MasukChapitre 69GabrielJe ne vais pas la chercher.C’est la première décision que je prends. La seule qui soit digne d’elle. La seule qui soit digne de moi. Je ne vais pas la chercher. Je ne vais pas la traquer. Je ne vais pas la supplier. Je ne vais pas utiliser mes réseaux, mon argent, mon pouvoir pour la retrouver. Elle est partie. Elle a besoin de temps. D’espace. De se retrouver. Je respecte ça. Pour la première fois de ma vie, je respecte quelque chose qui ne m’arrange pas.Mais je ne peux pas rester comme ça. Je ne peux pas continuer à être l’homme que j’étais. L’homme qui ne savait pas parler. L’homme qui ne savait pas aimer. L’homme qui a brisé la seule femme qu’il ait jamais aimée.Alors je décide de me reconstruire.
Chapitre 68ÉliseLondres m’accueille sous un ciel bas, une pluie fine qui ruisselle sur les vitres du taxi. Je retrouve mon penthouse, ses lignes épurées, ses baies vitrées qui surplombent la Tamise. Tout est familier. Tout est identique à ce que j’ai laissé. Et pourtant, rien n’est plus comme avant.Je dépose ma valise dans l’entrée. Je traverse le salon. Je m’arrête devant la baie vitrée. La ville s’étend sous mes yeux, grise, indifférente, éternelle. Je ne ressens rien. Ni soulagement. Ni tristesse. Juste un vide immense, un silence intérieur qui m’étouffe.Victoria arrive dans l’après-midi. Elle a les bras chargés de dossiers, le visage tendu, l’efficacité d’une femme qui veut me ramener à la vie.&n
Chapitre 67GabrielLes jours suivants, je m'effondre.Je ne vais plus au bureau. Je ne réponds plus au téléphone. Je ne mange plus. Je ne dors plus. Je reste dans la demeure, seul, à errer dans les couloirs comme un fantôme. Les domestiques ont reçu l'ordre de ne pas me déranger. Nathan appelle, laisse des messages, envoie des mails. Je ne réponds pas.La chambre d'Élise est intacte. Son parfum flotte encore dans l'air. Je pousse la porte, je m'assois sur le bord du lit, et je respire. Je respire son odeur. Je ferme les yeux. Je la vois. Elle est là. Elle n'est pas là. Elle est partie.Je passe des heures dans cette chambre, à toucher les objets qu'elle a laissés. Un peigne. Un livre. Un bracelet. Le bracelet de ma grand-mère, qu'elle a oublié sur la table de nuit. Je le prend
Chapitre 66ÉliseLa pluie redouble.Je suis debout sous le porche, trempée, épuisée, brisée. Gabriel est devant moi, à quelques mètres, immobile, silencieux. Il attend. Il attend que je parle. Il attend que je décide. Il attend que je reste ou que je parte.Je le regarde. Longuement. Je vois un homme brisé. Un homme qui a découvert l'amour trop tard. Un homme qui a passé sa vie à se protéger, à se cacher, à se mentir. Un homme qui vient de tout avouer, de tout confesser, de tout donner. Un homme qui a enfin parlé.Mais je vois aussi une femme brisée. Une femme qui a trop donné. Une femme qui a attendu pendant sept ans. Une femme qui a souffert pendant cinq ans. Une femme qui a aimé, qui a espéré, qui a cru. Une femme qui vient d'&ecir
Chapitre 65GabrielElle est là, devant moi, trempée, épuisée, brisée. Sa robe rouge colle à sa peau, ses cheveux ruissellent, ses pieds nus sont couverts de boue. Elle me regarde avec des yeux qui ne sont plus gris mais noirs, des yeux de tempête, des yeux de noyée.Et moi, je sais que c'est mon dernier moment. Le dernier moment pour lui dire. Le dernier moment pour qu'elle comprenne.Alors je parle.– Mon père m'a convoqué dans son bureau trois semaines avant sa mort. Il était assis derrière son bureau, un dossier posé devant lui. Il m'a dit : « Gabriel, tu vas épouser Maëlle Moreau. C'est nécessaire. » Pas une question. Pas une demande. Un ordre. J'avais trente ans, et j'ai obéi comme j'avais toujours obéi. Parce que j'étais son fi
Chapitre 64ÉliseJe fuis.Je quitte le palais en courant, mes talons à la main, mes pieds nus sur le gravier glacé du parc. La pluie tombe en torrents, une pluie d’orage qui détrempe ma robe rouge, qui colle mes cheveux à mon visage, qui noie mes larmes sous des trombes d’eau. Je ne sais pas où je vais. Je sais seulement que je dois m’éloigner. M’éloigner d’Helena, de ses révélations, de ses mots qui m’ont transpercée comme des lames. La clause contractuelle. Le mariage forcé. Tout était faux. Tout, absolument tout.– Maëlle !Sa voix me parvient, portée par le vent, déformée par la pluie. Je ne m’arrête pas. Je cours plus vite. Le gravier me brûle la plante des pieds. Les branches des arbres me fouettent







