LOGINÀ ces mots, Pascal était resté interdit.« Une fois que nous serions de nouveau ensemble, l’entreprise deviendrait notre bien commun. Nous n’aurions alors aucune raison d’hésiter à défendre nos droits. »J’ai fait glisser le téléphone dans sa main.Pascal n’osait pas appuyer sur la touche d’appel.« Louise, Anne est encore jeune. Elle a consacré tant d’années à l’entreprise, même sans grands mérites… »« Et moi, alors ? »Je le regardais avec une pointe de sarcasme. « Toutes les humiliations que j’ai subies, toutes les pertes que j’ai endurées, devraient-elles être oubliées sans réparation ? »« Elle vit encore en toute impunité. Comment pourrais-je être sûre que tu n’as plus aucun lien avec elle ? »« Si tu la faisais répondre de ses crimes devant la loi, je pourrais enfin reconstruire notre relation sans crainte. »Je m’étais penchée vers son oreille.Je lui avais murmuré cela d’une voix douce, presque démoniaque.Pascal m’a regardée, les yeux écarquillés. Ces paroles lui ont donné l
« Qu’est-ce que tu fais encore ici ? »Je le regardais avec indifférence, comme si je faisais face à un parfait inconnu.Pascal avait perçu cette froideur. Il a serré les lèvres et, après un long silence, il a parlé d’une voix rauque : « Louise, j’ai rompu avec Anne. »« J’ai mûrement réfléchi. J’étais prêt à tout abandonner pour vivre avec toi à l’étranger. »« Je savais que tu m’en voulais encore, mais j’ai enfin compris mes erreurs. Je vais vendre mon entreprise, oublier le passé, et nous recommencerons à zéro. »Je fixais son regard prétendument déterminé et je ne ressentais qu’une ironie amère.« Est-ce vraiment toi qui comptes vendre ta société, ou bien est-elle déjà au bord de la faillite et de la liquidation ? »Je ne m’intéressais plus aux affaires de Pascal, mais une ancienne collègue me donnait encore parfois des nouvelles.Elle m’avait appris que, peu après mon départ, le projet dirigé par Anne avait subi une défaillance majeure.Pour limiter les pertes, Pascal et Anne avai
« Louise, je suis complètement vaincu. Sache que c’est la première fois que je cède pour une femme, tu devrais t’en réjouir en secret. »« Ma patience envers Anne ne représente même pas un dixième de celle que j’ai pour toi… »Je voyais que Pascal allait continuer de parler avec emphase.« Tu te fais de fausses idées. »J’ai saisi mes papiers officiels et je les ai présentés devant l’objectif : « J’ai obtenu mon statut de résidente, je ne reviendrai plus jamais. »Au moment où j’ai raccroché, Pascal n’avait pas encore réalisé la situation.Il est resté figé, et l'écrin qu’il tenait est tombé lourdement sur le sol.Mais je le savais.Il finissait par comprendre.Il a repris rapidement le contrôle de ses émotions.Le jour même où il avait pris la défense d’Anne au prix de mon tourment, il aurait dû comprendre que ce moment finirait par arriver.Désormais, ses agissements ne me touchaient plus. J’avais tourné la page sur cette relation toxique pour me dévouer corps et âme à mes recherches
Au fil du temps, ses goûts changeaient sans cesse.De mon côté, je m’étais laissée enivrer par mes recherches, jour après jour. La robotique, qui n’était au départ qu’un projet « pour lui », était devenue ma propre passion et ma seule foi.Pendant toutes ces années, même si j’avais toujours travaillé dans l’entreprise de Pascal à des postes sans aucun rapport avec la robotique, je n'avais jamais cessé de suivre les progrès de ce domaine durant mon temps libre.C’est pourquoi, lorsque je me suis consacrée de nouveau pleinement à mes études, je n’ai ressenti aucune difficulté.Durant cette période, Pascal m’a envoyé encore quelques messages. Leur contenu restait inchangé : il refusait de croire à mon départ définitif et tentait à plusieurs reprises de me faire revenir.Je n’ai répondu à aucun d’eux.Face à mon silence obstiné, Pascal m’a fait parvenir des photosC'était un document de transfert d’Anne.« J’ai mené l'enquête, ta démission n’a jamais été validée par mes soins », m'a-t-il é
Cette fois, je ne me suis pas laissée réduire au silence par sa tyrannie. J’ai simplement sorti calmement mon téléphone. « Alors, appelle la police, je m’en moque. »Je n’avais aucune intention de me lancer dans une dispute stérile, mais mon plan était prêt — s’il persistait à se montrer odieux, j’allais briser le masque sans hésiter et lui rendre coup pour coup.Quand il m’a vue sur le point de composer réellement le numéro, Pascal s’est terrifié. Il s’est précipité vers moi, m’a arraché l’appareil des mains et a raccroché précipitamment.« Louise, tu es folle ? »« Je ne suis pas folle, je veux simplement demander à la police si tes paroles — celles que tu prétends "non valables" — sont reconnues par la loi. »Il ne m’avait jamais vue ainsi, si intransigeante. La panique se lisait sur son visage.Il a serré les lèvres, puis son ton s’est enfin adouci : « Bon, Louise, arrête ton cinéma. Je sais que tu es jalouse d’Anne, alors à partir de demain, je ne la verrai plus seule, d’accord ?
Pascal s’était figé sur-le-champ.Les yeux d’Anne se sont brièvement illuminés.Un sourire de triomphe a furtivement effleuré le coin de ses lèvres.Cette expression malveillante disparaissait très vite derrière son air doux et innocent, mais je distinguais chaque détail avec une parfaite netteté.« Louise, tes paroles sont bien excessives, après tout… »« Assez, Anne, sors d’abord. »Pascal l’a interrompue d’une voix froide et détachée avant qu’elle ne puisse terminer sa phrase.Les mots lui sont restés dans la gorge. Elle a feint alors de calmer Pascal, le priant de ne pas se laisser gagner par la colère et de discuter paisiblement, puis elle a descendu l’escalier, animée d’une satisfaction cachée.Dès qu’elle a quitté la pièce, Pascal m’a regardée avec une sévérité glaciale.« Louise, tu dépassais toutes les limites. J’avais accepté de nous marier, qu’avais-tu encore à réclamer ? » « Retire immédiatement tes propos sur notre rupture. Je ne signerai jamais ta lettre de démission. Dé







