LOGINAurélia
Les jours suivants furent étranges, suspendus. Nous vivions sous le même toit, partagions les mêmes repas, dormions dans le même lit – car Matteo était revenu le lendemain, silencieux, mais présent. Pourtant, quelque chose avait changé. Une distance, un retrait, une douleur qu'il ne montrait pas mais que je sentais.
Il partait tôt, rentrait tard. Ses réunions s'allongeaient, ses absence
Il leva une main, effleura ma joue. Sa peau contre la mienne était comme une décharge , pas électrique, pas surnaturelle, mais réelle, profonde, humaine.— Je peux t'embrasser ? demanda-t-il.— Je…— Juste une fois. Juste pour savoir.Je ne répondis pas. Je ne pus pas.Il s'approcha, lentement, me laissant le temps de reculer, de dire non. Je ne fis rien. Ses lèvres effleurèrent les miennes, doucement, à peine un contact.Un baiser. Un seul. Léger comme une promesse.Et je ne le repoussai pas.Je ne le repoussai pas tout de suite. Je restai là, figée, ses lèvres contre les miennes, son souffle mêlé au mien. Pendant une seconde. Pendant une éternité.Puis je reculai.— Pardon, murmura-t-il.— Non. C'est moi.— Tu regrettes ?&mda
AuréliaLes jours suivants furent étranges, suspendus. Nous vivions sous le même toit, partagions les mêmes repas, dormions dans le même lit – car Matteo était revenu le lendemain, silencieux, mais présent. Pourtant, quelque chose avait changé. Une distance, un retrait, une douleur qu'il ne montrait pas mais que je sentais.Il partait tôt, rentrait tard. Ses réunions s'allongeaient, ses absences se multipliaient. Quand il était là, il était là tout entier, mais je sentais qu'il retenait quelque chose. Comme s'il avait peur de me toucher, de me parler, de me perdre.Moi, je pensais à Adriano. À ses mains sales de terre. À ses yeux verts. À ce qu'il avait dit : « Je te désire. »Un matin, Matteo m'annonça qu'il serait en réunion toute la journée. Une affaire importante, avec des
Je ne le revis pas de l'après-midi. Il s'était enfermé dans son bureau, prenait des appels, donnait des ordres. La forteresse se refermait.Vers cinq heures, je n'en pouvais plus. Je pris mon manteau, mes clés, et je sortis.L'ascenseur, le parking, la voiture que Matteo avait mise à ma disposition. Personne ne m'arrêta , les gardes hésitèrent, mais je passai.Je ne savais pas où j'allais. Pas vraiment. Mais mes mains me conduisirent là où je voulais être.Montmartre. L'atelier d'Adriano.Je frappai à la porte, le cœur battant. Il ouvrit, les mains couvertes de terre, un tablier de cuir sur un vieux t-shirt. Quand il me vit, ses yeux s'illuminèrent.— Aurélia. Je ne t'attendais pas.— Je suis désolée, je débarque sans prévenir.— Tu es la bienvenue. Toujours.
Il hésita, joua avec son verre.— Matteo et moi, nous avons grandi ensemble. Il était le frère que je n'avais pas. Et puis… j'ai aimé quelqu'un qu'il aimait. Pas la même personne, non. Mais j'ai compris que nos chemins s'éloignaient. Qu'il choisissait l'ombre, et moi la lumière.— Qui a choisi ?— Nous deux. Chacun de notre côté.— Et maintenant ?— Maintenant, je le vois avec toi. Et je vois qu'il a changé. Toi, tu es sa lumière.— Je ne suis la lumière de personne.— Si. Tu es la sienne. Et c'est pour ça qu'il a peur. Parce que la lumière, ça s'éteint. Parce que la lumière, ça attire.Il se tut, but une gorgée de vin.— Toi, tu attires, Aurélia. Tu attires tout le monde. Même moi.La phrase tomba, simpl
AuréliaL'invitation était tombée trois jours après la soirée caritative. Adriano avait appelé Matteo, proposant un dîner « pour renouer, pour discuter de vieux souvenirs ». Matteo avait accepté, la voix neutre, mais je sentais sa méfiance. Moi, je ne sentais rien. Ou peut-être que si. Peut-être que je sentais cette petite flamme d'excitation que je n'osais pas nommer.Le soir venu, Adriano arriva avec une bouteille de vin italien et un sourire qui semblait éclairer tout l'appartement.— J'espère que tu n'as pas fait trop de manières, dit-il à Matteo en l'embrassant. Je suis un homme simple.— Je sais, répondit Matteo, sec.Moi, il m'embrassa sur la joue. Ses lèvres effleurèrent ma peau une fraction de seconde de trop. Je sentis Matteo se crisper à côté de moi.&m
Matteo arriva à ce moment-là, deux coupes de champagne à la main. Quand il vit Adriano, son visage se ferma légèrement.— Adriano. Je ne savais pas que tu viendrais.— Charles m'a invité. Il soutient une association pour les enfants, tu sais. C'est pour une bonne cause.— Charles soutient surtout sa propre réputation.— Cynique, comme toujours.Les deux hommes se regardèrent. Il y avait une histoire entre eux, je le sentais. Quelque chose de non-dit, de jamais résolu.— Je vois que tu as fait connaissance avec Aurélia, dit Matteo.— Elle est fascinante. Tu as de la chance.— Je sais.Le ton était sec. Adriano le remarqua, sourit, s'excusa et s'éloigna.— Quoi ? demandai-je à Matteo.— Rien.— Matteo.Il soupira.— Adri
AméliaJe vacille. Une nausée violente me traverse. C'était… viscéral. Différent des rats, des grenouilles. Humain.— Un ! crie la voix de Matteo, tranchante.Je lève les yeux. Il s'est rapproché de l'autre homme, une lutte brève et vicieuse. Matteo a désarmé l'homme, le pistolet à fléchettes gît s
L’HOMME AU MANTEAUL’entreprêt, cette fois, n’est pas le même. C’est un garage souterrain, l’air saturé d’odeurs d’huile et d’essence. L’ampoule nue éclaire la scène d’une lumière blafarde, cruelle.Les deux hommes valides tiennent leurs compagnons blessés. L’un, celui qui avait eu le couteau, trem
Amélia Le sommeil qui nous avait engloutis était lourd, profond, tissé de l’épuisement des corps et de l’apaisement des âmes. Je me réveille en premier, ramenée à la surface par la caresse d’une lumière dorée qui me chauffe les paupières.Je ne bouge pas. Je respire.Sous ma joue, la chaleur vivan
AméliaL'air du jardin est frais, chargé de l'odeur de terre mouillée et de feuilles mortes. L'entraînement. Matteo l'a présenté comme une séance de "biométrie avancée en milieu ouvert". Un mensonge pour les oreilles indiscrètes, pour les regards qui se croient cachés.Pour nous, c'est un exercice







