LOGINIl encaissa le coup. Je vis la douleur traverser son visage, déformer ses traits, assombrir ses yeux.— Je t'aime, Aurélia. Je t'aime d'une façon que tu ne comprendras jamais. Et oui, je te protège. Oui, je te défends. Oui, je suis jaloux. Parce que je t'ai perdue une fois, dans mes cauchemars, dans mes peurs, dans mes doutes. Et je ne veux pas te perdre vraiment.— Tu ne me perds pas. Tu m'étouffes.Il s'assit par terre, le dos contre le mur, les genoux remontés contre sa poitrine. Lui, l'homme qui faisait trembler toute la ville, était assis par terre comme un enfant perdu. Ses mains étaient ensanglantées, ses
Je ne répondis pas. Je ne pouvais pas. Il avait raison. Tout était écrit sur mon visage, sur mon corps, dans l'air que je dégageais. Je puais la trahison. Je suintais le mensonge.Il s'approcha, lentement, comme un prédateur qui fait le tour de sa proie. Ses pas résonnaient sur le parquet, lourds, mesurés, inéluctables.— Tu sais ce que j'ai fait, moi, pendant que tu étais chez lui ? Je suis allé voir les familles des hommes morts dans l'attaque. Je leur ai dit que je les vengerais. Je leur ai promis que leurs maris, leurs pères, leurs fils ne seraient pas oubliés. Je leur ai serré la main, j'ai regardé leurs yeux, j'ai pris leur chagrin sur mes épaules.
Quand il s'écarta, j'avais les larmes aux yeux. Des larmes chaudes qui coulaient sur mes joues sans que je puisse les arrêter.— Pourquoi tu pleures ? demanda-t-il.— Parce que je ne devrais pas vouloir ça. Parce que je l'aime, lui, pas toi. Parce que je ne sais plus rien. Parce que tout est devenu flou et que j'ai peur. Tellement peur.— Tu ne l'aimes peut-être plus.— Non. Je l'aime. C'est ça le problème. Je l'aime, et pourtant…— Et pourtant ?
Il se planta devant moi, les bras croisés, le regard calme. Je sentis son odeur – la terre, la peinture, le café, et quelque chose de plus intime, de plus humain. Sa chaleur à quelques centimètres de moi, sa présence qui emplissait tout l'espace.— Tu n'es pas venue pour le portrait, dit-il.— Non.— Tu es venue pour me parler.— Oui.— Alors parle. Je t'écoute.Je fis face à lui. Ses yeux verts étaient calmes, patients, sans jugement. Il ne me pressait pas, ne me poussait pas. Il
Pourquoi. La question à un million d'euros. Pourquoi je ne pouvais pas le voir. Parce que j'étais avec Matteo. Parce que je l'aimais. Parce que c'était mal. Parce que chaque seconde passée avec Adriano était une seconde volée à l'homme qui dormait dans la chambre à côté.Mais ce n'était pas la vraie raison. La vraie raison, celle que je n'osais pas m'avouer, celle qui me terrifiait plus que tout, c'était autre chose.Moi : « Parce que si je te vois, je ne sais pas ce que je ferai. »Je regardai ces mots s'afficher à l'écran, crus, nus, terriblement honnêtes. Je venais de dire la
AuréliaLes jours qui suivirent l'attaque du convoi furent un long brouillard, une traversée sans boussole dans un océan de doutes et de silences. Matteo était partout et nulle part à la fois – présent physiquement dans l'appartement, ses costumes sombres, ses pas lourds sur le parquet, mais son esprit ailleurs, bien ailleurs, à traquer Viktor, à organiser la riposte, à pleurer ses hommes morts. Je le voyais s'éloigner chaque jour un peu plus, comme un navire qui prend le large sans regarder derrière lui.Moi, je dérivais entre les murs de l'appartement, hantée par deux visages. Celui d'Adriano, d'abord – ses yeux verts, ses mains sales de terre, sa voix douce qui disait mon prénom comme s'i
AURÉLIAIl tend la main. Pas vers moi. Vers un livre sur son bureau. Mais le geste est proche, intrusif.— Et les gants que je vous ai offerts… portez-les ce soir. Pour moi. Considérez cela comme un premier geste de… bonne volonté.Son regard plonge dans le mien. Il n’y a pas de menace explicite. J
AURÉLIAEt puis, aux petites heures, un autre bruit. De la musique. Très faible. Un air de piano, lent, mélancolique, qui filtre à travers les murs. Ça vient d’ailleurs dans l’appartement.Lui.Je ne peux pas m’en empêcher. Je me lève, approche ma main de la porte. Je n’ouvre pas. J’écoute. La musi
AuréliaLes heures qui suivent sont un tourbillon.Un médecin arrive, un homme d'une cinquantaine d'années au visage fatigué et aux mains sûres. Il examine Matteo, change ses pansements, lui fait une piqûre d'antibiotiques. Il m'examine aussi, prend ma tension, me fait boire un cocktail de vitamine
AuréliaLe rapport s'étale sur la table basse, vingt-trois pages de données, de connexions, de noms. Matteo est en face de moi, dos à la fenêtre. La nuit est tombée sans que je m'en aperçoive.— Il a des ramifications jusqu'en Asie du Sud-Est, dit-il en poussant une photo vers moi. Triades, trafic







