Mag-log inQuand son amie d’autrefois meurt soudain, Camille rentre chez elle. Elle fait des photos, cherche un peu de calme. Un lieu suspendu entre la brume, et les souvenirs. Près d’un lac perdu, elle développe des clichés qui semblent lui parler. Les tirages montrent des formes vagues, des mouvements étranges. comme si la lumière cherchait à lui montrer ce que sa mémoire avait oublié. Dans cet air léger, Camille part à la fois en quête de chagrin et en quête de clarté. Chaque photo devient une porte entrouverte sur le passé, chaque reflet un fragment de vérité. Ses pas la ramènent vers des visages d’autrefois, Vers Léo - son amour de jeunesse, parti sans dire au revoir - puis vers Élise, dont l’ombre rôde près du lac comme dans son cœur. Entre la brume et le calme, les jours translucides touchent à la mémoire fragile et à la douceur de lâcher prise. Ce voyage a des airs de poème, un récit entre ombre et reflet, où l’on apprend que la clarté ne naît pas de l’absence du trouble — mais de son acceptation. Une histoire qui parle de souvenirs, tout en mêlant tendresse et paix intérieure. Une histoire de ces moments pas très clairs, mais qui malgré tout nous guident encore.
view moreLa galerie Duret donnait sur la chaussée, pareille à un trou de lumière dans le gris du mois de novembre.
Derrière les larges fenêtres, les images donnaient l'impression de flotter, encadré de lumière claire, accrochées là où même le vacarme de la rue ne parvenait pas. Camille restait là, pas loin du buffet, avec son verre vin à la main. Elle regardait les gens passer d’un tableau à un autre, presque comme s’ils tournaient les pages d’un souvenir qui n’était pas le leur. Elle connaissait chaque cliché, chaque nuance de lumière, chaque grain d’argent. Du moins, elle le croyait. Depuis trois semaines, elle survit tendue comme avant l’annonce d'une nouvelle grave. Un vernissage, pour elle, restait un test honnête : là où ses rêves prenaient forme, se montraient, souvent sans être saisis. Le galeriste, Paul Duret, se déplaçait entre les groupes de clients potentiels, un sourire bien rodé aux lèvres. Il avait opté pour un nom : Les jours translucides. Camille n’a rien dit. Ça lui a semblé beau, flou, doux même. En fait, ça l’a calmée. Elle tournait la tête quand un murmure attira son attention. Deux dames venaient de s’immobiliser face à une impression qui lui était inconnue. Un coin brouillé par la brume, l’eau figée en surface, des branches minces qui griffent le gris du haut. Plus bas, on trouvait la signature : C. Delmas. Camille a plissé le front. Ce n'était pas son style, ni sont éclairage habituel. Bien trop froid, un peu lointain. Et pourtant… un truc était à elle. Un truc qui passe vite, une sensation bizarre, comme un déjà vu : l'odeur d’un marais calme, le son d’un oiseau qui crie, une brise tiède sur sa peau humide. Elle avança pas à pas, puis laissa glisser son verre sur la table. La légende indiquait : “Les jours translucides – Série I, 1998”. Elle u un petit rire, l'air surprise. En 1998, elle en avait dix ans. Elle n’avait pas encore de caméra, ni appareil photo du tout à l’époque. – C'est superbe, lâcha une voix dans son dos. Paul Duret, content, arrivait tout juste à ses côtés. – J'étais certain que t'accepterais de l'inclure. Cette image colle parfaitement au tout. T'as déniché une vraie perle, Camille. La mémoire, les absences, cette lumière en attente... Y’a tout dedans. Elle resta muette. Ses mains frémissaient à peine, un léger flottement qu'elle tentait d'occulter en bloquant son souffle. – Paul, lança-t-elle tout bas, cette image… je ne l'ai pas fait. Il esquissa un léger sourire, mal à l’aise. – En fait… t’as tout oublié ? – Non. Je n’ai jamais vu cet endroit. Il a haussé les épaules, comme pour calmer le jeu. – T’as sans doute oublié. Des fois, il arrive aux artistes, que les idées filent entre les doigts. Un vieux boulot peut-être ? Ou une photo dénichée dans le fond d’un tiroir ? Camille a remué la tête. - C'est pas moi. Mais bon... Elle s’interrompit. Une forme floue se montrait sur l’image, toute petite près de l’eau. Une petite fille porte un manteau pâle, les bras tendus, comme pour attirer une présence invisible. les bras ouverts, comme si elle appelait quelque chose hors du cadre. Ses mains s’ouvrent vers le vide, presque en prière. Le tissu flotte doucement autour d’elle, léger. Aucun bruit ne vient troubler cet instant suspendu. Un frisson lui courut le long du dos. Elle sentit, tout d’un coup, que l’enfant posait les yeux sur elle - comme si le temps n’existait pas, comme si le brouillard ne cachait rien. La nuit avança entre des échanges flous et des rictus figés. Elle signa des catalogues, répondit aux compliments, rit même parfois. Mais ses yeux revenaient sans cesse vers cette image, posé tout au fond de la pièce, là où la clarté semblait presque tendre. Elle restait accrochée malgré tout. Une fois que la galerie eut fini de se vider, elle demeura isolée devant l’impression. La petite avait l'air mieux soignée maintenant. Camille eut envie de lui parler, de lui demander d’où elle venait. Mais le calme n’a pas bougé, aussi calme que la surface du lac.Un peu plus loin, le train roulait sans hâte entre les champs. Un voile de brume traînait dans l’air froid, pareil à un rêve qui ne veut pas partir. Les terres mouillées s’allongeaient sans fin sous la lumière timide du matin. Le monde glissait sous les yeux de Camille, sans qu’elle y prête attention. Sur ses genoux, l’engin attendait sous la paume. Parfois, elle laissait l’appareil tranquille. Parfois, elle restait simplement présente - observant tout, sans chercher à retenir quoi que ce soit. Un jour, elle a tourné le dos à Saint-Orlac. Jamais elle n’y remettrait les pieds. La ville resterait derrière, sans retour possible. Entre le lac et la maison, des ombres s’étirent. La lumière tombe autrement ici. Chaque arbre garde un silence différent. Elle laissait tout derrière, baigné par la lumière pâle du début mai. Un jour avant qu’elle s’en aille, elle marchait encore là où le chemin effleure l’eau. Un souffle léger courait entre les herbes. La lumière sautillait en
Quand les fleurs sont réapparues, elle n’y a vu que du feu.La glace a lentement disparu des toits. Le lac est redevenu clair, pareil à ce qu’il était jadis. Près de l’eau, les arbres ont étiré leurs jeunes feuilles duveteuses, telles des paupières levées sur la lumière.Ce jour-là, Camille n’avait pas quitté Saint-Orlac.Toujours entre deux, jamais posée pour de bon.Un matin, elle a laissé derrière l'appartement de Paris. Tout ce qu’elle possédait partait peu à peu, sauf les outils du travail, des habits légers. Dans un coin, traînait encore une vieille boîte à chaussures remplie de pellicules.Après ça, le surplus perdait soudain son importance. Ce qui venait de l’époque d’avant paraissait désormais lointain. L’idée même de s’encombrer avec ces choses n’avait plus lieu d’être.Chaque matin, elle ouvrait les volets de sa chambre avant le soleil. Ensuite, ses pas la menaient vers l’eau sans bruit. Le vieux pont tremblait à peine sous ses chaussures usées. Elle restait là, immobile, l
Blanche comme un secret, la neige avait recouvert tout en silence pendant que le monde dormait.Le lendemain, la neige avait tout recouvert.La surface gelée avalait le contour des montagnes. Un silence épais collait aux murs de pierre humide. La lumière tombait en biais, blanche et sans bruit. Chaque pas écrasait un souvenir effacé par le froid.Ce matin-là, la clarté douce passait à travers les rideaux et touchait Camille. Elle ouvrit les yeux avant que le monde ne s’anime.Un calme profond semblait monter du fond de son être.Un instant plus tard, elle bougea enfin. Debout, elle passa un pull sur ses épaules. La lumière rouge s’alluma au fond. C’était là-bas, dans cette pièce ancienne, que tout avait commencé. Autrefois, Louise y avait installé un espace rien que pour elle. À une époque où tout semblait mystère.L'odeur du révélateur lui prit la gorge, pareille à un souvenir qui remonte des profondeurs.Les négatifs reposaient sur la table, enfermés dans des pochettes claires.Un p
Après ça, tout semblait mou, comme enveloppé dans une ouate épaisse.Le temps paraissait mou, comme pris dans du coton, figé juste après un souffle.Parfois, Camille passait des nuits entières là-bas, près du lac. Le sommeil ne venait presque jamais. Elle tendait l’oreille vers le grincement du vent contre les persiennes. Des pas légers se faisaient entendre au-dehors - ceux des gendarmes en ronde. La pénombre s’étirait sans fin.Le battant venait de se rabattre en silence.Pourtant, dans sa tête, rien ne semblait fermé.Un par un, les soldats ont pris les cassettes. Après, ce furent les lettres qui disparaissaient. La photo, elle, est partie en dernier.Un nouveau regard se posait sur l’enquête, désormais sans masque.Là-bas, on a vu le cadavre du capitaine Morel près du ponton, pas très loin. Sa main serrait fort un vieux médaillon plein de rouille.Un nom apparaît sur le bijou. C’est celui de Camille. Gravé dans le métal doucement.Elle est arrivée tôt, ce jour-là. La chef des gend
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