LOGINJe ne réponds pas, parce que les mots me manquent, parce que mon reflet dans les miroirs me coupe le souffle, parce que je vois dans cette robe blanche non pas la femme que je suis mais la femme que je pourrais devenir si j'acceptais de me laisser transformer par l'amour de Dorian, par la puissance de son nom, par le poids écrasant des siècles qui pèsent sur ses épaules et qu'il voudrait maintenant partager avec moi comme on partage un fardeau trop lourd pour être porté seul jusqu'à la fin du chemin.Et puis la porte s'ouvre, et il entre, et tout bascule.---DorianL'atelier de Madame Rosenthal est un endroit que je n'aurais jamais imaginé visiter un jour, un territoire féminin par excellence où les hommes de ma condition ne pénètrent qu'avec la pl
MiaLe salon de couture est une explosion de soie, de dentelle et de tulle, un océan de blancheur qui moutonne sur les fauteuils, s'étale sur les mannequins de bois, cascade depuis les étagères jusqu'au sol dans un froissement continu qui ressemble au murmure de centaines de femmes invisibles venues chuchoter leurs vœux de bonheur à la future mariée que je suis devenue presque sans m'en rendre compte, comme si le destin m'avait poussée doucement mais inexorablement vers cet instant précis où je me tiens debout sur une estrade circulaire, entourée de miroirs qui me renvoient mon image sous tous les angles possibles, multipliant à l'infini cette version de moi-même que je ne reconnais pas encore tout à fait, cette Mia vêtue de blanc qui ressemble à une étrangère surgie d'un conte de fées dont j'aurais oublié d'écrire la fin avant même d'en avoir commencé la première ligne.Madame Rosenthal tourne autour de moi comme un oiseau affairé, ses mains chargées d'épingles brillantes qui scintil
MiaDeux nuits plus tard, on frappe à notre porte.Le bruit est sourd, insistant. Trois coups rapides. Puis un silence. Puis trois autres.Il est tard. Dorian est dans son bureau, comme souvent ces derniers jours, à étudier des cartes, à lire des rapports, à préparer ce qui vient. Je suis dans la chambre, allongée sur le lit, un livre à la main. Mais je ne lis pas. J'écoute. J'attends.— Mia ?— Kael ?Il entre. Il a l'air grave. Son visage est pâle, plus pâle que d'habitude. Il tient sa canne si fort que ses jointures sont blanches.— Il faut que tu voies ça, dit-il.— Quoi ?— Suis-moi.Il ne m'en dit pas plus. Je me lève. Je passe une robe de chambre. Mes pieds nus sur les dalles froides. Je le suis dans le couloir. Les bougies vacillent, projetant des ombres dansantes sur les mur
MiaLes jours suivants, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre.Dans le manoir, les serviteurs me regardent différemment. Leurs yeux ne sont plus les mêmes. Il y a plus de respect, c'est vrai. Mais aussi plus de distance. Je ne suis plus seulement la protégée du seigneur, la petite humaine fragile qu'il faut protéger. Je suis sa future femme. La dame de ces lieux. Celle qui, un jour, portera peut-être son héritier.Certains s'approchent pour me féliciter. Leurs sourires sont sincères ou forcés, je ne sais pas toujours faire la différence. D'autres restent à distance, comme si j'étais devenue une étrangère. J'apprends à reconnaître les alliés des résignés. Les amis des courtisans.Gregor, lui, est aux anges. Il a sorti les bonnes bouteilles, les nappes en dentelle, la vaisselle
Le silence devient plus profond. Plus lourd. On entendrait une épingle tomber sur la pierre. Puis les regards se tournent vers Mia. Vers sa main. Vers la bague. Je vois les réactions se peindre sur les visages. La surprise. L'incompréhension. La joie, chez certains. La colère, chez d'autres.— Vous vous mariez ? dit Elena. Vous, Dorian ? Le seigneur qui a juré de ne jamais s'attacher ?Sa voix n'est pas accusatrice. Juste incrédule. Comme si elle voyait un miracle.— J'ai changé d'avis.— À cause d'elle ?— Grâce à elle.Kael sourit. Je le vois au bout de la table. Son sourire est fatigué mais sincère. Il n'y a pas d'ombre dans ses yeux. Pas de regret. Juste une joie calme, celle de quelqu'un qui a appris à lâcher prise.— Félicitations, dit-il simplement.— Merci, Kael.
Il lève les yeux vers moi. Ses yeux gris sont brillants. Non pas de larmes, il ne pleure jamais, mais de cette lumière intérieure que seuls les amoureux possèdent.— Je t'aime, dit-il.— Je sais.— Non. Tu ne sais pas. Pas vraiment. Je t'aime d'une façon qui fait mal. Qui brûle. Qui détruit tout sur son passage. Je t'aime comme on aime une fois dans sa vie. Si on a de la chance.— Alors on a de la chance.— On a de la chance.Il m'embrasse. Un baiser doux, salé par les larmes qu'il retient. Ses lèvres sont chaudes. Sa barbe rase chatouille ma peau. Je ferme les yeux. Le monde disparaît. Il n'y a plus que lui. Plus que nous.— Je veux l'annoncer à tout le monde, dit-il quand il s'écarte.— Tout le monde ?— Tous nos alliés. Tous nos proches. Tout le monde doit savoir que tu
MiaLiliana ne part pas le lendemain.Ni le surlendemain.Elle trouve des excuses. Des alliances à approfondir. Des stratégies à affiner. Des informations à partager. Chaque jour, elle repousse son départ d'une nuit, et chaque soir, elle est à la table du dîner, ses yeux noirs posés sur Dorian avec
Ses mains déchirent presque mes vêtements. Les miens font de même. Nos peaux se touchent. Nos souffles se mêlent.— Je vais te faire l'amour toute la nuit, murmure-t-il. Jusqu'à ce que tu oublies son nom. Jusqu'à ce qu'il n'y ait p
Mia— Mia.Dorian est devant moi. Je ne l'ai pas vu s'approcher.— Mia, regarde-moi.Je lève les yeux.— Tu as encore des sentiments pour elle.— Quoi ? Non.— Ne mens pas. Je l'ai vu. Dans tes yeu
MiaLa salle à manger est immense.Une table longue comme un terrain de bataille. Des chandeliers d'argent. Des murs tapissés de velours rouge. Un service en porcelaine si fin qu'on voit presque à travers.Je suis assise à la droite d







