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MAESHA
Mes yeux balayent la salle du café sans marquer d'arrêt, scrutant frénétiquement chaque silhouette masculine qui franchit la porte battante. À chaque tintement de la clochette, mon cœur fait un bond dans ma poitrine et je suis obligée d'avaler péniblement ma salive. Lequel est-ce ? Ce grand brun en costume ? Ce type athlétique au fond ? Mes doigts tremblent légèrement autour de ma tasse de thé, trahissant une nervosité que je tente désespérément de refouler.
Je vais avoir vingt-deux ans dans quelques jours. Et comme chaque année depuis mes dix-huit ans, je m'apprête à commettre une folie pure pour marquer le coup. Une sorte de rituel absurde, une quête de frissons pour me prouver que je suis vivante.
À 18 ans : Le saut à l'élastique depuis le pont du Royal Gorge dans le Colorado. Attachée au-dessus du vide, persuadée que mon cœur allait lâcher avant d'atteindre le fond du canyon.
À 19 ans : Le baptême de parachutisme au-dessus des Keys en Floride, alors que je venais d'intégrer l'académie des firefighters. Une chute libre vertigineuse hors de la carlingue.
À 20 ans : Une expédition nocturne en solo dans un ancien hôpital psychiatrique désaffecté en périphérie de New York. L'adrénaline pure, le noir complet, et les sirènes de police qui m'ont cueillie à la sortie.
À 21 ans : Une session d'escalade en solo intégral sur une falaise du Vermont, sans le moindre harnais de sécurité, juste mes doigts accrochés à la roche.
Mais cette année, pour mes vingt-deux ans, j'ai franchi un cap bien plus sombre. Un projet à la fois loufoque et strictement tabou. La faute en revient à l'un de mes collègues de caserne : je l’avais surpris en train de raconter à qui voulait l'entendre que son épouse raffolait des fessées. J’avais tendu l’oreille, intriguée malgré moi. Il évoquait des plateformes spécialisées, des pratiques codifiées… Alors, poussée par une curiosité naïve — ou par le désir d'une femme en quête de sensations inédites —, je me suis dit : « Pourquoi pas ? Voyons ce qu'il en est réellement. Est-ce que la douleur en vaut la peine ? »
J’ai dévoré des dizaines de témoignages en ligne, parcouru des récits d’expériences similaires… et j’ai fini par franchir le pas. Évidemment, il était hors de question de tenter ça avec une copine ; personne ne sera jamais au courant, et je ne suis même pas certaine d'avoir le courage d'aller au terme de la démarche. Je n’ai même pas aperçu le visage de l’homme avec qui j’ai convenu d'un rendez-vous — je connais seulement son âge : vingt-sept ans. Il se prénomme Jackson.
Nous avons échangé par messages interposés. Il réside à Boston, moi à New York… Aucun risque de télescopage une fois la parenthèse refermée. Je lui ai indiqué que je porterais du bleu, mais j’ai délibérément opté pour du mauve. « C’est sensiblement la même nuance, non ? Mauve, bleu… » De cette façon, si la panique m'envahit au dernier moment, il me sera toujours possible de m'éclipser sans me sentir prise au piège.
Les bases étaient claires dès le départ : aucun acte sexuel. Simplement de la découverte. De la curiosité à l'état pur.
Le point de ralliement est fixé dans ce petit établissement discret à proximité de la gare de South Station à Boston.
Mon téléphone affiche encore ces forums où des femmes égrènent leurs ressentis… « Est-ce que ça fait vraiment mal ? Est-ce que je vais y prendre goût ? » Je me répète en boucle qu'il s'agit d'une simple observation, d'une tentative de comprendre… pourtant, mon rythme cardiaque s'affole.
Soudain, un léger tapotement contre la table me fait faire un bond. Je relève la tête : le voilà.
Un bel homme, imposant et athlétique. Grand, élancé, la carrure sportive. Un sourire ravageur illumine ses traits.
— Tu es Vic ? s’enquiert-il en inclinant imperceptiblement la tête.
Mon souffle se bloque net dans ma poitrine.
Sous Son ToitMAESHAQuand il terminE le briefing opérationnel, un des hommes, un adjudant d’une trentaine d’années au sourire ouvert, lève la main :— Lieutenant, bienvenue parmi nous. Petite question pratique… vous logez où pour le moment ? C’est pas évident de trouver un appartement sur Brookline en ce moment, la ville est saturée.Tous les regards se posèrent sur moi. Je clarifiai ma voix pour ne pas paraître hésitante :— À l’hôtel pour l’instant. J’ai cherché des locations ces derniers jours, mais tout est complet ou hors de prix en attendant mon installation définitive. Je vais continuer à prospection.Un silence poli s’installa dans la salle. Puis le même adjudant se tourna vers Jackson avec un petit rire complice :— Capitaine, vous venez justement d’acheter cette grande maison sur les hauteurs de Brookline, non ? Celle avec les quatre chambres et le grand jardin ? Vous avez largement la place. Une colocation le temps qu’elle se retourne, ça vous aiderait à amortir le crédit
MAESHALa Tentation de l’OmbreJackson hocha la tête, satisfait de ma réponse, et enchaîna sans la moindre pause suspecte : — Bien. Voici votre planning de prise de fonction pour le mois, vos codes d’accès aux réseaux sécurisés, le règlement intérieur et l’organigramme complet de l’équipe. Briefing général dans vingt minutes en salle de réunion avec toute la garde. Le sergent Leclerc vous montrera les vestiaires et votre bureau. Avez-vous des questions ?Je secouai la tête, la gorge sèche.— Non, Capitaine Steele.— Parfait. Vous pouvez disposer, Lieutenant Carter.Il me tendit le dossier cartonné d’un geste précis, impersonnel. Nos doigts ne se touchèrent même pas. Son regard s’était déjà détaché de moi pour repasser sur les papiers étalés devant lui.L’odeur de son parfum fut encore plus forte quand je m’approchai du bureau pour prendre les documents. Elle m’envahit les narines et mon sexe se contracta douloureusement, lâchant une nouvelle vague d’humidité traîtresse. Je sentais le
Un Visage Sous le MasqueMAESHAPendant plusieurs secondes qui me parurent durer une éternité, le silence dans le bureau fut total, pesant comme une chape de plomb. Seul le ronronnement régulier de la climatisation meublait le vide.Mes cuisses se tendirent instinctivement sous le tissu strict de mon pantalon d’uniforme, comme si les marques fantômes de sa ceinture en cuir se réveillaient soudainement sous la peau de mes fesses et de mes hanches. Mon esprit tournait à mille à l’heure, menaçant de me faire perdre pied : New York, Boston... Aucun risque qu’on se recroise... Je m’appelais Vic... Quelle idiotie sans nom. Quel piège effroyable de la destinée.Jackson me fixait sans ciller.Ses sourcils sombres se froncèrent à peine. Son regard d’acier parcourt mon visage avec une attention soutenue, presque inquisitrice, disséquant le moindre de mes traits. Je sentais qu’il cherchait quelque chose dans la ligne de mon nez, dans la courbe de mes lèvres, dans la couleur de mes yeux. Une ress
Le Poids des SouvenirsUn an a passé.Après des mois d’attente anxieuse, de courriers sans réponse et de méandres administratifs interminables, j’avais enfin obtenu ce que je cherchais depuis si longtemps : ma mutation loin de l’effervescence étouffante de New York. J’avais besoin de prendre de la distance, de fuir le béton, le bruit incessant des sirènes de Manhattan et, surtout, les fantômes d’une vie que je ne voulais plus mener. Direction le Massachusetts. J’avais été affectée comme officier au centre d’incendie et de secours de Brookline, une petite ville paisible aux portes de Boston. Un nouveau départ pour oublier le passé, une nouvelle équipe, une nouvelle routine, et enfin un cadre de vie apaisé où je pourrais me reconstruire en silence.Durant tout ce temps, j’avais réussi à me convaincre que cette folie d’un jour était définitivement enterrée. Après tout, j’avais soigneusement calculé mon coup. Je n’avais laissé aucune trace, aucun indice. Il s’appelait Jackson, il habitait
JACKSONElle pense effacer ses traces, mais on ne fuit pas quelque chose d’aussi fort.La manière dont elle a tremblé, la façon dont elle m’a pris… elle a trop aimé ça.Elle reviendra.Alors que je m’apprête à ranger mon téléphone, une notification surgit sur l’écran. C’est le message d’une autre jeune femme qui s’est inscrite sur le site pour se faire corriger, me demandant une séance.Je fixe l’écran un instant. D’ordinaire, je réponds présent pour ces femmes en demande d’autorité, mais là, le souvenir de Vic est encore bien trop vif, gravé sous ma peau. Ce qu’on vient de vivre était d’une intensité folle, totalement hors norme. Je n’ai absolument pas la tête à m’éparpiller ou à distribuer des fessées à quelqu’un d’autre aujourd’hui. Je veux lui laisser une chance, attendre de voir si elle va refaire surface.Mes doigts tapent rapidement une réponse sur le clavier :« Désolé, pas disponible en ce moment, je suis parti pour deux semaines. On se recontacte à mon retour. »Un mensonge
JacksonJe la laisse un instant dans le salon et m’écarte dans le couloir pour attraper mon téléphone professionnel qui n'arrête pas de vibrer. Je rappelle aussitôt la caserne.— Steele ! On a besoin de tout le monde ! Un immeuble est en feu en plein cœur de Boston, du côté de Beacon Hill ! Une bouteille de gaz a explosé au deuxième étage… Pourtant, c’est strictement interdit dans ces vieux bâtiments en briques !— Il y a toujours des mecs qui se croient au-dessus des règles, dis-je en grimaçant. J’arrive tout de suite.— Ça marche, Captain. Je t’envoie la localisation exacte sur ton portable.— Merci.Je raccroche et me retourne pour avertir Vic que je dois filer en urgence. Je voulais lui dire de prendre son temps, de finir tranquillement son café et qu’elle n’aurait qu’à claquer la porte en partant.Mais quand j’arrive dans le salon, il n’y a plus personne.La porte d’entrée est entrouverte, battant doucement dans le courant d’air. Elle a disparu.J’ouvre en grand la fenêtre pour d







