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Les larmes du milliardaire aveugle
Les larmes du milliardaire aveugle
Author: Nad

CHAPITRE 1 : Les cendres de Veridia

Author: Nad
last update publish date: 2026-06-18 01:08:42

Le bruit de la pluie battant contre les vitres du véhicule de transport résonnait comme un décompte macabre. Assise sur la banquette arrière, Aria Quinn observait les lumières floues de la mégapole de Veridia qui défilaient derrière le rideau d'eau. Pourtant, ses yeux ne voyaient pas la ville. Ils étaient tournés vers une autre nuit, quatre ans plus tôt. Une nuit gravée au fer rouge dans sa mémoire.

« Tu n'as jamais été à la hauteur de ce monde, Aria. Regarde-toi. Tu n'es qu'une intruse dans ma vie. »

Les mots de Xavier Stone continuaient de résonner avec une précision terrifiante. Le temps avait passé, mais il n'avait jamais émoussé leur tranchant. Ce soir-là, dans le penthouse luxueux où ils avaient construit leurs rêves, Xavier l'avait regardée comme une étrangère. Comme une erreur dont il fallait se débarrasser.

Il avait suffi de quelques photographies truquées.

De quelques mensonges savamment distillés.

De Cassandra.

La riche héritière que la famille Stone admirait depuis toujours avait joué sa partition à la perfection. Et Xavier l'avait crue sans hésiter. Sans lui accorder le bénéfice du doute. Sans même lui laisser une chance de se défendre.

Trois années d'amour balayées en quelques minutes.

Cassandra avait obtenu exactement ce qu'elle voulait.

Aria se souvenait encore du sourire victorieux qu'elle arborait lorsqu'elle avait pris possession de sa place aux côtés de Xavier. Elle se souvenait de ses bagages empilés dans le hall, de la sensation d'étouffement dans sa poitrine lorsqu'elle avait quitté l'appartement pour la dernière fois.

Elle avait cru mourir ce jour-là.

Au lieu de cela, elle avait survécu.

Elle avait changé de province, changé de vie, changé de cercle social. Elle avait travaillé jusqu'à l'épuisement pour reconstruire ce que Xavier avait détruit. Peu à peu, les morceaux avaient fini par se recoller. Les cicatrices étaient restées, mais elles ne saignaient plus.

Du moins, c'est ce qu'elle croyait.

Puis les gazettes économiques avaient commencé à parler de la chute de Xavier Stone.

L'accident.

La cécité.

Le scandale.

Au début, les médias avaient présenté Cassandra comme une fiancée exemplaire, fidèle malgré l'épreuve. Une image soigneusement fabriquée qui n'avait pas résisté longtemps à la vérité.

Lorsque les médecins avaient confirmé que les lésions nerveuses risquaient d'être irréversibles, Cassandra avait montré son vrai visage. Pendant des semaines, elle avait profité de la vulnérabilité de Xavier pour lui faire signer des documents qu'il ne pouvait plus lire. Procurations. Cessions de parts. Autorisations diverses.

Quand il avait finalement compris ce qui lui arrivait, il était déjà trop tard.

Une grande partie de sa fortune avait disparu.

Et Cassandra aussi.

Elle avait annoncé leur rupture dans un communiqué froid et calculateur qui avait fait la une des journaux.

Le milliardaire admiré était devenu un homme seul, aveugle et trahi.

Le karma avait parfois un sens de l'ironie remarquable.

Désormais, Xavier vivait reclus dans le vieux manoir familial d'Oakhaven, loin des gratte-ciel et des projecteurs. Les rares informations qui filtraient décrivaient un homme méconnaissable. Colérique. Instable. Des infirmiers démissionnaient après quelques jours. Certains après quelques heures seulement.

Lorsque l'agence de soins privés qui employait Aria avait reçu une nouvelle demande pour Oakhaven, personne ne s'était porté volontaire.

Personne sauf elle.

Pas par pitié.

Certainement pas par amour.

Elle voulait voir.

Voir ce qu'était devenu l'homme qui avait détruit sa vie.

Voir si sa chute lui apporterait enfin la paix qu'elle recherchait depuis quatre ans.

— Nous sommes arrivés, mademoiselle.

La voix du chauffeur la ramena brutalement au présent.

Aria leva les yeux.

Derrière les grilles de fer rongées par la rouille, le manoir d'Oakhaven se dessinait dans la pénombre. L'immense bâtisse paraissait abandonnée. Les arbres dénudés qui bordaient l'allée tordaient leurs branches sous le vent comme des silhouettes fantomatiques.

Autrefois symbole de puissance, la demeure ressemblait désormais à un tombeau.

Aria régla sa course, récupéra sa valise et resta quelques secondes immobile sous la pluie.

Elle inspira profondément.

Puis referma soigneusement le couvercle de ses émotions.

À partir de maintenant, Aria Quinn n'existait plus.

Elle était Rose.

Une infirmière anonyme engagée pour s'occuper d'un patient difficile.

Rien de plus.

Elle gravit les marches du perron et sonna.

Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit sur un homme âgé au visage creusé par la fatigue.

— Vous devez être Rose.

— Oui.

— Je suis Harold, le majordome.

Son regard inquiet se posa sur elle.

— Je préfère vous prévenir. Monsieur traverse une très mauvaise journée.

— J'ai connu des patients compliqués.

Un sourire triste traversa le visage du vieil homme.

— Tous ceux qui sont venus avant vous ont dit la même chose.

Il s'effaça pour la laisser entrer.

À peine Aria eut-elle franchi le seuil qu'un vacarme assourdissant éclata à l'étage.

Un objet lourd se fracassa contre un mur.

Puis une voix résonna dans toute la maison.

— Sortez tous d'ici !

Le cœur d'Aria se contracta.

Même après quatre ans, elle aurait reconnu cette voix entre mille.

— Je n'ai besoin de personne ! hurla Xavier. Laissez-moi tranquille !

Une seconde explosion retentit.

Du verre cette fois.

— Laissez-moi crever dans ce noir !

Aria demeura immobile.

Quelque chose dans ce cri lui donna la chair de poule.

Ce n'était plus le Xavier arrogant dont elle se souvenait.

Ce n'était plus le prince héritier sûr de lui qui dominait chaque pièce où il entrait.

C'était le rugissement d'un homme acculé.

D'un homme qui avait tout perdu.

Harold ferma les yeux avec lassitude.

— C'est comme ça presque tous les jours.

Aria tourna lentement son regard vers l'escalier.

Pendant quatre ans, elle avait attendu cet instant.

Pendant quatre ans, elle avait imaginé Xavier souffrant comme elle avait souffert.

Elle s'était convaincue que sa chute lui apporterait une forme de justice.

Pourtant, à cet instant précis, elle ne ressentait aucune satisfaction.

Seulement un étrange malaise.

Comme si la réalité refusait de correspondre au scénario qu'elle avait répété dans sa tête des centaines de fois.

— Les autres infirmières sont parties avant la fin de leur première journée, murmura Harold.

— Je resterai.

Le vieil homme la dévisagea.

— Elles ont toutes dit cela.

Un nouveau bruit sourd résonna à l'étage.

Puis plus rien.

Le silence qui suivit sembla engloutir toute la maison.

Harold fronça les sourcils.

— C'est étrange...

Les secondes passèrent.

Toujours rien.

Aucun cri.

Aucun objet brisé.

Aucun mouvement.

Le visage du majordome pâlit brusquement.

— Mon Dieu...

Sans attendre, il se précipita vers l'escalier.

Aria sentit son estomac se nouer.

Elle le suivit.

Les marches craquaient sous leurs pas pressés tandis que la tempête grondait au-dehors.

Arrivés à l'étage, ils longèrent un couloir plongé dans la pénombre.

La porte de la chambre de Xavier était entrouverte.

Harold la poussa d'un geste fébrile.

Puis il s'immobilisa.

Complètement.

Aria sentit une vague glaciale lui parcourir l'échine.

Elle contourna le vieil homme et regarda à son tour.

La pièce était dévastée.

Des éclats de verre couvraient le parquet.

Un fauteuil renversé gisait près du lit.

Les rideaux claquaient violemment sous les rafales de vent.

La fenêtre était grande ouverte.

Mais Xavier Stone n'était plus là.

Et sur le rebord battu par la pluie reposait une canne blanche brisée en deux.

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Comments (1)
goodnovel comment avatar
Anagonou Romance
l'entame déjà met un suspense fou j'achète
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