MasukEt puis je tombe sur une note manuscrite, en marge d'un rapport daté de quelques semaines avant l'effondrement de Gabriel. L'écriture est fine, penchée, familière , l'écriture de Soren. "Poursuivre le protocole sur le sujet Gabriel. Ne rien divulguer à L." Ne rien divulguer à L. À Léonora. Soren savait. Soren supervisait le protocole Arkady, et il le cachait à Léonora. Pourquoi ? Que contenait ce protocole que la Matriarche elle-même ne voulait pas que Léonora découvre ? Je tourne encore les pages. Et là, mon sang se glace. Un rapport complet, détaillant une série d'expériences menées sur des patients volontaires ou prétendus tels. Le protocole s'appelait "Résurrection", comme l'opération de Léonora. Mais il était antérieur. Bien antérieur. Il datait de plusieurs années, et il avait été commandité non par Léonora, mais par... la Matriarche. Le Cercle. Mon père. Les noms dansent
Je reste silencieuse un long moment. Puis je me penche, pose mon front contre le sien. — Je ne peux pas dire que je comprends tout. Je ne peux pas dire que je pardonne tout, pas encore. Mais je peux dire que je reste. Que je t'aime. Que nous trouverons un chemin, ensemble. — Ensemble, répète-t-elle. C'est tout ce que je demande. Elle m'embrasse, doucement, et je sens une larme couler sur sa joue , une larme qu'elle ne cherche pas à cacher, pas cette fois. Nous restons là, dans le bureau obscur, enlacées. Dehors, la neige continue de tomber sur les ruines du manoir. La guerre n'est pas finie, les secrets ne sont pas tous révélés, et des ombres continuent de rôder dans les murs. Mais pour l'instant, nous sommes ensemble. Pour l'instant, nous sommes vivantes. Pour l'instant, cela suffit. Nora Trois jours ont passé depuis ma visite à Gabriel. Trois jours pen
Nous quittons le refuge, remontons dans la berline. Le trajet du retour est silencieux, chacun perdu dans ses pensées. La neige a recommencé à tomber, fine et persistante, et le paysage est d'un blanc uniforme, presque hypnotique. La lettre est dans ma poche, contre ma cuisse, et je sens son poids comme une brûlure. Elle ment à propos de ton frère. Cherche le dossier Arkady. Qu'est-ce que Léonora me cache encore ? Après tout ce que nous avons partagé , le tatouage, le pacte de sang, les anneaux , qu'est-ce qui peut bien être assez grave pour justifier un nouveau secret ? La réponse m'attend au manoir, enfouie dans un dossier que je n'aurais peut-être jamais dû ouvrir. Nous arrivons au manoir alors que le crépuscule tombe. Les ruines fument encore par endroits, et les braseros sont allumés dans la cour, projetant des ombres mouvantes sur les murs noircis. Des agents s'affairent encore, malg
Il hoche la tête, puis se rassoit. Le silence retombe entre nous, mais il est plus léger maintenant, comme si les mots avaient dissipé un poids invisible. — Montre-moi encore ton tatouage, demande-t-il. Je me tourne, écarte mes cheveux. Ses doigts effleurent le film transparent, avec une délicatesse presque timide. — Ça fait mal ? — Un peu. Moins que ce que j'imaginais. — Et celui sur ton poignet ? Je lui tends mon poignet gauche. Les lettres L et N sont plus petites, plus discrètes, mais parfaitement visibles. — C'est le pacte de sang. Nos deux sangs mélangés, dans l'encre. — C'est... intense. — C'est la Phalange. Rien n'est tiède, rien n'est modéré. Tout est intense, extrême, définitif. C'est ce qui me plaît, je crois. C'est ce qui me correspond. Il sourit , un petit sourire tri
Je le serre contre moi, les yeux fermés, savourant ce contact familier , son odeur, sa chaleur, ses bras qui m'entourent. Mon petit frère. Mon seul repère dans ce monde qui a basculé. Il est vivant, il est debout, il va bien. C'est tout ce qui compte. — Comment vas-tu ? je demande en me détachant pour l'examiner. Il a meilleure mine que la semaine dernière. Ses joues ont repris des couleurs, ses yeux sont plus vifs, et il a même réussi à se raser. Il porte un pull à col roulé qui lui donne un air d'étudiant sage, comme à l'époque où il révisait ses examens dans notre petit studio. — Moi, ça va, dit-il. C'est toi qui m'inquiètes. Tu as l'air épuisée. Et tu as une drôle de façon de marcher, comme si tu avais mal au cou. Je ne peux pas m'empêcher de sourire. Il a toujours été observateur , une qualité qui lui aurait bien servi s'il était devenu médecin, comme il le rêvait
Elle reprend son mouvement, plus intense, et l'orgasme monte en moi comme une lame de fond. Je jouis en criant son nom, mes doigts plantés dans ses cheveux, mes yeux ancrés dans les siens. Le monde se dissout autour de moi, et il ne reste plus que son visage, ses yeux, sa bouche, et cette sensation fulgurante qui me traverse de part en part. Quand les vagues refluent, je retombe sur le lit, haletante, le cœur battant à tout rompre. Léonora remonte le long de mon corps, dépose un baiser sur mes lèvres , un baiser qui a le goût de mon propre plaisir et me sourit. — Bonne nuit de noces, madame. — Bonne nuit de noces, madame. Nous restons allongées, enlacées, les doigts entrelacés. Nos poignets tatoués se touchent, et je sens contre ma peau le battement de son pouls, régulier, apaisant. Le feu crépite dans la cheminée, les bougies achèvent de se consumer autour de l'autel resté dans le bureau, et le si







