LOGINParis, jardin du Luxembourg
POV : Néné
Il ne m'a rien annoncé. Pas de dîner préparé à l'avance, pas de réservation dans un restaurant à la lumière trop parfaite, pas ce genre de mise en scène qui sent la nervosité déguisée en romantisme. Juste une proposition, un dimanche après-mid
Paris, appartement de Saint-Germain-des-PrésPOV : NicolasLe matin commence toujours de la même manière, maintenant. Pas les quatre journaux étalés en éventail sur la table, comme avant. Un seul, ouvert à moitié, pendant qu'une petite main tire sur ma manche pour réclamer une tartine coupée en triangles, jamais en carrés, question de principe qui ne souffre aucune négociation.— Papa, dit Malick. Les triangles.— Les triangles, confirme-je, en reposant Le Monde que je n'aurai probablement pas le temps de finir avant ce soir.Il a quatre ans, les yeux en amande de sa mère, mes cheveux bruns un peu trop ondulés pour qu'on puisse les discipliner correctement le matin, et cette manière bien à lui de fixer les gens droit dans les yeux quand il veut quelque chose, sans jamais détourner le regard, jusqu'à ce qu'on cède. Néné dit qu'il a hérité ça de son grand-père maternel, un homme qu'il ne connaîtra jamais mais dont le sang, visiblement, continue de se manifester à travers des détails auss
Paris, pharmacie puis appartement de Saint-Germain-des-PrésPOV : NicolasNous marchons jusqu'à la pharmacie du coin de la rue sans presque parler, nos mains liées, comme si lâcher prise pouvait faire disparaître ce qui vient d'être dit dans la cuisine. Le pharmacien nous reconnaît, nous a vus passer des dizaines de fois, mais quelque chose dans nos visages ce matin-là doit trahir l'importance du moment, parce qu'il nous tend la boîte avec une discrétion particulière, presque cérémonieuse.De retour à l'appartement, Néné disparaît dans la salle de bain. J'attends dans le couloir, incapable de m'asseoir, les mains dans les poches puis croisées puis de nouveau dans les poches, ce même réflexe que je n'ai jamais su canaliser dans les moments d'attente insupportable.Bissap me regarde depuis le canapé, indifférent à mon agitation, et je lui parle à voix basse, comme je le fais parfois sans trop savoir pourquoi.— Tu savais, toi, dis-je au chat. Tu savais avant nous, hein.Il ne répond pas
Paris, appartement de Saint-Germain-des-PrésPOV : NénéLe lendemain du mariage, Paris continue comme si de rien n'était, ce qui me surprend toujours un peu, cette indifférence tranquille de la ville face à ce qui nous semble, à nous, si important. Les boulangeries ouvrent à la même heure. Les voisins promènent leurs chiens dans la même rue. Rien n'a changé, sauf tout.Je me réveille tard, la tête encore pleine de la soirée de la veille, la musique, les discours de Louis puis de Camille, le rire de Marcel qu'on a rarement entendu aussi franc, Alia qui a dansé jusqu'à des heures indécentes malgré sa sobriété stricte, Eve qui a disparu discrètement vers minuit sans dire au revoir &a
Paris, jardin d'un hôtel particulier, MaraisPOV : NicolasLe lieu, c'est Marcel qui l'a trouvé. Un jardin discret derrière un hôtel particulier du Marais, quelques rangées de chaises blanches disposées sous les arbres, une simplicité qui contraste avec tout ce que j'aurais pu imaginer venant de lui, il y a encore deux ans. Pas d'ostentation. Pas de liste de personnalités à impressionner. Juste les gens qui comptent vraiment, réunis dans cette lumière de fin d'après-midi qui tombe entre les feuilles.Je remonte mes lunettes sur mon nez, un geste réflexe, alors que Louis, à côté de moi, ajuste ma cravate pour la troisième fois en dix minutes.— Arrête, dis-je
Paris, studio du 11ème arrondissementPOV : NénéLa robe est suspendue à la porte de l'armoire depuis trois jours, et je n'ai toujours pas réussi à la regarder plus de quelques secondes sans qu'une émotion étrange me traverse, quelque chose entre la joie et une forme de vertige que je n'avais pas anticipée. Simple, sans dentelle excessive, sans traîne interminable. J'ai choisi ça moi-même, dans une boutique du Marais, sans l'avis de personne d'autre que le mien.Alia est arrivée en fin d'après-midi avec deux bouteilles de vin qu'elle ne boira pas elle-même, par solidarité silencieuse, dit-elle, même si je lui ai répété cent fois que ma sobriété n'a jamais concerné l'alcool e
Paris, cabinet Moreau & AssociésPOV : NicolasLes mois passent plus vite que je ne l'aurais cru possible. La fondation de Néné prend forme, un premier bureau ouvert à Bamako, un second en discussion à Genève. Le CNAM lui a délivré une attestation de mi-parcours, encadrée, qu'elle a accrochée dans le studio du 11ème sans grande cérémonie, presque timide devant sa propre réussite. Et entre deux dossiers, entre deux rendez-vous avec des notaires et des avocats internationaux, nous avons commencé, doucement, à parler du mariage.Je passe voir Marcel un mardi soir, sans prétexte particulier, comme c'est devenu une habitude depuis quelques mois. Le cabinet a retrouvé un peu de sa clientèle, moins pr







