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Mon sexy Bodyguard
Mon sexy Bodyguard
Author: Anatory

Sous ma protection

Author: Anatory
last update Petsa ng paglalathala: 2026-10-01 20:22:51

Los Angeles, fin d'après-midi. Nous étions à cette époque de l'année où l'automne californien n'est encore qu'une rumeur, une promesse que la ville se garde bien de tenir. Sur Venice Beach, l'air conservait cette lourdeur tiède de l'été finissant, et le soleil, déjà bas derrière les palmiers, répandait sur les façades une lumière d'ambre qui semblait ralentir le temps lui-même. Devant le pop-up store éphémère de la marque de cosmétiques, la foule commençait à se disperser, comme à regret, emportant avec elle les odeurs de crème solaire et de sucre caramélisé.

Elena Voss franchit la porte de service.

Elle avait vingt-six ans, un million huit cent mille abonnés sur I*******m, trois millions sur T****k, et ce soir-là, sur le visage, ce sourire particulier des gens qui viennent d'offrir quatre heures de leur énergie à des inconnus et qui n'en regrettent pas une seconde. Elle portait un crop top blanc qu'elle n'avait pas choisi elle-même, un jean taille haute délavé aux genoux, et des baskets Nike personnalisées qu'un autre partenariat lui avait offertes trois semaines plus tôt. Ses cheveux châtains, longs et ondulés, retombaient en cascade sur ses épaules, et sur ses lèvres brillait encore le gloss de son édition limitée, lancée en septembre, dont chaque éclat semblait avoir été pensé pour capter la lumière déclinante.

Sofia, son manager, l'attendait près de la sortie avec cette expression mi-agacée mi-résignée qu'elle arborait chaque fois qu'Elena prenait une décision qu'elle jugeait déraisonnable.

— J'ai une voiture avec chauffeur qui t'attend au coin de la rue, dit-elle en lui tendant une bouteille d'eau.

— J'ai besoin de marcher cinq minutes, Sof. J'habite à dix blocs. Ça va aller.

— Tu dis toujours ça.

— Et j'ai toujours raison.

Sofia soupira, mais ne insista pas. Elle savait depuis longtemps que lutter contre Elena sur ce terrain revenait à vouloir retenir la marée avec une cuillère.

Elena glissa ses AirPods dans ses oreilles, lança un podcast sur l'histoire de l'art, et s'engagea sur Abbot Kinney Boulevard. Elle aimait ces minutes volées, ces instants suspendus où elle n'était plus « Elena Voss, créatrice de contenu lifestyle et beauté », mais simplement une jeune femme qui rentrait chez elle à pied, comme tout le monde. Deux passantes la reconnurent et lui demandèrent un selfie. Elle accepta, comme toujours. C'était sa règle. Elle refusait rarement, même fatiguée, même pressée, parce qu'elle se souvenait trop bien du temps où personne ne lui demandait rien.

Puis elle tourna dans Electric Avenue, une rue plus calme, bordée de petites maisons colorées et de jardins plantureux où poussaient des bougainvilliers et des citronniers. Le soir tombait doucement. Les lampadaires s'allumaient un à un, comme des lucioles disciplinées. Elena sortit son téléphone pour jeter un œil à ses notifications : des milliers de cœurs sur la story qu'elle venait de poster, des messages de marques qui voulaient déjà caler Noël, et un DM d'un ex qui tentait encore sa chance, avec cette constance pathétique dont elle aurait presque pu s'attendrir. Elle sourit, secoua la tête, et rangea l'appareil dans son sac en cuir vegan un partenariat de plus.

Elle ne vit pas l'ombre se détacher du mur, à une vingtaine de mètres devant elle.

L'homme surgit sans prévenir, encapuchonné, le bas du visage masqué par un bandana noir. Il était grand, large, et dans ses yeux  les seuls traits visibles  brillait quelque chose de fiévreux, d'instable, quelque chose qui n'avait plus grand-chose à voir avec la raison.

— Tu te crois intouchable, hein ?

La voix était rauque, abîmée par l'alcool et la colère.

Elena sursauta. Son cœur se mit à battre trop vite, trop fort, comme un oiseau pris au piège. Elle avait reçu des messages menaçants, des commentaires haineux, des lettres anonymes qu'elle avait fini par ne plus ouvrir. Mais jamais rien de tout cela n'avait pris corps. Jamais cela ne s'était tenu devant elle, à quelques mètres, avec une odeur de sueur et de rage.

— Laissez-moi passer, s'il vous plaît.

Sa voix se voulait ferme. Elle tremblait légèrement sur la dernière syllabe.

L'homme avança. Il sortit un couteau de sa poche, et la lame, sous la lumière orangée du lampadaire, eut un éclat presque beau, presque irréel.

— Tu m'as ignoré pendant des mois èspeces de salope .Tous mes messages, mes commentaires. Tu ne les lis même pas.

Un stalker. Un de ceux qui franchissent la ligne sans qu'on les voie venir. Elle en avait signalé plusieurs à I*******m, avait bloqué des comptes, avait rempli des formulaires de signalement à deux heures du matin en se disant que rien de tout cela n'était vraiment grave. Celui-ci, pourtant, était là. En chair et en os. Avec un couteau.

Elena laissa tomber son sac et leva les mains, dans un geste d'apaisement qui lui coûta plus qu'elle ne l'aurait cru.

— Écoutez, on peut parler. D'accord ? Je ne voulais pas…

Il bondit.

Elle esquiva de justesse, mais la lame lui entailla l'avant-bras gauche. La douleur fut immédiate, brûlante, presque aveuglante. Du sang perla, puis coula, chaud, le long de sa peau. Elle hurla. Un cri strident, déchirant, qui se perdit dans le silence des maisons endormies.

Elle donna un coup de pied, atteignit le tibia de l'homme. Il grogna, vacilla une seconde. Elle en profita pour tourner les talons et courir. Mais il était plus rapide, plus fort, et la rue était longue. Il la rattrapa par les cheveux, la tira violemment en arrière. Elle tomba sur le bitume, se cogna le genou, l'épaule. Le couteau revint vers elle, brillant, patient.

— Tu vas comprendre, maintenant.

Elena se débattit. Elle griffa son bras, donna des coups de coude. Elle avait suivi deux cours d'autodéfense l'année précédente, après une vague de harcèlement en ligne. Elle se souvenait vaguement des gestes, de la théorie. Visez les yeux. Frappez la gorge. Elle visa, rata, atteignit la gorge. Il toussa, relâcha sa prise une seconde. Elle rampa, tenta de se relever.

Mais il revint. Il la plaqua au sol. Le couteau se leva.

C'est là que tout bascula.

Un rugissement de moteur. Des pneus qui crissent. Une Jeep noire qui pile à quelques mètres. La portière s'ouvre à la volée, et un homme en jaillit  grand, large d'épaules, vêtu d'un simple t-shirt noir qui épousait des muscles sculptés par des années d'entraînement. Cheveux courts, bruns. Regard d'acier. Il se déplaçait avec une précision militaire, celle des hommes qui ont appris à ne pas hésiter.

Il n'hésita pas.

En trois enjambées, il fut sur l'agresseur. Un coup sec au poignet : le couteau vola dans les buissons. Un deuxième coup, au foie, plia l'homme en deux. Un troisième, au visage, l'envoya au sol, inconscient.

Moins de cinq secondes.

Elena, haletante, le dos contre le trottoir, fixa l'inconnu qui se tournait maintenant vers elle. Du sang coulait de son bras, son genou était écorché, sa lèvre fendue. Elle tremblait de tout son corps, et ce tremblement ne semblait pas devoir s'arrêter.

L'homme s'agenouilla près d'elle. Il examina ses blessures du regard, sans la toucher, avec une économie de gestes qui trahissait une longue habitude.

— Vous pouvez marcher ?

Elle hocha la tête, incapable de parler.

Il sortit son téléphone et composa un numéro.

— Harlan. Situation neutralisée. Electric Avenue, près d'Abbot Kinney. Une blessée, agresseur au sol. Envoyez police et ambulance.

Il raccrocha, rangea l'appareil, et se tourna de nouveau vers elle.

— Je m'appelle Kai Harlan. Votre manager m'a engagé il y a deux heures, après les dernières menaces reçues sur vos comptes. J'étais en route pour vous contacter quand je vous ai vue.

Elena cligna des yeux. Sofia l'avait prévenue qu'elle envisageait un garde du corps. Elle avait refusé. Catégoriquement. « Pas besoin, je gère. » Apparemment, Sofia n'avait pas écouté. Apparemment, Sofia avait eu raison.

Des sirènes approchaient au loin.

Kai ramassa le sac d'Elena et le lui tendit. Son regard s'attarda une seconde sur le logo de la marque de luxe imprimé dans le cuir, mais son visage ne trahit rien. Il la fixa droit dans les yeux, d'un regard si intense qu'elle sentit un frisson la parcourir un mélange de peur résiduelle et d'autre chose, quelque chose qu'elle ne voulait pas nommer.

— L'agresseur est neutralisé. Les secours arrivent. Mais à partir de maintenant, mademoiselle Voss, les choses changent.

Il marqua une pause. Sa voix descendit d'un ton, plus basse, plus ferme.

— À partir de maintenant, vous êtes sous ma protection.

Elena ouvrit la bouche pour protester. Protester, défier, c'était dans sa nature. Mais aucun son n'en sortit. Pour la première fois depuis longtemps, elle se sentit minuscule. Protégée. Et étrangement, irrémédiablement furieuse contre cet inconnu qui venait de lui sauver la vie  et qui semblait déjà tout contrôler.

Les lumières bleues et rouges des gyrophares inondèrent la rue.

Et quelque part, au milieu du chaos, Elena comprit que plus rien ne serait jamais comme avant.

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