LOGINChapitre 65
Aelys
Le carnet est posé sur mes genoux.
La couverture en cuir est froide, lourde, elle pèse sur mes cuisses, écrase le tissu de ma robe. Mes doigts caressent le motif gravé, les fleurs, les volutes, les entrelacs. Je ne les sens pas. Mes doigts sont engourdis, insensibles, comme si le sang ne circulait plus, comme si mes mains n’étaient plus à moi.
Chapitre 71AelysLes jours suivants sont un calme tendu.Je me réveille dans ma chambre. Les draps sont froids, rêche, froissés. La lumière du matin entre par la fenêtre, blanche, froide, cette lumière d’hiver qui éclaire les toits de Yozora sans les réchauffer. Les rayons sont obliques, rasants, ils glissent sur le parquet comme une nappe d’eau argentée.Les lanternes sont éteintes. Leurs fils noirs se balancent mollement dans l’air calme. Le ciel est gris, uniforme, sans nuance. Les montagnes à l’horizon sont cachées par les nuages, des masses sombres, floues, indistinctes.Je ne sais pas à quelle heure il est parti. Je ne sais pas s’il a dormi. Je ne l’ai pas vu depuis la nuit du carnet. Depuis ses bras autour de moi. Depuis son corps cont
Chapitre 70AelysLe matin arrive.La lumière grise de l’aube entre par la fenêtre. Les lanternes s’éteignent une à une, leurs flammes vacillent, résistent, puis disparaissent dans un dernier éclat, une ultime braise. Le ciel est pâle, lavé, sans couleur, un blanc sale, un gris triste. Les nuages sont bas, immobiles, lourds.Il dort encore.Son visage est détendu. Les traits adoucis, les rides de tension effacées, la mâchoire desserrée. La cicatrice sur sa tempe est plus visible à cette lumière, fine, blanche, presque transparente. Sa bouche est entrouverte, ses lèvres sont gonflées, rouges. Ses cils noirs frémissent, battent légèrement, comme s’il rêvait.Son bras est posé sur mon ventre. Lourd. Chau
Chapitre 69AelysJe ne sais pas comment nous sommes arrivés dans sa chambre.La salle à manger est vide. La table est encore couverte des plats à moitié mangés. La soupe a refroidi, une peau fine, translucide, s’est formée à sa surface, frissonnant au moindre courant d’air. Le poisson a perdu son éclat, ses tranches autrefois nacrées sont devenues ternes, mates, les bords légèrement recroquevillés. Les légumes marinés sont figés dans leur jus, leurs couleurs vives se sont estompées, le jaune est devenu ocre, le rouge est devenu brun, le vert est devenu gris. La lumière des appliques en verre soufflé éclaire les restes du dîner, la porcelaine blanche tachée de jus et de sauce, les verres en cristal à moitié pleins, leur contenu dormant, immobile, sans
Chapitre 68AelysLa dispute éclate le soir.Il est rentré tard. La nuit était noire, les lanternes brillaient, leurs lueurs rouges et or dansaient sur les murs du penthouse. Je l’ai entendu entrer. La porte d’entrée. Ses pas dans le couloir. Le bruit de sa veste qu’il retirait, qu’il jetait sur un fauteuil.Je suis dans la salle à manger.La table est longue, en bois clair, ciré. La surface est lisse, brillante, reflète la lumière des appliques en verre soufflé. Les couverts en argent sont disposés, deux couverts. Deux assiettes en porcelaine fine, bordées d’or. Deux verres en cristal, leurs reflets dansent sur la nappe blanche.Il doit dîner avec moi. Comme tous les soirs, depuis notre pacte. Le rituel. La comédie. La fausse fiancée
Chapitre 67AelysLe lendemain, je me lève tôt.Le soleil n’est pas encore levé. Le ciel est gris, pâle, à peine éclairci à l’est par une ligne blanche, fine, fragile. Les nuages sont bas, lourds, chargés d’eau. La lumière est diffuse, sans ombre, sans relief. Le monde semble plat, éteint, endormi.Les lanternes de Yozora sont encore allumées, leurs lueurs rouges et or dansent derrière la fenêtre, se reflètent sur le plafond, sur les murs, sur le sol. Les flammes vacillent, résistent, faiblissent. La nuit n’en finit pas de mourir.Je me suis levée. Mes pieds nus sur le parquet froid. J’ai traversé la chambre. Je me suis regardée dans le miroir de l’armoire.Une étrangère.&nbs
Chapitre 66AelysLa voiture roule dans les rues désertes de Yozora.Les lanternes défilent derrière les vitres teintées, rouges et or, petites flammes tremblantes qui dansent dans la nuit. Leurs lueurs traversent la pénombre de l’habitacle, éclairent par intermittence mes mains posées sur mes genoux, mes doigts serrés autour de mon sac en cuir noir. Le cuir est froid sous mes paumes, lisse, glissant. Mes doigts sont crispés, les jointures blanches, les ongles s’enfoncent légèrement dans la surface.Le sac est lourd. Il contient le carnet. Il contient les lettres. Il contient les preuves. Je sens leur poids sur mes genoux, sur mes cuisses, sur mon ventre. Un poids physique, tangible, mais aussi un poids moral, un poids d’âme. Chaque page est une pierre, chaque mot est un fardeau.
Chapitre 30AelysLa convocation tombe un mardi matin, dans ma boîte mail professionnelle.Je suis à mon bureau, comme tous les jours. L'écran de l'ordinateur diffuse sa lueur bleutée sur le verre fumé, sur mes mains, sur le clavier. Les touches sont froides sous mes doigts. Tac, tac, tac. Les chif
Chapitre 29AelysJe découvre la sécurité renforcée trois jours plus tard.Le matin, en arrivant au siège. La façade habituelle, les portes vitrées, le hall de marbre blanc. Mais quelque chose a changé. L'air est plus lourd, plus tendu. La lumière des néons semble plus crue, plus blanche.L'entrée
Chapitre 28AelysLe lendemain du gala, je suis à mon bureau.La lumière du matin entre par la fenêtre, blanche, froide, cette lumière d'hiver qui éclaire les toits de Yozora sans les réchauffer. Les rayons sont obliques, rasants, ils glissent sur le parquet comme une nappe d'eau argentée. Derrière
Chapitre 27AelysLa salle de bal du palais des congrès est une cathédrale de marbre et de cristal.Les lustres suspendus au plafond déversent une lumière dorée, liquide, presque irréelle, qui caresse les épaules nues, allume des éclats dans les bijoux, se reflète dans le vernis des pianos à queue.







