登入Amélia a épousé Daryl à 22 ans, persuadée qu'elle pouvait réchauffer un cœur gelé. Pendant 7 ans, elle a été l'épouse parfaite : discrète , dévouée, toujours là. Elle abandonne sa carrière de pianiste pour soutenir la sienne, soigné sa mère malade, encaissé ses absences et son mépris poli. Pour ami Rayan, ils sont le couple modèle. Mais derrière les portes fermées, Daryl ne la touche plus. Ne la regarde plus. Son téléphone est verrouillé,ses nuits sont ailleurs, et son cœur encore plus loin. Amélia s'accroche, usée jusqu'à l'os, avec cette phrase en tête : Il finira par m'aimer comme je l'aime. Jusqu'au jour où elle découvre l'impensable : la trahison ne venait pas d'une autre femme. Elle venait de lui, depuis le début. Leur mariage n'était qu'un contrat pour sauver l'entreprise familiale de Daryl. Elle n'était qu'un pion. Un pion jetable. Cette nuit là, Amélia disparaît. Pas de lettre, pas d'adieu. Juste un vide. C'est ce vide qui réveille Daryl brutalement. La maison est grande. Le silence est trop lourd. Alors il comprend que la seule femme qui l'a aimé sans condition était celle qu'il a détruite à petit feu. Sa quête pour la retrouver devient une obsession. Mais Amélia n'est plus dans le pays. Elle n'est plus la femme brisée qu'il a quitté. Dans un autre pays, très loin de Daryl, elle a repris le piano. Elle joue dans un club de jazz et elle a des secrets à elle. Dont un homme qui, lui, sait la regarder. Daryl est prêt à tout : supplier, acheter,menacer. Mais peut on reconquérir un cœur qu'on a soi même assassiné ? Et Amélia, doit elle pardonner à l'homme qui l'a trahie,ou se venger de celui qui l'a libérée ?
查看更多Chapitre 1 — La mariée
Amélia
Le miroir me renvoie une inconnue en robe blanche. Mes mains tremblent sur le tulle, mes yeux brillent trop fort. J'ai vingt-deux ans. Dans trois heures, je serai sa femme. Sa femme. Je répète ce mot et il sonne comme une promesse, comme une symphonie inachevée dont je brûle d'écrire la suite. Daryl. Même son prénom est beau. Il a vingt-huit ans, des épaules larges et un regard gris qui ne s'attarde jamais nulle part. Sauf parfois sur moi. Parfois.
Maman ajuste mon voile sans rien dire. Elle a ce sourire pincé que je connais depuis l'enfance, celui des jours où elle veut parler mais ne parle pas.
Tu es heureuse, au moins ?
Je tourne la tête vers elle. La question flotte, inutile.
— Je l'aime, Maman. C'est tout ce qui compte.
Elle hoche la tête, lisse un pli invisible sur ma traîne. Ses doigts osseux s'attardent sur le tissu comme si elle cherchait à retenir quelque chose. Ou quelqu'un.
— Ton père aurait aimé être là.
— Papa aurait détesté Daryl.
Le silence retombe. Mon père est mort il y a quatre ans, mais son absence est plus lourde aujourd'hui que tous les autres jours réunis. Peut-être parce qu'il savait lire les gens. Peut-être parce qu'il aurait vu ce que je refuse de voir.
On frappe. La voix de l'assistant de Daryl traverse la porte. Le genre de voix qui ne demande pas, qui informe.
— La voiture attend. Monsieur Daryl est déjà à la mairie.
Déjà. Il est déjà là-bas. Je ne sais pas pourquoi ce mot me serre le ventre. Je chasse l'idée. Il est ponctuel, c'est tout. Il est rigoureux. Il est tout ce que je ne suis pas. C'est pour ça que je l'aime. Il me complète. Il me structure. Il me sauve de ma tête trop pleine de notes et de rêves.
Maman me tend mon bouquet. Pivoines blanches. Celles que je voulais.
— Daryl les a commandées ?
— Non. C'est Rayan.
Rayan. Évidemment. Mon ami d'enfance, témoin aujourd'hui, photographe accessoirement. Il connaît mes fleurs préférées parce qu'il les cueillait dans le jardin de sa grand-mère quand j'avais douze ans et que je pleurais mes partitions ratées. Je souris pour la première fois de la matinée.
— Il est déjà arrivé ?
— Il est partout. Il mitraille tout ce qui bouge.
Je ris. C'est un rire bref, fragile. Maman me prend les mains. Ses yeux sont humides.
— Tu es sûre, Amélia ?
— Sûre de quoi ?
— De lui.
Je retire mes mains. Je ne sais pas pourquoi je fais ça. Peut-être parce que sa question touche un endroit que je ne veux pas interroger. Pas aujourd'hui. Pas dans cette robe.
— Il m'aime à sa manière.
— Quelle manière ?
— Maman. S'il te plaît.
Elle recule. Elle a compris. Mon ton est doux, mais il est définitif. Je ne veux pas entendre. Je ne veux pas douter. Je veux descendre ces escaliers, traverser cette nef, et poser ma main dans la sienne. Je veux être Mme Daryl. Je veux que tous ces mois de solitude intérieure prennent sens.
Je descends les escaliers de la maison. La maison de mon enfance. Celle que je quitte pour de bon. Les marches craquent sous mes talons. Chaque craquement est un adieu. Au piano du salon. Au jardin où je lisais des romans trop grands pour mon âge. À la chambre où je rêvais, fenêtre ouverte, qu'un jour quelqu'un m'aimerait assez fort pour tout effacer.
Dans la voiture, je regarde défiler les rues. La mairie apparaît. Sévère. Imposante. Daryl est là, debout sur les marches, téléphone vissé à l'oreille. Il ne me voit pas arriver. Il parle affaires, le jour de son mariage, sur les marches de la mairie. Il raccroche quand la portière s'ouvre. Range son téléphone. Me regarde.
Tu es en retard.
Je souris. Je m'excuse. J'embrasse sa joue froide.
— Je suis là maintenant.
Il hoche la tête et me tend le bras. Nous entrons. L'air est glacé à l'intérieur. Les bancs sont clairsemés. Sa famille est là. La mienne, presque pas. Éléonore, sa mère, est absente. Trop malade. Mon cœur se serre. J'aurais aimé qu'elle voie ça. Elle m'aime bien, je crois. Elle me regarde comme on regarde un oiseau en cage en se demandant s'il sait qu'il est prisonnier. Je ne me suis jamais posé la question.
L'officiant parle. Je l'entends à peine. Je regarde Daryl. Il fixe un point au-dessus de l'autel. Il ne me regarde pas. Il ne me sourira pas de toute la cérémonie. Mais à la fin, quand vient le baiser, il se penche vers moi. Ses lèvres sont glacées. L'effleurement dure une seconde.
Je vous déclare unis par les liens du mariage.
Je suis sa femme. Sa femme. Le mot sonne différemment maintenant. Plus lourd. Plus réel. Je cherche son regard. Il est déjà tourné vers la sortie, là où son assistant attend avec une liasse de documents.
Rayan surgit dans mon champ de vision. Il a son appareil autour du cou et ce sourire en coin qui n'appartient qu'à lui.
— Tu es magnifique.
— Merci.
— Vraiment. Magnifique. Lui, par contre, il pourrait se forcer un peu.
— Rayan.
— Je dis ça, je dis rien.
Il lève son appareil et prend une photo. Je ne sais pas ce qu'il capture exactement. Ma joie forcée. Mon maquillage intact. Mes yeux qui cherchent déjà Daryl à l'autre bout de la salle. Il se tourne vers moi, l'appareil baissé.
— Tu veux que je te dise un truc ?
— Non.
— Je te le dirai quand même. Un jour.
Et il s'éloigne avant que j'aie pu répondre.
Le soir, dans la chambre d'hôtel, je porte une nuisette de soie. Mon cœur bat si fort que je l'entends dans mes tempes. Daryl entre. Il a défait sa cravate. Il me regarde. Vraiment, cette fois. Ses yeux gris s'attardent sur mes épaules, mes hanches, mes jambes nues.
Tu es belle.
Il traverse la pièce. M'embrasse. C'est un baiser plus long que celui de l'autel. Plus profond. Presque fiévreux. Je ferme les yeux et je m'accroche à ce presque, à ce feu qui ressemble à de la passion.
Puis son téléphone vibre.
Il se fige. Recule. Regarde l'écran. Son visage se transforme. Quelque chose de dur, de coupant, comme un volet qui se ferme.
— Ma mère va plus mal. Je dois y aller.
— Maintenant ?
— Maintenant.
Il est déjà à la porte. Il ne se retourne pas. Il ne dit pas je suis désolé. Il ne dit pas je reviens vite. La porte se referme. Et je reste là, debout au milieu de la chambre nuptiale, en nuisette de soie, avec mon bouquet de pivoines qui fane sur la commode et le silence qui hurle plus fort qu'un piano désaccordé.
Je m'assois au bord du lit. Mes doigts cherchent une mélodie absente, tapotent le drap comme un clavier muet. Je ne pleurerai pas. Pas ce soir. Je me répète les mots comme une prière, comme une partition apprise par cœur.
Il m'aime. Il m'aime à sa manière. Il reviendra. Il reviendra toujours.
Le jour se lève sur Stockholm. La neige a cessé. Par la fenêtre du club, je vois la lumière grise caresser les toits. Lina dort encore, pelotonnée contre Viktor. Le silence est doux. Plein. Habité.
J'ai rangé mes partitions hier soir. Au fond du tiroir, mes doigts ont rencontré un objet froid. Un petit cadre. Cette photo. Celle que Rayan a prise le jour de mon mariage. Je ne l'avais pas regardée depuis des années. L'image est un peu jaunie. La mariée sourit. Le marié regarde ailleurs.
Elle avait vingt-deux ans. Elle croyait qu'elle pouvait réchauffer un cœur gelé. Elle croyait que l'amour était une question de patience, de dévouement, de persévérance. Elle croyait qu'à force de donner, on finissait par recevoir.
Je pose la photo sur le piano. Je la regarde longtemps. Je ne la reconnais pas tout à fait. Elle, c'est moi. Mais ce n'est plus moi.
Mes doigts effleurent les touches. Un accord. Un autre. La mélodie monte, douce et grave. C'est une berceuse. C'est un adieu. C'est pour elle. Pour mes vingt-deux ans. Pour la mariée qui ne savait pas encore qu'un jour elle traverserait l'Europe enceinte et brisée, qu'elle changerait de nom, qu'elle rencontrerait un homme aux mains cassées qui la regarderait comme on regarde la musique elle-même. Qu'elle accoucherait un soir de tempête en serrant une main qui n'était pas celle du père. Qu'elle rejouerait Chopin sous les projecteurs, les doigts tremblants mais le cœur debout. Qu'elle serait libre.
La dernière note s'éteint. Je reste là, les mains sur les genoux. Le silence est plein. Lina dort. Viktor respire.
Je suis rentrée chez moi.
Chapitre 53 — Rayan rappelleRAYANJe n'ai pas dormi depuis trois jours. Ou quatre. Ou cinq. J'ai perdu le compte. Les nuits se ressemblent quand on ne dort pas, elles forment une longue coulée noire où les heures se dissolvent les unes dans les autres. Je reste allongé sur mon canapé, dans mon studio qui sent le fixateur et la poussière, et je fixe le plafond en écoutant les messages de Daryl sur mon répondeur. Il en laisse un par jour, parfois deux. Sa voix est toujours la même : calme, polie, tranchante comme une lame. Il ne menace jamais explicitement. Il n'en a pas besoin. Il sait que je sais ce dont il est capable.La dernière fois que j'ai vu Amélia, c'était à son mariage. Elle portait une robe blanche et elle souriait, mais son sourire ne montait pas jusqu'à ses yeux. Je le connais, ce sourire. Je le connais depuis le lycée, depuis l'époque où elle ratait une mesure de Chopin et qu'elle disait "ce n'est rien, je recommence" avec ce même pli au coin des lèvres. Un sourire qui d
Chapitre 52 — L'enquête sur ViktorDARYLJe n'ai jamais aimé qu'on me résiste. C'est un défaut, je le sais. Mon père dit que c'est une qualité, que c'est ce qui fait les grands hommes, les bâtisseurs d'empire, les vainqueurs. Mon père dit beaucoup de choses. Il les dit avec sa voix calme et ses mains propres et son bureau en acajou où il a signé le contrat de mon mariage comme on signe une fusion-acquisition. Il m'a appris que le monde se divise en deux catégories : ceux qui prennent et ceux qui subissent. J'ai choisi mon camp à huit ans, le jour où j'ai vu ma mère pleurer dans la cuisine pendant qu'il dictait des ordres à son avocat au téléphone. J'ai décidé que je ne serais jamais celle qui pleure. Je serais celui qui dicte.Mais Amélia n'obéit pas aux règles.Elle aurait dû rester. Elle aurait dû accepter. Elle aurait dû comprendre que je l'aimais à ma manière, la seule que je connaisse, la seule qu'on m'ait transmise. Une manière faite d'absence et de contrôle, de bijoux offerts a
Chapitre 51 — Le retour de MarcusMARCUS STERNLa neige est tombée sur Stockholm pendant la nuit, une neige fine et silencieuse qui recouvre les trottoirs sans bruit. Je suis garé depuis deux heures dans une rue perpendiculaire au Chat Bleu, le col relevé, les gants en cuir, un gobelet de café froid dans le porte-gobelet. La Volvo sent le tabac et la laine mouillée. Ma femme dit que je devrais arrêter de fumer. Mon médecin aussi. Mais à soixante-deux ans, après trente-cinq ans de métier, on ne change plus ses habitudes. On les assume.Le métier, justement. J'ai été agent des renseignements suédois pendant vingt ans avant de passer dans le privé. J'ai traqué des espions russes, des trafiquants d'armes, des fraudeurs fiscaux milliardaires, des maris infidèles, des enfants disparus. J'ai retrouvé des gens qui voulaient être retrouvés et d'autres qui ne le voulaient pas. Les seconds sont toujours les plus intéressants. Ils laissent des traces minuscules, des cailloux blancs dans la forêt,
Chapitre 50 — Le disqueVIKTORL'idée est née un matin de décembre, entre deux tasses de café et trois mesures de Chopin. Enfin, je dis matin, mais pour nous le matin commence à midi. On se couche tard, après les sets, après les discussions, après l'amour. Le Chat Bleu ferme à deux heures, mais nous, on ne ferme jamais vraiment. On reste dans la salle vide à jouer pour personne, ou à se regarder, ou à parler. Depuis qu'on a passé la nuit ensemble, on n'a plus peur des silences. Les silences sont devenus des espaces habitables.Celia était au piano, comme toujours, et elle essayait un thème. Un thème simple, presque enfantin, trois notes qui descendaient, trois notes qui remontaient. Elle le jouait en boucle, le variait, le triturait, et je voyais bien qu'elle n'était pas satisfaite.— Ça manque d'ombre, a-t-elle dit.— Ajoute du violoncelle.Elle s'est arrêtée et m'a regardé, les sourcils levés.— Tu veux jouer là-dessus ?— Pourquoi pas ?— Parce que tu ne joues jamais avant le soir.






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