, faisant gonfler légèrement le tissu de son chemisier blanc à chaque inspiration.— Alors, petite chose, on me cache quelque chose ? demandai-je d'une voix basse, rauque, qui résonna dans l'espace confiné.Elle sursauta, comme si je l'avais frappée, et se colla davantage contre la paroi de l'ascenseur.— Je... Je ne sais pas de quoi vous parlez, Monsieur, balbutia-t-elle, sa voix tremblante.Je ne répondis pas. Je tendis la main vers le panneau de contrôle et enfonçai le bouton d'arrêt d'urgence.
AdrienLes portes de l'ascenseur s'ouvrent, mais je ne monte pas, pas encore.Je reste immobile quelques secondes, les yeux fixés sur l'écran de mon téléphone où défilent les rapports de sécurité.,Cinq secondes.,Une coupure de cinq secondes sur mon propre réseau.,Cinq secondes pendant lesquelles quelqu'un a pu entrer, sortir, transmettre ou voler quelque chose.Cinq secondes qui n'auraient jamais dû exister.— Monsieur Delacroix.Je relève les yeux.Le responsable de la sécurité vient d'apparaître dans le couloir. Son visage est fermé, mais je vois immédiatement qu'il sait déjà que je ne suis pas satisfait.Tant mieux.— Dans mon bureau.Il me suit sans discuter. Quelques minutes plus tard, l'écran de contrôle affiche les images de surveillance de l'étage. Je regarde défiler les secondes. Les employés qui quittent la salle. Les agents qui se déplacent.Puis l'écran devient noir. Cinq secondes. Toujours les mêmes.— Expliquez-moi.Ma voix est calme. C'est généralement ce qui inquiète l
AdrienJe suis resté immobile. Le pied posé sur la première marche. Une minute. Peut-être deux.Le silence de la maison semblait me pousser à monter. À ouvrir cette porte. À vérifier qu'elle dormait vraiment. À la réveiller. À passer mes mains sur son corps. À ne faire plus qu'un. À céder à cette part de moi que je passe ma vie à enfermer.Ma main s'est crispée sur la rampe. Puis j'ai fermé les yeux. Une seule seconde.Quand je les ai rouverts, j'ai reculé. Lentement. J'ai reposé les deux pieds sur le parquet. Je suis resté là encore quelques instants, incapable de détourner les yeux de cet escalier. Puis j'ai quitté la maison. Sans bruit. Comme si je n'y étais jamais entré.AlyaLe réveil vibre sur ma table de nuit. J'ouvre les yeux avec la sensation étrange de n'avoir dormi que quelques minutes.La lumière grise de l'aube filtre à travers les rideaux. Pendant un instant, tout semble normal. Puis les souvenirs reviennent.Atlas. Les dossiers. Les coups frappés contre la porte. Adrien
AdrienElle dort, enfin, au-dessus de moi.Je l'entends à peine bouger. Le silence de cet appartement n'a rien à voir avec celui de mon bureau. Ici, tout est fragile. Les murs sont fins. Le chauffage tousse. Et pourtant, c'est la première fois depuis des années que je ne cherche pas à en partir.J'ai menti sur presque tout, ce soir.Pas sur Atlas. Pas entièrement.J'ai simplement choisi où s'arrête la vérité et où commence ce qu'elle a besoin de croire pour continuer à me faire confiance. Elle doit croire que je suis celui qui cherche à comprendre. Pas celui qui a construit, pièce par pièce, tout ce qu'elle a trouvé dans ce sous-sol. Je ne la laisserai pas quitter l'entreprise ni moi. Elle est à moi maintenant.J'aurais dû partir. La porte d'entrée n'était qu'à quelques mètres, une simple plaque de bois verni me séparant de la nuit froide et raisonnable. C'est ce qu'un homme normal aurait fait. Rentrer chez lui, laisser l'obscurité avaler le chemin de grève et oublier que cette maison
AlyaTrois coups. Puis le silence. Lorsque j'arrive il n'y a plus personne...Mon cœur cogne si fort que j'ai l'impression qu'il va faire trembler la porte à ma place. Je ne bouge pas. Je ne respire presque plus. Quelques minutes plus tard, la sonette retentie.— Mademoiselle Moreau ? Ouvrez, s'il vous plaît.Une voix d'homme. Calme. Trop calme. Le genre de calme qu'on apprend, pas celui qu'on ressent.Je regarde par l'œilleton.Un homme en costume sombre. Oreillette. Les mains croisées devant lui, comme s'il attendait depuis toujours derrière cette porte.— Qui êtes-vous ?— Je travaille pour Monsieur Delacroix.Le nom me glace autant qu'il me soulage. Je déteste cette contradiction.— Comment savez-vous où j'habite ?— Monsieur Delacroix sait beaucoup de choses.Évidemment.J'entrouvre la porte, la chaîne encore tirée.— Je ne vous ai rien demandé.L'homme incline légèrement la tête, presque poli.— Il arrive.— Quoi ?Mais il a déjà tourné les talons, descendant l'escalier comme s'







