Se connecterChapitre 53
Aelys
La nuit, je ne dors pas.
Les heures défilent. Les aiguilles de l’horloge tournent. Minuit. Une heure. Deux heures. Le temps s’étire, se dilate, se contracte. Chaque minute est une éternité. Mon corps est allongé sur le lit, mes bras le long de mon corps, mes jambes étendues. Mes yeux sont ouverts, fixés sur le plafond blanc. La fissure, ce
Chapitre 68AelysLa dispute éclate le soir.Il est rentré tard. La nuit était noire, les lanternes brillaient, leurs lueurs rouges et or dansaient sur les murs du penthouse. Je l’ai entendu entrer. La porte d’entrée. Ses pas dans le couloir. Le bruit de sa veste qu’il retirait, qu’il jetait sur un fauteuil.Je suis dans la salle à manger.La table est longue, en bois clair, ciré. La surface est lisse, brillante, reflète la lumière des appliques en verre soufflé. Les couverts en argent sont disposés, deux couverts. Deux assiettes en porcelaine fine, bordées d’or. Deux verres en cristal, leurs reflets dansent sur la nappe blanche.Il doit dîner avec moi. Comme tous les soirs, depuis notre pacte. Le rituel. La comédie. La fausse fiancée
Chapitre 67AelysLe lendemain, je me lève tôt.Le soleil n’est pas encore levé. Le ciel est gris, pâle, à peine éclairci à l’est par une ligne blanche, fine, fragile. Les nuages sont bas, lourds, chargés d’eau. La lumière est diffuse, sans ombre, sans relief. Le monde semble plat, éteint, endormi.Les lanternes de Yozora sont encore allumées, leurs lueurs rouges et or dansent derrière la fenêtre, se reflètent sur le plafond, sur les murs, sur le sol. Les flammes vacillent, résistent, faiblissent. La nuit n’en finit pas de mourir.Je me suis levée. Mes pieds nus sur le parquet froid. J’ai traversé la chambre. Je me suis regardée dans le miroir de l’armoire.Une étrangère.&nbs
Chapitre 66AelysLa voiture roule dans les rues désertes de Yozora.Les lanternes défilent derrière les vitres teintées, rouges et or, petites flammes tremblantes qui dansent dans la nuit. Leurs lueurs traversent la pénombre de l’habitacle, éclairent par intermittence mes mains posées sur mes genoux, mes doigts serrés autour de mon sac en cuir noir. Le cuir est froid sous mes paumes, lisse, glissant. Mes doigts sont crispés, les jointures blanches, les ongles s’enfoncent légèrement dans la surface.Le sac est lourd. Il contient le carnet. Il contient les lettres. Il contient les preuves. Je sens leur poids sur mes genoux, sur mes cuisses, sur mon ventre. Un poids physique, tangible, mais aussi un poids moral, un poids d’âme. Chaque page est une pierre, chaque mot est un fardeau.
Chapitre 65AelysLe carnet est posé sur mes genoux.La couverture en cuir est froide, lourde, elle pèse sur mes cuisses, écrase le tissu de ma robe. Mes doigts caressent le motif gravé, les fleurs, les volutes, les entrelacs. Je ne les sens pas. Mes doigts sont engourdis, insensibles, comme si le sang ne circulait plus, comme si mes mains n’étaient plus à moi.La lumière a changé. Le soleil a traversé le ciel, est passé derrière les montagnes. Les rais de lumière qui traversaient les fenêtres vides sont devenus roses, puis mauves, puis gris, puis noirs. Les ombres se sont allongées sur le sol, sur les murs, sur mes mains, ont envahi la pièce, ont tout recouvert.Il fait plus froid. Le vent souffle plus fort, par rafales. Les fragments de verre tintent plus vite, un
Chapitre 64AelysJe me suis assise sur la chaise renversée.Je l’ai redressée. Le bois était froid, rugueux, couvert de cendres. Mes mains ont attrapé le dossier, les pieds, l’assise. La chaise a grincé, ses pieds ont frotté le sol, ont tracé des sillons dans la couche de cendres. Je l’ai posée devant le bureau, face à la fenêtre.Je me suis assise. Le bois a gémi sous mon poids. Un craquement long, profond, qui a résonné dans la pièce vide. Mes jambes pendaient. Mes pieds nus touchaient presque le sol, mais pas tout à fait. La hauteur n’était pas faite pour moi. Elle était faite pour elle. Pour la mère de Ryuu. Pour Hana.J’ai ouvert le carnet à la première page.L’écritur
Chapitre 63AelysJe ne suis pas redescendue tout de suite.Après avoir refermé le coffre, après avoir rangé les lettres dans mon sac, je suis restée un long moment assise sur les cendres, le dos contre le mur calciné. La pierre était froide, rugueuse, ses aspérités s’enfonçaient dans ma peau à travers le tissu fin de ma robe en lin beige. Chaque irrégularité, chaque éclat, chaque creux se dessinait sur mon omoplate, sur ma colonne vertébrale, sur mes reins. La fraîcheur de la pierre traversait le tissu, pénétrait ma chair, glaçait mes os.Les cendres collaient à mes mains, à mes bras, à mon visage. Une fine couche grise, poudreuse, impalpable, qui sentait la mort, le temps, l’oubli. Quand je bougeais les doigts, de pe
Chapitre 62AelysLe manoir est là.Je l’ai trouvé sur une vieille carte, dans les archives. Une carte poussiéreuse, pliée, ses bords déchirés. Des coordonnées griffonn&eacu
Chapitre 61 –AelysKael accepte de m’aider.Je l’ai rencontré dans son bureau. Celui sans fenêtre, au bout du couloir de la sécurité. La porte est en métal, grise, lourde. Il
Chapitre 60AelysLa porte se referme sur Rei.Le battant pivote dans un silence pesant, les gonds graissés ne produisent aucun bruit. Le bois vient s’encastrer dans le chambranle avec un claquement so
Chapitre 59AelysRei m'invite à dîner.— Juste tous les deux, dit-il. Mon frère ne le saura pas. Une petite soirée tranquille, loin du stress, loin des gardes, loin des regards.I







