로그인EliasL'oncle Koffi sent le fer rouillé et la sueur aigre. C'est lui qui me récupère après le procès de maman. Un homme large comme une armoire, avec des doigts épais qui ne savent rien réparer, seulement broyer et revendre. Sa ferraille s'entasse dans une cour aux murs de parpaings, au cœur du marché de Treichville. Mon nouveau royaume. Un cimetière de machines défuntes où les carcasses de voitures côtoient les réfrigérateurs éventrés et les postes de radio muets.— Tu mangeras si tu travailles, grogne-t-il le premier matin. Ici, y a pas de bouche inutile.Il me jette un tournevis rouillé. La poignée est graisseuse. Il me montre un coin de la cour où s'empilent des caisses en plastique. Des montres. Des centaines de montres. Elles débordent des bacs comme des insectes morts, bracelets tordus, ca
EliasLa pluie cogne contre la tôle comme mille doigts impatients. J'ai dix ans et je suis caché sous le lit. Les ressorts du sommier grincent au-dessus de ma tête, couinements métalliques qui répondent aux coups. Papa cogne maman. Son poing s'abat avec la régularité d'un balancier détraqué. J'ai appris à compter. Un coup. Deux coups. Trois coups. Entre chaque impact, le souffle rauque de ma mère, cette expiration mouillée qui ressemble à un petit animal qu'on écrase.— Le temps ne ment pas, salope ! Regarde cette merde !La montre. Il parle de la montre de poche. Elle était cassée ce matin, les aiguilles bloquées sur huit heures trois. Je l'ai vue sur la table de la cuisine, son cadran fendu comme un œil mort. Papa l'avait héritée de son propre père, un Blanc qui l'avait abandonné dans les ruelles de Treichville avec ce seul objet pour héritage. Une blague cruelle. Un legs de fantôme.Je plaque mes paumes sur mes oreilles. Les coups continuent. Dans ma tête, je compte les secondes co
L'aiguille fatale Elias, un horloger d'Abidjan traumatisé par le meurtre de ses parents, devient un tueur en série surnommé "l'Ombre". De nuit, il étrangle ses victimes avec un fil d'acier à minuit pile, synchronisé comme une horloge, et collectionne leurs montres comme trophées. Motivé par une obsession du temps figé, il cible les imprudents. L'inspectrice Awa, cherchant vengeance pour son frère tué, le confronte dans sa boutique, mais Elias la piège et l'élimine, avant de s'enfuir pour continuer ailleurs. L'histoire explore sa psyché sombre à la première personne, mêlant souvenirs et horreur.EliasJe m'appelle Elias, ou du moins c'est le nom que je porte dans cette vie de jour, cette façade craquelée que le monde avale sans mâcher. De l'extérieur, je suis l'horloger du marché d'Abidjan, celui qui redonne un souffle artificiel aux montres mortes, ces petites coquilles vides de temps volé. Mes clients affluent : des commerçants bedonnants avec leurs Rolex rouillées par la sueur salé
Et je pense à elle. À cette petite fille dans mon rêve. À cette enfant que j'ai été. À cette innocence que j'ai perdue quelque part, il y a si longtemps, dans une nuit de sang et de peur.Elle me regardait avec ses grands yeux. Elle avait peur de moi. Elle avait raison.Je suis devenue ce qui lui faisait peur.Je suis devenue le monstre sous le lit. La chose dans le placard. L'ombre au fond du couloir.Mais je suis aussi devenue autre chose. Une restauratrice. Une redonneuse de vie. Une faiseuse de miracles.Je suis les deux. Je serai toujours les deux.Le soleil est haut, maintenant. Il inonde l'atelier. La Vierge brille sur son chevalet, parfaite, achevée, vivante.Je la regarde. Elle me regarde. Ses yeux sont pleins d'amour. Elle ne juge pas. Elle ne condamne pas. Elle regarde, c'est tout.— Merci, murmurai-je.À qui ? À elle ? À ma mère ? À moi-même ?Je ne sais pas.Mais ça n'a pas d'importance.Je prends le téléphone. Je compose le numéro de Sarah.— Allô ?— Sarah. C'est Élise.
Les semaines passent. Sarah Kessel enquête. Je le sais. Je la vois parfois, dans la rue, qui me suit, qui me regarde, qui note tout dans un carnet. Je la laisse faire. Elle ne trouvera rien. Il n’y a rien à trouver.Un soir, on frappe à ma porte. J’ouvre. C’est elle.— Il faut qu’on parle, dit-elle.— On a déjà parlé.— Pas comme ça. Pas vraiment. Il faut que vous me disiez la vérité.— La vérité sur quoi ?— Sur tout. Sur Delaunay. Sur la toile. Sur ce que vous cachez depuis trente ans.Je la regarde. Elle est fatiguée. Ses yeux sont rouges, cernés. Elle a maigri. Elle a passé des nuits blanches à chercher, à fouiller, à espérer.— Pourquoi est-ce que je vous dirais quoi que ce soit ?— Parce que je sais. Je ne peux pas le prouver,
Le lendemain, je vais au musée. Un nouveau contrat. Une grande toile du dix-huitième, une scène mythologique, des dieux et des déesses dans un jardin. Je commence le travail. Je nettoie. Je restaure. Je fais revivre.En fin de journée, je m’arrête devant une petite salle, au fond du musée. Une salle que je ne connais pas. Une exposition temporaire. Je pousse la porte.Il y a des dessins. Des croquis. Des esquisses. Des études préparatoires de grands maîtres. Des choses simples, rapides, imparfaites. Des choses qui montrent la main de l’artiste, son hésitation, son génie.Je regarde longtemps. Je regarde chaque trait, chaque repentir, chaque tache. Je vois l’artiste qui cherche, qui tâtonne, qui essaie. Je vois l’humanité.Et soudain, je comprends.L’esquisse de Marchal, cette nuit-là, ce n’était pas une er
LénaLe rire n’est pas un son. C’est une vibration qui se propage dans l’air immobile, une scie électrique qui coupe le peu de nerfs qui me restent. Il n’a pas de source, il est l’appartement lui-même. Les murs, le plancher, le plafond suintent cette haine froide et électronique.Mon coup de feu a
LenaLa pluie a cessé, laissant dans son sillage une ville luisante et froide, comme émaillée de noir. Chaque réverbère est un œil jaune qui me suit. Les paroles de Vasseur tournent en boucle dans ma tête, se mélangeant au cri hantant de cette femme inconnue. Une idée devenue intelligente. Un écho.
Léna MorelLa pluie me cingle le visage, mélangée aux larmes de panique et de rage. Je cours sans savoir où, les poumons en feu, les jambes molles. Le rire électronique me poursuit, collé à ma nuque, bien que je sois maintenant à des rues de l’entrepôt.Une nouvelle victime. Fraîche. Et j’étais là.
Léna MorelLe gris du matin a la couleur de l'acier et du désespoir. Je suis assise à mon bureau, l'écran de mon ordinateur portable braqué sur des fichiers volés. Les murs de mon appartement me semblent aussi fins que du papier à cigarette ; je peux sentir le silence de l'immeuble entier, pesant,







