LOGINLéa resta immobile un long moment dans la limousine. Le siège de Knight Corporation s’éloignait derrière la vitre teintée, un mirage de verre et de pouvoir. À côté d’elle, Aiden lisait un dossier, silencieux, comme si la réunion n’avait jamais eu lieu. Dehors, la ville fourmillait. Des rues où elle pourrait disparaître. Des visages anonymes, des trottoirs trop larges pour qu’on la retienne.
Elle serra la poignée de son sac, comme si elle y tenait déjà sa liberté.
Quand ils arrivèrent au manoir, Aiden la déposa presque sans un mot. Je repars au bureau. Reste ici. Une phrase courte, lancée comme un ordre. Elle hocha la tête, docile. Dès qu’elle entendit la voiture quitter l’allée, Léa monta à l’étage. Elle entra dans sa chambre, verrouilla la porte, et s’effondra sur le lit.
Elle sortit son téléphone. C'était son seul lien avec le monde réel. Elle composa le numéro de Clara. La voix de son amie jaillit aussitôt, vive et curieuse.
— Léa! Enfin! Je me demandais quand tu allais appeler. Alors, raconte! Comment ça se passe, ton mariage?
Léa jeta un coup d'œil à la fenêtre entrouverte. Sa voix se fit plus douce, presque hésitante.
— C’est… étrange. Ce n’est pas vraiment comme je l’imaginais. Tu sais, tout est si codifié. On a signé les papiers, mais parfois j’ai l’impression que ce n’est qu’un contrat, rien de plus.
— Et lui? Il est comment avec toi? Il joue le jeu ou c’est froid?
— Il est gentil, attentionné même. Mais on sent que tout est calculé. Comme si chaque geste avait été prévu à l’avance.
— Tu regrettes?
— Non… enfin, pas encore. Mais j’ai besoin de comprendre ce que je ressens. Ce n’est pas un conte de fées, Clara. C’est un arrangement.
Un silence s’installa, puis Clara reprit, plus posée:
— Tu sais que je suis là, hein? Si jamais tu veux tout plaquer, je t’aide. On trouvera une solution.
Un sourire triste effleura les lèvres de Léa.
— Merci, Clara. Vraiment. Juste… reste près de moi, même à distance.
Léa raccrocha avant que Clara ne puisse poser d'autres questions. Le silence qui suivit était lourd, presque oppressant. Elle resta assise sur le bord du lit, les coudes sur les genoux, la tête entre les mains. Ses doigts tremblaient. Elle se sentait prise au piège, comme une actrice dans un rôle qu’elle n’avait jamais voulu jouer. Dans quelques mois, peut-être, tout cela ne serait qu’un souvenir flou, une parenthèse étrange dans sa vie.
Elle se leva brusquement, comme si le mouvement pouvait chasser ses pensées. Elle ouvrit le placard, attrapa une robe légère, enfila un gilet et se força à descendre dîner. Mais à mi-chemin, elle s’arrêta. Non. Pas ce soir. Elle remonta, croisa la gouvernante dans le couloir et prétexta un mal de tête. Mensonge facile. Trop facile.
Dans sa chambre, elle s’installa à son bureau. Minuit approchait. Le roman qu’elle avait commencé plus tôt était ouvert devant elle, mais les mots dansaient sans logique. Elle n’arrivait pas à se concentrer. Son esprit vagabondait, toujours vers lui. Aiden.
Un grincement discret dans le couloir la fit sursauter. Elle éteignit la lampe d’un geste vif, et courut vers le lit. Elle s’y glissa, le cœur battant à tout rompre, les yeux fixés sur la porte.
Elle s’ouvrit lentement. Une silhouette se dessina dans l’encadrement. Aiden.
Il ne bougea pas. Il resta là, sur le seuil, à l’observer dans la pénombre. Elle pouvait sentir son regard sur elle, comme une caresse invisible. Il murmura:
— Tu dors?
Elle fit semblant de bouger légèrement, sa respiration régulière, maîtrisée. Il ne s’approcha pas. Mais il ne partait pas non plus. L’air semblait chargé d’électricité, comme si le moindre geste pouvait déclencher une tempête.
Elle sentit son corps réagir malgré elle. Une chaleur diffuse s’insinuait dans ses membres, une tension qu’elle ne comprenait pas tout à fait. Ce n’était pas de la peur. C’était autre chose. Une attente. Un frisson.
Il fit un pas dans la chambre. Elle retint son souffle. Il s’arrêta, hésitant. Puis, lentement, il recula. La porte se referma sans bruit.
Elle ouvrit les yeux. Il était parti.
Mais son parfum flottait encore dans l’air. Et son cœur, lui, refusait de se calmer.
Le lendemain matin, Léa n’eut pas le temps de reprendre son souffle. Elle s’était réveillée tôt, le cœur encore agité par les rêves de la nuit. Des rêves flous, troublants, où Aiden apparaissait sans prévenir, toujours trop proche, toujours trop silencieux.
Elle s’était glissée hors du lit, pieds nus sur le parquet froid, espérant quelques instants de solitude. Mais à peine avait-elle ouvert la porte que la gouvernante l’interpella:
— Monsieur Knight vous attend dans la bibliothèque.
— Maintenant?
— Oui, Madame. Il a insisté.
Léa hésita. Elle n’avait pas envie de le voir. Pas si tôt. Pas quand son corps se souvenait encore de la tension de la veille, de ce moment suspendu où il était resté sur le seuil de sa chambre, sans entrer, sans fuir.
Elle descendit lentement, chaque marche semblant la rapprocher d’un point de bascule invisible. La porte de la bibliothèque était entrouverte. Elle poussa doucement.
Aiden était là, debout près de la fenêtre, une tasse à la main. Il ne se retourna pas tout de suite. La lumière du matin dessinait ses traits avec une précision presque cruelle. Léa sentit son ventre se nouer.
— Tu voulais me voir? demanda-t-elle, la voix plus assurée qu’elle ne l’était en réalité.
Il se tourna enfin. Son regard s’attarda sur elle, un peu trop longtemps. Elle le sentit, comme une pression invisible sur sa peau.
— Je voulais m’assurer que tu allais bien.
— Pourquoi? Tu as peur que je m’enfuie?
Il esquissa un sourire. Léa s’approcha, par défi ou par instinct, elle ne savait plus. Elle s’arrêta à quelques pas de lui. Trop près. Trop loin.
— Tu n’as pas dormi, dit-il.
— Et toi? Tu étais devant ma porte.
Il ne répondit pas. Le silence entre eux était chargé, presque palpable. Elle pouvait entendre sa propre respiration, rapide, irrégulière. Il posa sa tasse sur le rebord de la fenêtre, fit un pas vers elle.
— Tu me fuis, Léa.
— Je ne sais pas ce que je ressens.
— Moi non plus.
Leurs regards se croisèrent. Il n’y avait plus de contrat, plus de règles. Juste cette tension, cette proximité involontaire qui devenait insupportable.
Il leva la main, hésita, puis effleura sa joue du bout des doigts. Léa ferma les yeux. Ce simple contact déclencha une vague de chaleur qu’elle ne parvint pas à contenir.
— Tu devrais partir, murmura-t-elle.
— Tu veux que je parte?
Elle rouvrit les yeux. Il était là, si proche qu’elle pouvait sentir son souffle. Elle ne répondit pas. Elle ne pouvait pas.
Il recula d’un pas, comme à regret. Elle sentit le vide qu’il laissait derrière lui, un manque brutal.
— Je ne suis pas ton ennemi, Léa.
— Mais tu n’es pas mon refuge non plus.
Il hocha la tête, lentement, comme s’il comprenait enfin. Puis il quitta la pièce, sans un mot de plus.
Léa resta là, seule, le cœur battant, les jambes tremblantes. Elle s’appuya contre le mur, ferma les yeux. Ce n’était pas de l’amour. Pas encore. Mais c’était dangereux. Et terriblement réel.
La pluie tombait sans relâche depuis l’après-midi, martelant les vitres comme une rumeur insistante. Léa s’était réfugiée dans la serre, un endroit qu’elle avait découvert par hasard en explorant les recoins de la propriété. C’était un lieu oublié, envahi par les plantes, l’humidité et le silence. Elle s’y sentait bien. Cachée.
Elle s’installa sur le vieux banc en bois, les genoux repliés contre elle. Le parfum des fleurs, mêlé à l’odeur de la terre mouillée, l’enveloppait. Elle ferma les yeux, essayant de faire taire le tumulte en elle.
Mais elle n’était pas seule.
Le bruit d’une porte qu’on pousse doucement. Des pas. Elle se redressa, le cœur battant. Aiden entra, trempé, les cheveux collés à son front. Il s’arrêta en la voyant, surpris.
— Je ne savais pas que tu venais ici, dit-il.
— Moi non plus, jusqu’à aujourd’hui.
Il s’approcha lentement, comme s’il craignait de briser quelque chose. Il s’assit à l’autre bout du banc, laissant un espace entre eux. Mais pas assez.
Le silence s’installa, lourd, chargé. Léa sentit son corps réagir à sa présence. Ce n’était pas la première fois. Mais ici, dans ce cocon végétal, tout semblait amplifié.
— Tu viens souvent ici? demanda-t-elle, la voix basse.
— Quand j’ai besoin de réfléchir. Ou d’oublier.
— Et tu veux oublier quoi, aujourd’hui?
Il tourna la tête vers elle. Son regard était intense, presque douloureux.
— Toi.
Elle ne répondit pas. Elle ne pouvait pas. Ses doigts se crispèrent sur le bord du banc. Il se pencha légèrement, son épaule frôlant la sienne. Un contact infime, mais suffisant pour faire naître un frisson.
— Tu me rends fou, Léa.
— Tu crois que c’est facile pour moi?
Il leva la main, hésita, puis la posa sur la sienne. Elle ne la retira pas. Elle ne voulait pas. Leurs doigts s’entrelacèrent, lentement, comme une évidence.
— On ne devrait pas, murmura-t-elle.
— Mais on le fait quand même.
Leurs visages étaient proches. Trop proches. Elle pouvait voir chaque détail de ses traits, chaque nuance dans ses yeux. Il se pencha, doucement, comme s’il lui laissait le temps de fuir. Mais elle ne bougea pas.
Leurs lèvres se frôlèrent. Un souffle. Un vertige.
Puis il s’écarta brusquement, comme s’il venait de commettre une erreur. Il se leva, fit quelques pas, le dos tourné.
— Je suis désolé.
— Ne le sois pas.
Il se retourna. Elle était debout, face à lui, les yeux brillants. Elle s’approcha, posa une main sur sa poitrine. Son cœur battait vite. Comme le sien.
— On ne peut pas continuer comme ça, dit-elle.
— Alors dis-moi ce que tu veux.
Elle le regarda, longtemps. Puis elle murmura:
— Je veux qu’on arrête de mentir.
Il hocha la tête. Et cette fois, quand leurs lèvres se retrouvèrent, il n’y eut plus de retenue. Juste ce moment volé, suspendu, hors du monde.
Combien de temps pensez-vous qu’il faut à deux personnes engagées dans un mariage contractuel pour commencer à développer de vrais sentiments l’un pour l’autre ? Nicemz
Quelque chose la tira du sommeil avant même qu’un cri ne s’élève.Ce n’était pas un cauchemar. Pas une peur précise non plus. Plutôt une sensation étrange, sourde, qui s’était glissée dans son corps sans bruit. Une lourdeur diffuse, comme si l’air autour d’elle était devenu trop dense. Léa ouvrit les yeux avec lenteur, le souffle légèrement court, le cœur battant plus vite qu’il n’aurait dû.Elle cligna plusieurs fois des paupières.La réalité mit quelques secondes à se recomposer. Ses pensées étaient floues, engourdies, prisonnières de cette zone incertaine entre le sommeil et l’éveil. Elle avait l’impression que son corps s’était réveillé avant son esprit… ou peut-être l’inverse.La chambre baignait dans une pénombre douce et rassurante. La veilleuse, posée près des berceaux, diffusait une lumière orangée, chaude, presque enveloppante. Léa l’avait choisie pour cette raison précise : elle n’agressait pas les yeux, n’interrompait pas le sommeil des bébés, et calmait quelque chose en e
Les jours suivants s’enchaînèrent dans une sorte de brume dorée, un mélange de fatigue extrême, de bonheur pur, d’angoisse permanente, de petites victoires et de larmes imprévues. Léa et Aiden n’avaient même plus conscience du temps. Les heures n’existaient plus. Il n’y avait que les pleurs, les respirations, les biberons, les câlins, les battements de cœur des bébés, et leurs deux voix murmurant sans cesse des mots doux pour les apaiser. Léa se surprenait parfois à regarder sa fille, puis son fils, comme si elle s’assurait qu’ils étaient bien réels. Que leurs visages minuscules existaient réellement, qu’ils n’étaient pas une projection, un rêve éphémère. Chaque fois, un poids se libérait de sa poitrine. Ils étaient là. Elle les avait mis au monde. Elle les touchait. Elle les sentait. Mais quelque chose d’autre changeait, lentement, comme une marée qui monte en silence. Elle-même. Elle devenait mère. Une vraie mère. Le cinquième jour après leur retour, Léa se réveilla avec un sur
ElviraJe n’arrivais toujours pas à chasser de ma mémoire le poids de Marcos dans mes bras. Même après toutes ces semaines, mes doigts me semblaient encore brûlants, comme marqués d’une empreinte invisible : la chaleur de sa peau, ce souffle délicat qui soulevait à peine sa poitrine, l’agrippement minuscule de ses doigts sur mon chemisier, comme s’il me reconnaissait instinctivement, comme si, pour lui, j’avais été un refuge sûr, un abri immuable. Dans ce geste, il y avait une confiance absolue… et c’était justement cela qui me détruisait. Parce que je n’avais pas su le protéger. Chaque fois que je fermais les yeux, je revivais la scène, encore et encore. Et à chaque fois, la même question revenait : à quel moment avais-je failli ? Pourtant tout avait commencé comme un jour presque ordinaire. Nous étions prêts à quitter l’appartement, nos valises fermées, Marcos dans mes bras, apaisé, somnolent. Je profitais de mes derniers instants dans ce lieu qui avait été notre refuge durant pres
Les premiers instants après la naissance furent comme suspendus dans du coton. Le monde semblait avoir actionné un bouton « pause », ne laissant plus exister que trois respirations fragiles : celle de Léa, haletante et brisée d’épuisement, celle de sa fille, douce comme un souffle, et celle de son fils, plus rapide, plus nerveuse, presque impatient de vivre. Aiden ne parlait presque plus. Il observait, absorbait, retenait chaque détail. Ses yeux n’avaient jamais brûlé de cette façon-là. Ce n’était plus seulement de l’amour. C’était quelque chose de plus vieux, plus profond, animal presque un instinct de protection absolu. C'est vrai ce n'était pas son premier enfant mais il n'a pas connu l'enfance de Marcos. Il s’assit à côté d’elle, les doigts tremblants lorsqu’il toucha pour la première fois la minuscule main de son fils. Le bébé serra son index comme s’il avait attendu cet instant depuis toujours. Aiden leva les yeux vers Léa, bouche légèrement ouverte. — Il… il m’a attrapé… tu a
La fin du septième mois arriva comme un mur invisible contre lequel le corps de Léa vint se heurter. Jusqu’à présent, malgré la fatigue, malgré les émotions démesurées, elle tenait debout. Elle marchait, elle riait, elle pleurait, elle protestait, elle vivait. Mais soudain, tout sembla devenir plus lourd. Lourd comme son ventre qui prenait une ampleur inattendue. Lourd comme ses jambes qui enflaient un peu plus chaque jour. Lourd comme son dos qui la tirait vers l’avant. Et lourd comme la peur qui, sans raison apparente, se réinstalla dans un coin de son esprit. Un soir, elle se retrouva assise au bord du lit, les deux mains soutenant son ventre gigantesque. Aiden arriva derrière elle. — Tu as mal ? demanda-t-il immédiatement, déjà prêt à l’allonger ou à appeler Serena. Léa secoua la tête. — Non… enfin si… mais pas comme tu penses. Je suis juste… fatiguée. Il vint s’accroupir devant elle. — Tu n’arrives plus à respirer ? Elle rit faiblement. — Si… mais lentement. Je crois q
La routine se construisit presque sans qu’ils s’en rendent compte. Une routine douce, réglée par les mouvements des jumeaux, les respirations de Léa et les pas incessants d’Aiden dans la maison. Une routine faite de gestes quotidiens, d’attentions silencieuses, d’émotions imprévisibles, mais surtout… d’un rapprochement que plus rien ne semblait arrêter. Léa atteignit bientôt le septième mois de grossesse, et son ventre prit une ampleur qui impressionnait même les médecins. Deux bébés. Deux cœurs qui battaient. Deux vies qu’elle portait avec une force qui la dépassait parfois. Et un homme de qui, chaque jour, elle tombait un peu plus amoureux. Le matin où elle réalisa qu’elle avait officiellement « doublé de poids », Léa éclata en larmes au milieu de la salle de bain. De vraies larmes. Des torrents. Aiden, alerté par son cri étouffé, ouvrit brusquement la porte. — Léa ? Léa qu’est-ce qui se passe ? Tu as mal ? Elle pointa la balance d’un doigt tremblant, incapable de parl







