LOGINLe lendemain matin, l'appel de Maître Fontaine dura deux heures complètes.
Aria était présente dans le bureau comme convenu — pour lire à haute voix les références des documents que l'avocat réclamait, pour consigner les moindres détails juridiques sur son carnet, et pour être, au sens le plus littéral, les yeux de Xavier dans cet espace technique et aride
Le soleil du deuxième jour inondait la grande terrasse Sud d’Oakhaven, un endroit que Xavier laissait d’ordinaire à l’abandon, lui préférant la pénombre protectrice de son bureau. Mais avec Julian, le choix n’existait pas. Dès huit heures du matin, le chercheur avait débusqué son cousin dans ses appartements, l’avait pratiquement traîné dehors par la manche de sa veste de flanelle, et s'était installé au milieu des transats avec un appétit de conquérant.Pour la première fois depuis des mois, les bruits de vaisselle fine apportée par Harold n’étaient pas accompagnés du silence protocolaire du domaine, mais par les éclats de voix de Julian, qui dévorait ses œufs sur le plat tout en commentant la faune locale.—
Le silence d’Oakhaven n’était jamais tout à fait complet, mais ce matin-là, il possédait une texture inhabituelle, une absence de frottement qui éveilla Xavier bien avant l’heure de son premier traitement. Il resta immobile au centre de son grand lit, les yeux ouverts sur l’obscurité familière de sa rétine endommagée, l'oreille tendue.À sept heures et demie, aucun pas léger n’avait fait craquer le parquet du couloir. Aucun bruissement de blouse en coton bleu marine ne s'était approché de son chevet, et l'odeur rassurante de la lotion antiseptique mêlée à ce parfum de fleur subtil, presque imperceptible, que Rose laissait toujours dans son sillage, manquait à l’appel.Un léger coup de poignet sur sa montre à retour tactile lui i
Les cinq jours de sursis s’étaient évaporés avec une rapidité d'autant plus cruelle qu'Aria n’avait trouvé aucune parade logique. Chaque matin, le soleil s’était levé sur les chênes d’Oakhaven en rapprochant inexorablement la voiture de Julian Ashford du domaine. Chaque nuit, enfermée dans sa chambre sous les combles, Aria avait contemplé le vide absolu de sa situation, jusqu’à ce que la panique ne lui laisse plus qu’une seule issue possible.La fuite. Non pas définitive, mais temporaire. Une mise en retrait forcée, arrachée au désespoir, pour ne pas être là au moment précis où Julian franchirait le seuil.Le matin du premier jour, alors que la brume flottait encore sur la pelouse du parc et que les premiers rayons de l'aube poin
La clé a tourné deux fois dans la serrure de cuivre, isolant enfin Aria de l'immensité oppressive d'Oakhaven. Elle s'est adossée à la porte de sa petite chambre de service nichée sous les combles, laissant le dossier cartonné glisser de ses doigts pour finir sa course sur le plancher ciré. Ses poumons ont cherché l'air avec une violence subite, comme si la pression atmosphérique du manoir venait de doubler en l'espace de quelques secondes.Sous la lucarne ouverte, la fraîcheur de la nuit de mai entrait par bouffées, faisant osciller le mince rideau de percale, mais la peau d'Aria était brûlante. Elle venait de traverser le rez-de-chaussée comme une automate, croisant Harold dans les cuisines pour lui transmettre d'une voix blanche et désincarnée les instructions logistiques concernant l'arrivée de l'invi
La porte lourde du bureau de Xavier s’est refermée derrière elle dans un déclic feutré, isolant enfin Aria dans la pénombre glaciale du couloir du premier étage. Elle est restée un long moment immobile, le dos appuyé contre la boiserie sombre, les poumons bloqués, les mains agrippées au dossier cartonné de la fondation Mora comme s’il s’agissait d’une bouée de sauvetage au milieu d’un naufrage imminent. Le bruit du combiné de chêne noir reposé sur son socle par Xavier résonnait encore dans sa tête, lancinant, pareil au premier coup de pioche asséné dans un mur de certitudes.Cinq jours.Ce n'était plus le sursis abstrait, lointain et purement administratif d'une injonction juridique obtenue par Fontaine entre deux tasses de café noir au tribunal de Veridia. Ce n'était plus les quatorze jours de papier, ce compte à rebours de juriste qui lui laissait encore le temps de respirer, de réflé
Le téléphone satellite du bureau de Xavier possédait une sonnerie stridente, un timbre métallique conçu pour percer les interférences des communications transatlantiques. Ce soir-là, le déclic strident coupa net le fil de la relecture des rapports de la compagnie Stone.Xavier tendit la main, ses doigts trouvant le combiné lourd au second coup.— Xavier Stone.— Ne me dis pas que tu es encore en train de vérifier des tableaux Excel à une heure pareille, vieux brigand ! Lance une voix à l’autre bout du fil, parasitée par un crachotement de friture désertique. Dis-moi que tu as un verre de scotch à la main et que Veridia n'a pas encore totalement lyophilisé ton âme.Xavier immobilisa sa posture, u







