Se connecterChapitre 73
Mikhaïl
Le restaurant a été réservé une semaine à l'avance, le menu a été composé avec le chef, la table a été choisie avec vue sur les coupoles illuminées de la cathédrale du Christ-Sauveur. J'ai demandé un service discret, une nappe de lin blanc, un bouquet de pivoines blanches ses préférées, Marguerite me l'a souffl&eacut
Chapitre 77MikhaïlLes cartons s'entassent dans le hall de la résidence comme les pierres d'un édifice en construction. Il y en a des dizaines, de tailles diverses, certains marqués « vêtements » au feutre noir, d'autres « livres à ranger dans la bibliothèque », d'autres encore « objets personnels fragile » d'une écriture que j'ai tracée moi-même hier soir, dans mon bureau de la tour Orlov, avec un feutre dont l'encre sentait l'alcool à plein nez. J'ai peu de choses, en réalité. L'empire m'a donné la richesse, le pouvoir, les voitures de luxe et les costumes sur mesure, mais il ne m'a jamais donné un foyer. Mes appartements moscovites sont des suites impersonnelles, décorées par des designers suédois, où je n'ai jamais vraiment habité. Mes vêtements sont des uniformes de travail, mes livres des éditions rares que je n'ai pas ouvertes, mes objets personnels tiennent dans une seule malle en cuir. Et pourtant, aujourd'hui, ces quelques cartons représentent tout ce que je possède de tang
Chapitre 76AlinaLe petit déjeuner est servi dans la salle à manger de la résidence, une pièce lambrissée de chêne clair où le soleil entre par les hautes fenêtres à meneaux et dessine des motifs dorés sur la nappe blanche. L'automne touche à sa fin, mais ce matin, le parc est baigné d'une lumière douce et tiède, presque printanière, comme si la nature elle-même voulait célébrer ce jour.Les jumeaux sont déjà attablés, Maksim penché sur sa tablette, ses boucles châtains retombant sur son front, Kira en grande conversation avec le chat Tolstoï qui ronronne sur ses genoux. Marguerite, revenue de Paris hier soir, prépare du thé dans la cuisine attenante, et son fredonnement familier emplit la maison d'une chaleur rassurante.Je m'assieds à ma place habituelle, en face des jumeaux, ma tasse de café fumant entre mes mains. Mon cœur bat un peu plus vite que d'ordinaire, mais c'est une nervosité joyeuse, une nervosité pleine d'espoir. La soirée d'hier, le baiser au bord de la Moskova, la pr
Chapitre 75MikhaïlLa cathédrale du Christ-Sauveur se découpe contre le ciel nocturne, majestueuse, massive, avec ses coupoles dorées qui brillent doucement sous la lune et ses croix orthodoxes qui scintillent comme des étoiles tombées du ciel. Les clochers du Kremlin pointent à l'horizon, sentinelles immobiles au-dessus des remparts de brique rouge. La Moskova coule à nos pieds, noire et luisante comme une coulée d'huile, et les lumières des quais se reflètent sur sa surface en un miroir brisé.Mais je ne vois rien de tout cela. Je ne vois qu'elle.Alina marche à côté de moi, sa main dans la mienne, sa robe rouge flottant autour de ses chevilles comme une flamme douce. Ses yeux gris brillent sous la lueur des réverbères, et ses lèvres, encore gonflées par le baiser que nous venons d'échanger, esquissent un sourire timide et confiant à la fois. Elle est belle, d'une beauté qui n'a plus rien à voir avec l'armure glacée de la Veuve Blanche. C'est la beauté d'une femme qui s'est libérée
Chapitre 74AlinaLa flûte de cristal tremble légèrement entre mes doigts, et les bulles de champagne montent vers la surface en un chapelet scintillant. Autour de nous, le restaurant est un écrin de velours rouge et de boiseries dorées, un lieu hors du temps où les chandelles dansent sur les nappes blanches et où les violonistes jouent en sourdine un nocturne de Chopin. Par la baie vitrée, les coupoles dorées de la cathédrale du Christ-Sauveur brillent sous la lune, et la Moskova coule, noire et luisante, entre les quais de pierre blanche.Mais je ne vois rien de tout cela. Je ne vois que lui.Mikhaïl est assis en face de moi, ses yeux gris-vert fixés sur les miens. La lueur des chandelles creuse ses traits, adoucit la dureté de sa mâchoire, et ses cheveux châtains, coiffés en arr
Chapitre 73MikhaïlLe restaurant a été réservé une semaine à l'avance, le menu a été composé avec le chef, la table a été choisie avec vue sur les coupoles illuminées de la cathédrale du Christ-Sauveur. J'ai demandé un service discret, une nappe de lin blanc, un bouquet de pivoines blanches ses préférées, Marguerite me l'a soufflé dans un moment de complicité. Des chandelles, bien sûr, parce que rien n'est plus doux que la lumière vacillante des flammes sur un visage qu'on aime.Tout doit être parfait. Je veux que cette soirée soit à la hauteur de ce que nous avons traversé, à la hauteur de ce qu'elle mérite. Ce n'est pas un simple dîner, c'est notre première fois. Notre premier vrai rendez-vous depuis ce mariage improbable c
Chapitre 72AlinaL'enveloppe est là, au pied de mon lit, glissée sous la porte pendant la nuit. Un rectangle de papier kraft, scellé de cire rouge, qui luit doucement dans la lumière de l'aube. Je l'ai trouvée en me levant, encore ensommeillée, les pieds nus sur le parquet froid. Mon cœur a fait un bond dans ma poitrine quand j'ai reconnu le sceau le sceau des Orlov, un aigle bicéphale gravé dans la cire.Je ramasse l'enveloppe avec des doigts tremblants, je m'assois au bord du lit, et je l'ouvre. L'écriture de Mikhaïl est nerveuse, penchée, traversée de ratures qui témoignent de son émotion. C'est la même écriture que celle du mot glissé dans l'écrin du manuscrit d'Anna Karénine. La même écriture que sur les contrats que je signais autrefois, quand j'étais son &eacu







