Mag-log inTrois semaines plus tard.
Le camion de déménagement ralentit avant de s'immobiliser devant un immeuble moderne aux immenses baies vitrées.
Je coupai le moteur de ma voiture et restai quelques secondes sans bouger. Puis je descendis.
Mon regard se leva instinctivement vers la façade.
Un sourire naquit sur mes lèvres.
L'enseigne n'était pas encore en place, mais je la voyais déjà dans mon imagination. De grandes lettres dorées, élégantes, accrochées juste au-dessus de l'entrée.
Bella Glow Studio.
Mon projet.
Mon rêve.
Le début d'une nouvelle vie.
Je pris une grande inspiration avant de pousser la porte.
L'intérieur était encore silencieux.
Les murs fraîchement repeints sentaient encore la peinture. Les grands miroirs reflétaient la lumière qui entrait par les vitrines. Les fauteuils de coiffure étaient toujours enveloppés dans leur plastique de protection, comme s'ils attendaient patiemment leurs premières clientes.
J'avançai lentement au milieu de la pièce.
Chaque pas me rappelait le chemin parcouru.
Cette fois, personne ne serait là pour me dire que je n'en étais pas capable.
— C'est vraiment magnifique.
Je me retournai.
Une jeune femme blonde venait d'entrer avec un carton serré contre elle. Son sourire était chaleureux et son regard plein d'enthousiasme.
— Tu dois être Élina ?
— Oui... répondis-je avec un sourire. Et toi ?
Elle posa son carton sur le comptoir avant de tendre la main.
— Mia Foster. Je suis l'esthéticienne que tu as engagée.
Je la serrai avec plaisir.
— Je suis ravie de te rencontrer.
— Moi aussi. On m'a beaucoup parlé de toi. Il paraît que tu fais des merveilles.
Je baissai légèrement les yeux, un peu gênée.
— J'espère surtout que les clientes seront au rendez-vous.
Mia éclata de rire.
— Tu te fais du souci pour rien. Quand elles verront cet endroit, elles vont se battre pour obtenir un rendez-vous.
Son assurance me fit sourire malgré moi.
Le reste de la journée passa à toute vitesse.
Nous ouvrîmes les cartons les uns après les autres, installâmes les produits sur les étagères, décorâmes les cabines de soins et trouvâmes une place pour chaque détail.
Petit à petit, les pièces prenaient vie.
Le salon ne ressemblait plus à un local vide.
Il devenait enfin le Bella Glow Studio dont j'avais rêvé pendant si longtemps.
En fin d'après-midi, les derniers ouvriers installèrent l'enseigne.
Je sortis sur le trottoir pour la regarder.
BELLA GLOW STUDIO
Les lettres brillèrent doucement sous la lumière de la fin de journée.
Ma gorge se serra.
Cette fois, les larmes qui montaient n'avaient rien à voir avec la douleur.
Je souriais en pleurant.
— Félicitations, patronne.
Je tournai la tête vers Mia.
Elle affichait un grand sourire.
— Merci...
Ma voix trembla légèrement.
Elle me tendit alors un petit paquet soigneusement emballé.
— Tiens. C'est pour fêter l'ouverture.
Je retirai délicatement le papier.
À l'intérieur se trouvait une plaque en bois finement gravée.
"Chaque femme mérite de se sentir belle."
Je passai doucement mes doigts sur les lettres.
— Elle est magnifique...
— Je me suis dit qu'elle avait sa place ici.
Je levai les yeux vers elle.
— Tu as eu raison. Merci, vraiment.
À cet instant, quelqu'un frappa doucement contre la porte vitrée.
Un homme d'une soixantaine d'années entra avec un sourire bienveillant.
— Bonjour. Je suis le propriétaire de l'immeuble. Je voulais simplement vous souhaiter la bienvenue.
Je lui rendis son sourire.
— Merci beaucoup, c'est très gentil.
Il prit quelques instants pour observer le salon.
Son regard parcourut les fauteuils, les miroirs et la décoration avant de revenir vers moi.
— Vous avez fait un très beau travail. Je suis persuadé que votre salon ne restera pas vide bien longtemps. Beaucoup de personnes attendaient un établissement comme celui-ci.
Ses paroles réchauffèrent mon cœur.
Peut-être que j'avais vraiment pris la bonne décision.
Peut-être qu'avec le temps, cette ville finirait par devenir chez moi.
Le soleil commençait à disparaître derrière les immeubles lorsque je sortis quelques minutes prendre l'air.
Une légère brise caressa mon visage.
Mon regard se promena dans la rue avant d'être attiré par un immense panneau publicitaire installé un peu plus loin.
Un homme y posait en maillot noir, un ballon coincé sous le bras.
Son expression était sérieuse, presque intimidante.
Au-dessus de lui, de grandes lettres argentées annonçaient :
CHRISTIANO WILLER
Le capitaine du Royal Nevada FC.
Je m'arrêtai quelques secondes devant l'affiche.
Puis je repris mon chemin.
Pour moi, il ne représentait rien de plus qu'une célèbre star du football.
Je ne pouvais pas imaginer que nos chemins allaient bientôt se croiser... et que cette rencontre changerait une nouvelle fois le cours de ma vie.
La voiture avançait sur la route, plongée dans un silence pesant.Christiano gardait la petite clé serrée dans sa main. Depuis leur fuite de l’ancienne gare, il avait à peine prononcé quelques mots. Son regard restait fixé sur la route, mais Élina savait qu’il était loin d’être tranquille.Assise à côté de lui, elle l’observait discrètement. Plusieurs fois, elle avait eu envie de lui parler, puis s’était ravisée. Elle connaissait ce genre de silence. Christiano avait besoin de temps pour réfléchir, surtout lorsque tout ce qu’il croyait savoir venait de s’effondrer.Mais cette fois, elle ne pouvait pas faire comme si de rien n’était.— Tu vas bien ? demanda-t-elle doucement.Il ne tourna même pas la tête.— Non.Après un court silence, il ajouta :— Mais je vais tenir le coup.Élina posa sa main sur la sienne.Christiano referma aussitôt ses doigts autour des siens, comme s’il avait besoin de sentir sa présence pour ne pas perdre pied.À l’avant, Julian gardait les yeux sur la route. I
Le lendemain soir, Élina avait du mal à se concentrer.Depuis le matin, une étrange inquiétude ne la quittait pas. Elle avait beau s'occuper pour penser à autre chose, son esprit revenait toujours à ce rendez-vous avec Gabriel.Elle se tenait devant la fenêtre de Bella Glow Studio, les bras croisés, lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir.Christiano venait d'entrer.Il portait une veste noire et une casquette qui dissimulait en partie son visage. Son expression était fermée, et il avait ce regard qu'il prenait chaque fois qu'il était préoccupé par quelque chose.— Tu es toujours décidée à venir ? demanda-t-il.Élina se retourna vers lui.— Oui.Il la dévisagea quelques secondes.— Même si c'est dangereux ?Elle soutint son regard sans hésiter.— Surtout si c'est dangereux.Christiano laissa échapper un soupir.— Tu es vraiment têtue.— Et toi, tu es incapable de demander de l'aide.Il haussa légèrement les sourcils, puis un sourire discret se dessina sur ses lèvres.— C'est peut-être
Le silence qui suivit l’appel pesa sur Christiano. Il avait du mal à croire ce qu’il venait d’entendre.Gabriel Willer.Son grand-père.Toute sa famille lui avait toujours affirmé que cet homme était mort avant même sa naissance. Il avait grandi avec cette certitude, sans jamais imaginer qu’on pouvait lui avoir menti pendant toutes ces années.Pourtant, il venait de lui parler au téléphone.Christiano resta immobile, le téléphone encore collé à son oreille, comme s’il espérait entendre de nouveau cette voix.— Christiano ?La voix d’Élina le ramena à la réalité.Il éloigna lentement le téléphone de son oreille et baissa les yeux vers l’écran.— C’était lui.Julian fronça les sourcils.— Qui ça ?Christiano releva la tête.— Mon grand-père.Élina sentit son cœur se serrer.— Gabriel ?Il acquiesça, toujours aussi troublé.— Il savait que j’avais trouvé la photographie. Il m’a même dit qu’il s’y attendait.Julian s’approcha de lui, l'air inquiet.— Attends un peu. Tu es sûr que c’était
La voiture avançait dans la nuit, presque sans un bruit.Élina avait le front appuyé contre la vitre. Les lumières de la ville glissaient devant ses yeux, disparaissant aussi vite qu’elles apparaissaient. Elle aurait aimé penser à autre chose, mais ce qui venait de se passer au centre d’entraînement revenait sans cesse dans son esprit.À côté d’elle, Christiano tenait toujours la cassette de son père.Il ne l’avait pas quittée une seule seconde depuis leur fuite.Ses doigts étaient crispés autour de l’objet. Son visage, lui, était fermé, mais ses traits tirés montraient à quel point il était épuisé.Élina tourna légèrement la tête vers lui.— Tu veux qu’on s’arrête ?Christiano ne la regarda même pas.— Non.Il prit une inspiration lente.— Je veux comprendre.Sa voix était posée. Pourtant, Élina entendait la tension derrière ces quelques mots.Au volant, Julian gardait les yeux fixés sur la route.Après quelques secondes, il finit par parler.— On devrait remettre la cassette à la po
La fumée commençait déjà à envahir toute la pièce.Élina se couvrit la bouche avec sa main, mais cela ne suffisait pas. Elle toussa plusieurs fois, les yeux déjà irrités.— Christiano...Il se tourna aussitôt vers elle.— Reste près de moi.Julian, lui, s'était déjà précipité vers la porte.Il attrapa la poignée et tira de toutes ses forces.Rien.Il recommença, plus violemment.Toujours rien.— Elle est bloquée de l'extérieur !Christiano leva les yeux vers les murs, cherchant désespérément une solution.— Il doit y avoir une autre sortie.Ils se mirent immédiatement à fouiller la pièce.Le temps leur manquait.Des flammes commençaient à apparaître dans le couloir. La chaleur montait rapidement et l'air devenait de plus en plus difficile à respirer.Élina ouvrit une vieille armoire.Vide.Elle repoussa la porte avec frustration et se retourna.Son regard s'arrêta soudain sur une étagère.Quelque chose dépassait derrière.— Là !Christiano et Julian se précipitèrent vers elle.En dépl
L'ancien centre d'entraînement donnait l'impression d'avoir été oublié depuis une éternité.La peinture s'était écaillée sur les murs. De longues fissures couraient le long des façades et, derrière les fenêtres couvertes de poussière, la lumière du jour n'entrait plus qu'en fines bandes pâles.Christiano s'arrêta devant l'entrée.Pendant quelques secondes, il resta silencieux, les yeux fixés sur le vieux bâtiment.— C'est ici que j'ai commencé à jouer.Élina tourna lentement la tête vers lui.— Ton père travaillait ici ?— Oui.Il marqua une courte pause avant d'ajouter :— C'est aussi ici que Victor l'a rencontré.Julian, lui, ne semblait pas intéressé par les souvenirs. Il regardait autour d'eux, attentif au moindre mouvement.— Personne.Ils poussèrent la vieille porte et entrèrent.Un silence lourd les accueillit.Leurs pas résonnaient dans le couloir désert. Par moments, un léger courant d'air faisait grincer une fenêtre quelque part dans le bâtiment.Christiano avançait lentemen







