MasukChapitre 69 — L'aveu de DarylDARYLJe ne sais pas écrire. Pas comme ça. Pas avec le cœur. Mon père m'a appris à rédiger des contrats, des notes de service, des communiqués de presse. Des phrases sèches, des formules creuses, des mots qui ne tremblent pas. Il ne m'a jamais appris à dire pardon. Il ne m'a jamais appris à dire je t'aime. Il ne m'a jamais appris à écrire une lettre à une femme qui est partie, à une femme que j'ai perdue, à une femme que je n'ai jamais su aimer mais qui, pendant sept ans, a cru que c'était possible.Et pourtant, ce soir, je suis assis à la table de cette chambre d'hôtel, un stylo à la main, une feuille de papier devant moi, et j'essaie.C'est à cause d'Ingrid. À cause de ce qu'elle m'a dit dans ce café anonyme, avec ses murs blancs et son éclairage trop cru. "Écoutez l'album. Écoutez-le vraiment. Peut-être que vous comprendrez." Je l'ai écouté. Pas tout de suite, non. J'ai tourné autour pendant deux jours, comme un animal qui flaire un piège. Et puis hier
Chapitre 69 — L'aveu de DarylDARYLJe ne sais pas écrire. Pas comme ça. Pas avec le cœur. Mon père m'a appris à rédiger des contrats, des notes de service, des communiqués de presse. Des phrases sèches, des formules creuses, des mots qui ne tremblent pas. Il ne m'a jamais appris à dire pardon. Il ne m'a jamais appris à dire je t'aime. Il ne m'a jamais appris à écrire une lettre à une femme qui est partie, à une femme que j'ai perdue, à une femme que je n'ai jamais su aimer mais qui, pendant sept ans, a cru que c'était possible.Et pourtant, ce soir, je suis assis à la table de cette chambre d'hôtel, un stylo à la main, une feuille de papier devant moi, et j'essaie.C'est à cause d'Ingrid. À cause de ce qu'elle m'a dit dans ce café anonyme, avec ses murs blancs et son éclairage trop cru. "Écoutez l'album. Écoutez-le vraiment. Peut-être que vous comprendrez." Je l'ai écouté. Pas tout de suite, non. J'ai tourné autour pendant deux jours, comme un animal qui flaire un piège. Et puis hier
Chapitre 68 — La rencontre avec IngridINGRIDJe ne sais pas ce qui m'a pris de lui donner rendez-vous. Peut-être la curiosité, ce vieux démon qui m'a toujours poussée à ouvrir les portes fermées. Peut-être l'envie de comprendre, de voir de près cet homme qui a failli détruire mon frère et qui tourne autour du Chat Bleu depuis des semaines comme un loup autour d'une bergerie. Peut-être simplement la fatigue. La lassitude de cette guerre silencieuse, de ces papiers d'avocats qui s'empilent sur la table de la cuisine, de ces nuits où je vois Viktor s'épuiser à répondre aux mails, aux menaces, aux assignations. J'avais besoin que ça s'arrête. Et pour que ça s'arrête, il fallait que quelqu'un parle à Daryl. Pas Amélia. Pas Viktor. Quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui n'avait rien à perdre.J'ai choisi un café neutre, loin du quartier de Södermalm, loin du Chat Bleu, loin de tout ce qui pouvait rappeler à Daryl qu'il était en territoire ennemi. Un café de chaîne, anonyme, avec des murs blancs,
Chapitre 67 — Daryl lit l'articleDARYLL'article est arrivé sur mon téléphone à sept heures du matin. Je ne sais pas qui me l'a envoyé. Peut-être Stern, peut-être un associé, peut-être un journaliste qui cherchait une réaction. Peu importe. Il était là, dans ma boîte de réception, avec son titre sobre et sa photo floue du Chat Bleu en arrière-plan. "La femme qui a choisi la musique contre la prison dorée." J'ai lu ces mots et j'ai tout de suite su que c'était elle. Qu'ils parlaient d'elle. Qu'ils parlaient de moi.Je suis resté assis au bord du lit, le téléphone à la main, les yeux rivés sur l'écran. La chambre d'hôtel était silencieuse, trop silencieuse, ce silence blanc et stérile des hôtels de luxe où rien ne vit, où rien ne respire. Dehors, la neige tombait sur Stockholm, et je me suis dit que cette ville ne connaîtrait jamais le printemps, que l'hiver allait durer toujours, que le froid était mon seul compagnon fidèle.J'ai lu l'article une première fois. Puis une deuxième. Puis
Chapitre 66 — La fuite dans la presseINGRIDL'article est sorti un mardi. Je m'en souviens parce que le mardi, c'est le jour où je fais la comptabilité du club, et que j'avais posé le journal sur le comptoir sans même le regarder. C'est Viktor qui l'a vu le premier. Il était en train de préparer le café dans la cuisine, et soudain il m'a appelée avec une voix bizarre, une voix que je ne lui connaissais pas, une voix où la panique et l'excitation se mélangeaient comme deux notes dissonantes. Je suis arrivée en courant, j'ai cru qu'il y avait un problème, une fuite d'eau, un incendie, quelque chose de grave. Et puis j'ai vu le journal."La femme qui a choisi la musique contre la prison dorée."Le titre s'étalait sur toute la largeur de la page, en lettres sobres mais immenses, avec une photo floue du Chat Bleu en arrière-plan. Pas de noms, pas de visages, pas de détails trop précis. Mais l'histoire était là, entière, crue, magnifique. La pianiste mystérieuse, le mariage arrangé, la fui
Chapitre 65 — L'album secretAMÉLIALe sous-sol du Chat Bleu est devenu notre église. J'y descends chaque matin après le petit-déjeuner, quand Viktor s'occupe de la comptabilité du club et qu'Ingrid passe les commandes chez les fournisseurs. Je descends l'escalier en colimaçon, une main sur la rampe, l'autre sur mon ventre qui pèse maintenant près de neuf mois, et chaque marche me coûte un peu plus que la veille. Mais je continue. Je n'ai jamais autant composé de ma vie. Pas au conservatoire, quand j'étais la prodige qu'on applaudissait. Pas au manoir, quand je jouais pour les murs vides. Ici. Maintenant. Dans cette cave voûtée qui sent la pierre humide et le bois ancien, avec pour seul public un fœtus qui danse sous mes côtes.L'album a pris forme presque malgré moi. Au début, c'étaient des fra







