LOGINJe n'avais pas dormi une seule minute.
La nuit entière, j'étais restée assise dans le salon, les jambes repliées contre moi. Entre mes mains, une tasse de café avait fini par devenir glacée, mais je ne m'en étais même pas rendu compte. Mon regard restait perdu devant la fenêtre, sans vraiment voir ce qui se trouvait dehors.
Le silence de l'appartement était régulièrement brisé par les vibrations de mon téléphone.
Encore Maxime.
Puis encore.
Et encore.
Je n'avais même plus besoin de regarder l'écran pour savoir que c'était lui.
Quand je finis par le prendre, une avalanche de messages s'afficha.
« Élina, réponds-moi.
Je peux tout t'expliquer.
Ce n'est pas ce que tu crois.
Je t'en supplie, laisse-moi une chance. »
Je fis défiler les messages sans les terminer. Un par un, je les supprimai. Je n'avais plus envie de chercher une explication. À quoi bon ?
Quelques minutes plus tard, le téléphone vibra de nouveau.
Cette fois, c'était Sarah.
Je laissai son appel retentir jusqu'à ce qu'il s'arrête tout seul, puis je l'envoyai directement sur la messagerie.
Je n'avais plus la moindre énergie pour écouter leurs excuses. Ni leurs mensonges.
Vers huit heures, trois petits coups discrets résonnèrent contre la porte.
Je me levai lentement, le corps lourd, puis j'ouvris.
Ma mère, Tatiana Johnson, se tenait devant moi.
À peine son regard croisa le mien que son visage se décomposa.
Elle ne posa aucune question.
Elle ouvrit simplement les bras.
Je m'y réfugiai aussitôt.
Tout ce que j'avais réussi à retenir pendant la nuit s'effondra d'un seul coup.
Les sanglots secouèrent tout mon corps.
— Maman...
Sa main glissa doucement dans mes cheveux.
— Je suis là, ma chérie... Je suis là.
Quelques secondes plus tard, mon père entra à son tour.
Christiano Johnson avait le visage fermé. Ses mâchoires étaient crispées et je devinai immédiatement qu'il essayait de contenir sa colère.
Il me regarda avec douceur avant de déclarer d'une voix grave :
— Maxime est passé à la maison ce matin.
Je relevai brusquement la tête.
— Quoi ?
— Il voulait te voir. Je lui ai demandé de partir.
Je baissai les yeux.
Étrangement, malgré la douleur qui me déchirait encore le cœur, je me sentais protégée.
Comme si, pour la première fois depuis longtemps, je pouvais enfin respirer sans avoir peur.
Le silence s'installa.
Personne ne cherchait à le combler.
Au bout de quelques instants, je pris une longue inspiration.
— Je ne peux plus rester ici...
Ma mère échangea un regard inquiet avec mon père avant de revenir vers moi.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
Je parcourus la pièce des yeux.
Chaque objet semblait réveiller un souvenir.
Chaque rue de cette ville, chaque café, chaque boutique... tout me ramenait à Maxime.
Je sentais ma gorge se serrer.
— Tout ici me fait penser à lui... Si je reste, je vais finir par étouffer.
Mon père s'approcha et posa doucement une main sur mon épaule.
— Alors pars.
Je levai les yeux vers lui, surprise.
Il esquissa un léger sourire, plein de tendresse.
— Pars... et offre-toi une nouvelle vie.
Tu le mérites.
Ses mots résonnèrent longtemps dans mon esprit.
Comme une porte qui s'ouvrait enfin.
Au fond de moi, un rêve que j'avais laissé de côté depuis des années se réveilla doucement.
Mon propre salon de beauté.
Le Bella Glow Studio.
Je m'étais imaginée des centaines de fois derrière les grandes vitrines de mon institut, à accueillir mes clientes avec le sourire.
Mais chaque fois que j'en parlais, Maxime trouvait une bonne raison de me décourager.
Selon lui, c'était trop risqué.
Il insistait pour que je travaille dans l'entreprise de son père. C'était, disait-il, « plus raisonnable ».
Aujourd'hui...
Son opinion ne comptait plus.
Plus du tout.
Une énergie nouvelle traversa soudain mon corps.
Je me levai si vite que ma mère eut un léger mouvement de surprise.
— Je vais le faire.
Elle fronça les sourcils.
— Faire quoi ?
Un vrai sourire étira enfin mes lèvres.
Le premier depuis que ma vie avait basculé.
— Ouvrir mon salon de beauté.
Je pris une profonde inspiration.
— Et recommencer ma vie.
Loin d'ici.
Loin de Maxime.
Loin de Sarah.
Cette fois, je ne laisserai plus personne décider à ma place.
Mon bonheur... je vais enfin le choisir moi-même.
La voiture avançait dans la nuit, presque sans un bruit.Élina avait le front appuyé contre la vitre. Les lumières de la ville glissaient devant ses yeux, disparaissant aussi vite qu’elles apparaissaient. Elle aurait aimé penser à autre chose, mais ce qui venait de se passer au centre d’entraînement revenait sans cesse dans son esprit.À côté d’elle, Christiano tenait toujours la cassette de son père.Il ne l’avait pas quittée une seule seconde depuis leur fuite.Ses doigts étaient crispés autour de l’objet. Son visage, lui, était fermé, mais ses traits tirés montraient à quel point il était épuisé.Élina tourna légèrement la tête vers lui.— Tu veux qu’on s’arrête ?Christiano ne la regarda même pas.— Non.Il prit une inspiration lente.— Je veux comprendre.Sa voix était posée. Pourtant, Élina entendait la tension derrière ces quelques mots.Au volant, Julian gardait les yeux fixés sur la route.Après quelques secondes, il finit par parler.— On devrait remettre la cassette à la po
La fumée commençait déjà à envahir toute la pièce.Élina se couvrit la bouche avec sa main, mais cela ne suffisait pas. Elle toussa plusieurs fois, les yeux déjà irrités.— Christiano...Il se tourna aussitôt vers elle.— Reste près de moi.Julian, lui, s'était déjà précipité vers la porte.Il attrapa la poignée et tira de toutes ses forces.Rien.Il recommença, plus violemment.Toujours rien.— Elle est bloquée de l'extérieur !Christiano leva les yeux vers les murs, cherchant désespérément une solution.— Il doit y avoir une autre sortie.Ils se mirent immédiatement à fouiller la pièce.Le temps leur manquait.Des flammes commençaient à apparaître dans le couloir. La chaleur montait rapidement et l'air devenait de plus en plus difficile à respirer.Élina ouvrit une vieille armoire.Vide.Elle repoussa la porte avec frustration et se retourna.Son regard s'arrêta soudain sur une étagère.Quelque chose dépassait derrière.— Là !Christiano et Julian se précipitèrent vers elle.En dépl
L'ancien centre d'entraînement donnait l'impression d'avoir été oublié depuis une éternité.La peinture s'était écaillée sur les murs. De longues fissures couraient le long des façades et, derrière les fenêtres couvertes de poussière, la lumière du jour n'entrait plus qu'en fines bandes pâles.Christiano s'arrêta devant l'entrée.Pendant quelques secondes, il resta silencieux, les yeux fixés sur le vieux bâtiment.— C'est ici que j'ai commencé à jouer.Élina tourna lentement la tête vers lui.— Ton père travaillait ici ?— Oui.Il marqua une courte pause avant d'ajouter :— C'est aussi ici que Victor l'a rencontré.Julian, lui, ne semblait pas intéressé par les souvenirs. Il regardait autour d'eux, attentif au moindre mouvement.— Personne.Ils poussèrent la vieille porte et entrèrent.Un silence lourd les accueillit.Leurs pas résonnaient dans le couloir désert. Par moments, un léger courant d'air faisait grincer une fenêtre quelque part dans le bâtiment.Christiano avançait lentemen
La nuit avait déjà enveloppé la ville lorsque Christiano sortit de la maison de sa mère.La petite boîte métallique était toujours dans sa main. Il la tenait fermement, comme s’il craignait qu’on puisse la lui arracher.Élina avançait à ses côtés sans dire un mot.Après quelques mètres, elle finit par briser le silence.— Tu vas bien ?Christiano eut un léger mouvement de tête.— Je ne sais plus ce que je dois croire.Il regarda la boîte.— Toute ma vie, j’ai pensé connaître mon père. Et maintenant, j’apprends qu’il avait des secrets avec Victor.Élina s’arrêta.Christiano fit encore deux pas avant de remarquer qu’elle ne le suivait plus.Elle le regarda avec douceur.— Ton père a peut-être fait des erreurs.Elle marqua une courte pause.— Mais ses erreurs ne font pas de toi un coupable.Christiano resta silencieux.Ces quelques mots lui firent plus de bien qu’il ne voulait l’admettre.Il se tourna vers elle.— Comment tu fais pour toujours trouver les bons mots ?Un sourire discret s
La voiture de Christiano s’immobilisa devant la maison de sa mère alors que le jour commençait doucement à décliner.Il coupa le moteur, mais ne bougea pas.Ses mains restèrent posées sur le volant.Cela faisait plusieurs semaines qu’il n’était pas venu ici. D’habitude, cette maison lui apportait une étrange sensation de calme. C’était l’endroit où il avait grandi, celui où il pouvait encore avoir l’impression d’être simplement le fils de sa mère.Mais aujourd’hui, il la regardait autrement.La façade familière lui paraissait presque étrangère.Élina tourna légèrement la tête vers lui et posa une main rassurante sur son bras.— Tu veux que je vienne avec toi ?Christiano prit une profonde inspiration.Il savait qu’il aurait préféré affronter cette conversation seul. Pourtant, il ne voulait pas non plus se retrouver face à ce qu’il allait découvrir sans elle.— Oui.Il lui adressa un regard fatigué.— Je crois que j’aurai besoin de toi.Ils sortirent de la voiture.Julian resta près du
Le silence qui régnait dans le bureau devenait presque étouffant.Élina fixait le document affiché à l’écran. Son regard s’était arrêté sur la signature, comme si elle espérait y trouver une autre explication.Elle finit par lever les yeux vers Christiano.— Tu es certain que c’est bien la signature de ton père ?Christiano acquiesça lentement.— Oui. Je l’ai vue des centaines de fois.Julian s’approcha de l’écran et plissa les yeux.— D’après ce document, une grosse somme d’argent a été versée à une société contrôlée par Victor Donald.Christiano fronça aussitôt les sourcils.— Mais pourquoi mon père aurait-il fait ça ?Julian resta quelques secondes silencieux avant de répondre :— Il faut le découvrir.Christiano ne dit rien.Son père était mort depuis plusieurs années. Jusqu’à présent, il avait toujours cru que sa famille n’avait jamais eu le moindre lien avec les affaires de Victor.Cette signature venait pourtant de faire voler cette certitude en éclats.Élina posa doucement sa







