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Élise
Le rendez-vous est fixé dans une banque privée de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, un établissement discret dont la façade en pierre de taille ne porte aucune enseigne visible, comme si l'argent qui dormait dans ses coffres n'avait pas besoin de se donner en spectacle. Je suis introduite dans un bureau lambrissé de boiseries sombres, éclairé par un lustre de
Chapitre 33GabrielLe dîner en famille, ou plutôt ce qui en tient lieu dans la famille Soren, se déroule dans la salle à manger glaciale de la demeure familiale, sous les portraits sévères des ancêtres qui nous observent depuis leurs cadres dorés avec la réprobation muette de ceux qui ont bâti cet empire et qui n'ont jamais toléré la moindre faiblesse chez leurs descendants. Ma mère est absente, comme d'habitude, retenue par une de ses interminables croisières en Méditerranée, et nous ne sommes que deux à cette table qui pourrait en accueillir trente.Helena est assise en face de moi, superbe dans une robe de soie noire, ses cheveux auburn relevés en un chignon sophistiqué, ses yeux verts brillant à la lueur des chandeliers. Elle mange avec l'élégance é
Chapitre 32ÉliseLe rendez-vous est fixé dans une banque privée de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, un établissement discret dont la façade en pierre de taille ne porte aucune enseigne visible, comme si l'argent qui dormait dans ses coffres n'avait pas besoin de se donner en spectacle. Je suis introduite dans un bureau lambrissé de boiseries sombres, éclairé par un lustre de cristal qui jette des reflets dorés sur les reliures en cuir des livres alignés derrière le directeur. Monsieur Delamare est un homme d'une cinquantaine d'années, le crâne dégarni, les yeux bleus et le sourire onctueux de ceux qui ont passé leur vie à manipuler les fortunes des autres sans jamais se salir les mains. Il me reçoit avec la déférence qu'on réserve aux clientes importantes, me propose un café q
Chapitre 31HelenaLe téléphone sonne à huit heures du matin, et je sais avant même de décrocher que les nouvelles ne seront pas bonnes.Mon contact au service juridique de la holding, un homme discret que je paie grassement pour me tenir informée des mouvements de Gabriel, a la voix tendue et précipitée quand il m'annonce que mon cousin a demandé les archives complètes de la succession Moreau, qu'il a convoqué Maître Delacroix dans son bureau, qu'il fouille dans les dossiers que je croyais enterrés à jamais sous des strates de paperasse administrative.Je raccroche sans un mot, et je reste assise dans mon lit, les draps de soie froissés autour de moi, le regard fixé sur le mur de ma chambre. La panique monte, une vague glacée qui m'envahit tout entière, et je la réprime avec la discipline de fer que j'ai acquise au fil des années. Je ne peux pas me permettre de paniquer. La panique est un luxe que seules les faibles peuvent s'offrir, et je ne suis pas faible, je ne l'ai jamais été.S
Chapitre 30GabrielL'altercation avec Élise a confirmé tout ce que je savais déjà, tout ce que mon instinct hurlait depuis que nos regards s'étaient croisés au gala, tout ce que mon corps avait reconnu avant même que mon esprit ne l'admette. Maëlle est vivante, Maëlle se fait appeler Élise Vancourt, Maëlle a changé de visage et de nom et de vie, mais elle n'a pas changé d'âme, et elle ne pourra jamais changer d'âme, pas complètement, pas au point de tromper celui qui a passé sept années à l'observer en silence sans jamais oser l'approcher.Mais cette confrontation a aussi révélé une vérité que je n'avais pas anticipée, une vérité qui me dérange et qui me pousse à chercher plus loin, plus profond, dans les recoins obscurs de l'histoire familiale que j'ai toujours négligée. Elle n'est pas revenue pour moi. Elle ne m'a pas cherché, elle ne m'a pas provoqué, elle ne m'a pas tendu la perche que j'attendais. Elle est revenue pour autre chose, pour une raison que je ne connais pas encore, e
Chapitre 29ÉliseLes portes de l'ascenseur se referment sur le visage impassible de Nathan, et je descends les étages de la tour Soren dans un silence de plomb, les yeux fixés sur les chiffres qui défilent au-dessus de la porte, le dos droit, les mains croisées sur mon sac à main, l'attitude impeccable de la femme d'affaires que je suis devenue. Personne ne pourrait deviner, en me voyant traverser le hall de marbre et de verre, que je viens de vivre l'une des confrontations les plus éprouvantes de mon existence, que mes jambes flageolent sous mon tailleur anthracite, que mon cœur bat si fort que je l'entends résonner dans mes tempes.Je sors de la tour Soren, je hèle un taxi, je donne l'adresse du Royal Monceau d'une voix parfaitement calme, et c'est seulement quand la portière se referme sur moi, quand le taxi s'éloigne de ce quartier d'affaires où tout a failli basculer, que je ferme les yeux et que je laisse le tremblement qui me parcourait depuis le début envahir mes mains. Le so
Chapitre 28ÉliseLe bureau panoramique domine Paris, une vue à couper le souffle qui s'étend des toits de La Défense jusqu'aux collines lointaines du Val-d'Oise, mais je n'accorde pas un regard au paysage. Toute mon attention est concentrée sur l'homme qui se tient derrière le bureau en acajou, debout lui aussi, comme s'il ne voulait pas me concéder l'avantage de la position assise.Gabriel n'a pas changé depuis le gala, ou plutôt il a changé d'une manière que je ne peux pas définir, une tension nouvelle dans sa mâchoire, une lueur différente dans ses yeux sombres, une intensité qui émane de lui comme une chaleur invisible. Il me dévisage sans chercher à dissimuler son examen, et je soutiens son regard sans ciller, sans reculer, sans lui donner la satisfaction de détourner les yeux la première.– Madame Vancourt, dit-il enfin, et la façon dont il prononce ce nom, avec une lenteur calculée, comme s'il le soupesait et le jugeait et le trouvait insuffisant, est à elle seule une déclarat







