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CHAPITRE 7 — LE PROTOCOLE 2

Author: Déesse
last update publish date: 2026-07-22 23:33:03

Je croise le regard de Markov.

Une seconde. Pas plus. Mais une seconde de trop. Ses yeux de vrille plongent dans les miens, et je vois qu'il sourit. Un sourire de prédateur. Léonora ne dit rien. Elle continue de parler comme si de rien n'était. Mais je sais qu'elle a vu. Je le sais à la façon dont ses doigts se sont crispés sur le pied de son verre.

Je recule, retourne à ma place contre le mur. Mon cœur bat la chamade. J'ai désobéi. Pas volontairement, mais j'ai désobéi. Le protocole était clair : ne jamais croiser le regard d'un invité. Et j'ai croisé celui de Markov.

La fin du dîner est un supplice. Chaque minute dure une heure. Markov rit, parle, mange. Léonora est impénétrable. Iris me lance des regards assassins. Alba et Maeve évitent de me regarder. Je suis en disgrâce, et tout le monde le sait.

Quand Markov s'en va, Léonora le raccompagne jusqu'à sa voiture. Je reste dans la salle à manger, plantée contre le mur, attendant la sentence. Iris passe derrière moi et murmure :

— Tu as intérêt à avoir une bonne explication.

Je n'en ai pas. J'ai été stupide. J'ai laissé mon attention dériver une seconde, une malheureuse seconde, et j'ai tout gâché.

Léonora revient. Elle traverse la salle à manger sans me regarder. Sa voix claque, brève.

— Mon bureau. Maintenant.

Je la suis, les jambes tremblantes. Iris me lance un dernier regard — cette fois, presque désolé — et disparaît dans la cuisine. Alba et Maeve se retirent sans un mot. Le manoir retombe dans le silence.

Le bureau. Le feu crépite. Léonora est debout devant la cheminée, de dos. Elle ne se retourne pas quand j'entre. Je m'arrête au milieu de la pièce, les bras ballants.

— Je suis désolée, je murmure. Je n'ai pas fait exprès.

— Le protocole ne laisse pas de place à l'intention. Tu as désobéi. C'est un fait.

— Qu'est-ce que je risque ?

Elle se retourne enfin. Son visage est calme. Trop calme.

— Une punition. La première est toujours la plus clémente. Tu vas rester à genoux, dans ce bureau, pendant trois heures. Sans bouger. Sans parler. Mains à plat sur les cuisses.

Je ravale ma salive. Trois heures. C'est long, mais c'est supportable. Je hoche la tête.

— Où ? je demande.

— Ici.

Elle désigne un coin de la pièce, près de la bibliothèque. Le sol est en parquet. Il n'y a pas de tapis. Je vais avoir mal aux genoux. C'est le but.

Je m'agenouille. Le bois est dur, froid. Mes mains se posent sur mes cuisses, paumes vers le ciel. Ma tête s'incline. Je fixe le mur devant moi. Léonora retourne à son bureau et se remet à travailler. Elle écrit, lit des dossiers, classe des papiers. Le temps passe. Le feu crépite. Mes genoux commencent à brûler au bout d'une demi-heure. Au bout d'une heure, la douleur irradie dans mes cuisses, dans mes hanches. Au bout d'une heure et demie, j'ai envie de pleurer.

Mais je ne pleure pas. Je reste immobile. Mains à plat. Dos droit. Coller au cou.

Et puis, quelque chose change.

La douleur ne disparaît pas — elle se transforme. Elle devient une présence, un compagnon silencieux. Je respire avec elle. Je l'accepte. Mon esprit s'apaise. Mes pensées se clarifient. Je n'ai plus envie de pleurer. Je n'ai plus envie de bouger. Je suis là, à genoux, et c'est ma place. Je l'ai méritée. Je la porte comme je porte le collier. Sans honte. Sans peur. Avec une étrange fierté.

Et entre mes cuisses, une chaleur naît. Insidieuse. Incompréhensible. Incontrôlable. Mon corps réagit à la soumission comme il réagirait à une caresse. Je serre les dents. Mes doigts s'enfoncent dans mes cuisses. Je lutte contre cette sensation, contre ce désir absurde et déplacé. Mais il est là. Il pulse. Il grandit.

Léonora se lève. Ses talons claquent sur le parquet. Elle s'approche de moi, s'arrête juste derrière. Je sens son regard sur ma nuque, sur le tatouage qui n'existe pas encore, sur le collier de cuir.

— Relève-toi.

J'obéis. Mes genoux sont en feu. Mes jambes flageolent. Je me tiens debout face à elle, les joues écarlates, les pupilles dilatées, la respiration courte.

Léonora me regarde. Son regard glisse sur mon visage, s'attarde sur mon cou, descend sur ma poitrine, sur mes hanches. Elle voit tout. L'humidité entre mes cuisses. La chaleur de ma peau. Le désir que je ne peux pas cacher.

— Ton corps a compris avant toi, murmure-t-elle.

Ses doigts effleurent ma joue, suivent ma mâchoire, descendent le long de mon cou, s'arrêtent sur le collier. Elle le caresse, et c'est comme si elle caressait une partie de moi que je n'avais jamais montrée à personne.

— La punition est terminée, dit-elle. Tu as bien appris. Va dans ta chambre. Demain, nous continuerons.

Elle retire sa main. Le manque est immédiat, douloureux, presque physique. Je hoche la tête, incapable de parler. Je me dirige vers la porte, les jambes raides, le cœur en feu.

— Nora ?

Je me retourne. Léonora s'est rassise à son bureau. Elle a repris son stylo, comme si de rien n'était. Mais ses yeux sont levés vers moi.

— La prochaine fois que tu croiseras le regard d'un invité, ce ne sera pas trois heures. Ce sera une nuit entière. Dans ma chambre. Et ce que j'y ferai ne ressemblera pas à une punition.

Je ne sais pas si c'est une menace ou une promesse. Peut-être les deux. Je sors du bureau, le rouge aux joues, le ventre noué, le collier plus présent que jamais autour de mon cou.

Cette nuit-là, seule dans ma chambre, je glisse mes doigts entre mes cuisses. Je pense à elle. À sa voix. À ses mains. Au collier. À la douleur dans mes genoux. À la chaleur de son regard. Je jouis en mordant l'oreiller pour étouffer mon cri, et je m'endors, épuisée, confuse, affamée d'un lendemain que je redoute autant que j'espère.

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