LOGINChapitre 60SarahJe les vois, Lucas au-dessus de Jérôme, son genou écrasant la poitrine de mon ami, ses mains serrées sur le col de sa veste, son visage déformé par une fureur que je ne lui ai jamais vue, une fureur animale, territoriale, qui me rappelle le jour où il m'a chassée, le jour où il a prononcé ces mots qui m'ont brisée en mille morceaux. Jérôme est allongé sur le carrelage, les bras en croix, le souffle coupé, et il ne se débat pas, il ne riposte pas, il reste là, impuissant, écrasé par cet homme qui a toujours obtenu tout ce qu'il voulait, qui a toujours détruit tout ce qui se mettait en travers de son chemin.Et puis j'entends Lucas qui dit « ma famille », j'entends ces deux mots qui sortent de sa bouche comme s'ils lui appartenaient, comme s'il avait le droi
Chapitre 59JérômeJe monte les escaliers quatre à quatre, le souffle court, les jambes qui brûlent, le cœur qui cogne dans ma poitrine comme un poing fermé. Sarah m'a appelé il y a dix minutes, elle sanglotait au téléphone, elle m'a dit que Lucas était là, qu'il avait défoncé la porte, qu'il savait tout pour Nathan, et j'ai raccroché sans attendre la fin de sa phrase, j'ai attrapé mes clés de voiture, j'ai brûlé les feux rouges, et maintenant je suis là, devant la porte de son appartement, cette porte qui n'est plus qu'un battant de bois arraché de ses gonds, qui pend sur le côté comme un oiseau blessé. Le chambranle est fendu, des éclats de peinture jonchent le sol du couloir, et à l'intérieur, j'entends des voix, des pleurs, des murmures.Je fr
Chapitre 58LucasMa main est encore posée sur la joue de Nathan, cette joue douce et chaude et vivante sous mes doigts, et je le regarde, je le regarde vraiment pour la première fois de ma vie, je le regarde en sachant, en sachant que cet enfant est mon fils, que son sang est mon sang, que ses yeux gris sont les miens, que ce petit garçon qui se tient debout devant moi dans son pyjama trop grand est la chair de ma chair, l'os de mes os, la seule chose pure que j'aie jamais créée dans cette existence de pouvoir et de solitude. Il me regarde sans peur, sans méfiance, avec cette confiance absolue que seuls les enfants savent offrir, et dans ses prunelles grises je vois se refléter mon propre visage, mon visage baigné de larmes que je n'essuie pas, mon visage d'homme brisé qui vient de retrouver la seule chose qui comptait.Je ne peux pas détacher mes yeux de lui, je ne peux pas, je ne veux pas, chaque détail de son visage m'apparaît avec une clarté nouvelle, comme si je le voyais pour l
Chapitre 57NathanJ'étais dans ma chambre, celle qui est juste à côté du salon, celle où maman a installé mon lit et ma table de nuit avec mes médicaments, et j'essayais de dessiner dans mon carnet, j'essayais de dessiner la mer avec les vagues et les mouettes et le sable et les coquillages, mais je n'arrivais pas à me concentrer, mon crayon restait suspendu au-dessus de la page sans bouger, parce que j'entendais des bruits dans le salon, des bruits qui n'étaient pas normaux, des bruits qui me faisaient peur. D'abord des coups sourds contre la porte, des coups de poing qui résonnaient dans tout l'appartement, puis un fracas énorme, un bruit de bois qui se casse, de gonds qui sautent, de porte qui s'ouvre en claquant contre le mur. Et puis des voix, la voix grave du monsieur au costume noir, et la voix de maman, plus aiguë, plus tremblante, qui disait des mots q
Chapitre 56LucasLe mot est sorti de sa bouche, ce tout petit mot, « oui », et il a frappé ma poitrine avec la violence d'une gifle, d'un coup de poing, d'une balle tirée à bout portant. Je recule d'un pas, puis d'un autre, comme si elle m'avait frappé, comme si ce mot avait une force physique capable de me faire vaciller, et mon dos heurte le mur du studio misérable, ce mur jauni par l'humidité, cette peinture écaillée qui s'effrite sous le poids de mon corps. Mes jambes ne me portent plus, mes genoux fléchissent, et je glisse lentement le long de la paroi froide jusqu'à me retrouver assis par terre, les bras ballants, le rapport du laboratoire qui pend au bout de mes doigts, mes yeux qui ne voient plus rien, mes oreilles qui n'entendent plus que ce mot qui tourne en boucle dans ma tête, « oui, oui, Nathan est ton fils ».
Chapitre 55SarahLe rapport ADN tremble entre les doigts de Lucas, ce papier blanc couvert de chiffres et de pourcentages qui réduit à néant huit années de fuite, huit années de mensonges, huit années de silence, et je suis là, debout au milieu de ce studio misérable, prisonnière de cette vérité qui vient de faire irruption par la porte qu'il a défoncée. Mon cœur bat si fort que je l'entends dans mes tempes, mes jambes flageolent, mes mains sont glacées, et je ne peux pas détacher mon regard de ce papier, de cette preuve irréfutable qu'il tient devant moi comme une arme.Il a fait un test ADN. Il a prélevé l'ADN de Nathan sans que je le sache, il a tout découvert sans moi, et maintenant il est là, dans mon appartement dévasté, les yeux pleins de fureur et de doul







