Se connecterClaraJe passe trois jours chez Sophie, mon ancienne collègue devenue amie. Trois jours à tourner en rond dans son petit appartement du Marais, à regarder le plafond la nuit, à pleurer sous la douche, à ignorer les appels d'Alexandre, à ignorer les messages de Camille qui s'inquiète, qui veut savoir, qui me presse de questions.Le quatrième jour, une idée me traverse. Une idée simple, évidente. Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ?Maxime. Camille a parlé de Maxime l'autre jour, elle m'a dit qu'elle le croisait parfois dans des soirées professionnelles, qu'ils échangeaient des banalités autour d'un verre. Et Maxime, lui, connaît Alexandre depuis des années. Il connaît ses qualités et ses défauts, ses forces et ses faiblesses. Surt
ClaraCamille arrive chez moi à l'improviste, le visage défait, les yeux rougis. Elle n'est pas maquillée, elle porte un vieux jean et un pull informe, elle qui ne sort jamais sans être impeccable. Mon sang se glace avant même qu'elle ait ouvert la bouche.— Qu'est-ce qui se passe ?— Il faut que je te parle, Clara. C'est grave.Je la fais entrer, je la guide vers le canapé, je m'assieds près d'elle. Mes mains tremblent légèrement. Depuis l'enfance, j'ai développé une peur irrationnelle des mauvaises nouvelles. Chaque fois que quelqu'un prononce la phrase il faut que je te parle, mon cerveau imagine le pire.— C'est Alexandre, dit Camille.Mon cœur s'arrête. Au sens propre. Une fraction de seconde où plus rie
AlexandreCamille est partout.Depuis qu'elle a rencontré Clara, elle ne nous lâche plus. Déjeuners, dîners, visites improvisées, appels à toute heure du jour et de la nuit. Clara est ravie. Elle découvre la joie d'avoir une sœur, une vraie, avec qui partager confidences et fous rires. Moi, je suis plus réservé. Quelque chose dans le regard de Camille me met mal à l'aise. Une lueur, un éclat, une manière de me détailler trop longtemps.Ce soir-là, nous dînons tous les trois dans un restaurant italien près de Montmartre. Clara rayonne, elle vient de décrocher un nouveau contrat, elle parle avec passion de son projet. Camille l'écoute en hochant la tête, mais ses yeux, ses yeux dérivent sans cesse vers moi.— Alexandre est merveilleux, dit-elle soudain, coupant sa sœur en pleine phrase. Tu as
ClaraCamille débarque dans ma vie un mardi matin, sans prévenir, dans un tourbillon de rires et de parfum capiteux.Je suis dans mon bureau, penchée sur une proposition commerciale, quand la sonnerie de l'interphone retentit. La voix dans le haut-parleur est claire, enjouée, totalement étrangère.— Clara ? C'est Camille. Ta sœur. Enfin, ta demi-sœur. Je peux monter ?Je reste figée, le doigt sur le bouton, le cœur en suspens. J'avais son numéro, je comptais l'appeler, mais je repoussais sans cesse le moment. Trop de bouleversements, trop d'émotions. Et voilà qu'elle prend les devants, qu'elle force le destin.— Je... Oui. Oui, monte. Troisième étage.Je raccroche, je me regarde dans le miroir de l'entrée, je replace une mèche rebelle, je respire un grand coup. Mes mains tremblent. Ma demi-sœur.
ClaraL'adresse est à Lyon. Un quartier populaire, des immeubles délavés, des graffitis sur les murs, des paraboles aux balcons. Rien à voir avec les beaux quartiers où j'ai grandi, où ma mère adoptive m'a élevée dans un confort aseptisé.Alexandre conduit sans parler. Il respecte mon silence, ma peur, mon vertige. De temps en temps, sa main quitte le volant pour se poser sur ma cuisse, une pression brève, un contact rassurant.— Et si elle ne veut pas me voir ? je demande pour la dixième fois.— Alors on rentrera à Paris et on boira trop de champagne pour noyer notre déception.— Et si elle veut me voir mais que c'est une étrangère ? Si je ne ressens rien ? Si c'est pire qu'avant ?— Alors on rentrera à Paris et on boira trop de champagne pour célébrer le fait d'avoir essa
ClaraSix mois. Six mois pour préparer un mariage. C'est à la fois trop long et trop court.Trop long parce que chaque jour qui passe me rapproche un peu plus de la date fatidique, et que l'impatience me ronge. Trop court parce qu'il y a mille choses à organiser : le lieu, le traiteur, la robe, les fleurs, les invitations, la liste des invités qui gonfle et dégonfle au gré de nos disputes et de nos réconciliations.— Je ne veux pas de grand mariage, je répète pour la dixième fois.Nous sommes dans le salon, moi entourée de classeurs et de magazines, lui avachi sur le canapé, un verre de vin à la main. La table basse disparaît sous une avalanche de nuanciers, d'échantillons de tissu et de catalogues de traiteurs.— Tu me l'as déjà dit, répond Alexandre. Tu veux quelque chose de simple, d'intime, de so
ElenaLe métro est un ventre bruyant et anonyme. Je m’y laisse porter, adossée à la paroi froide, les écouteurs sur les oreilles mais sans musique. Le silence entre nous, celui de l’appartement, me suit. Il s’est niché dans mes os.Je ferme les yeux. Je revois son visage. Pas celui du démon, pas ce
ChloéJe marche. D’un pas vif, rageur. Les talons de mes bottes cognent le trottoir, martelant un rythme de colère. Je ne sais pas où je vais. Juste loin. Loin de cette prison de verre et d’acier. Loin de son parfum, de son ombre, de son autorité malade.Au bout de la rue, je lève la main. Un taxi,
ChloéJe le regarde, cet homme qui est à la fois mon bourreau et mon sanctuaire, mon maître et mon serviteur dans un pacte dément. Les marques sur ma peau picotent, comme pour rappeler leur présence. Leurre douloureux, délicieux, de ce qui nous lie.— Je n’ai pas envie du monde.Je me lève à mon to
Gabriel Je suis sur le seuil du bar , les doigts crispés sur le montant de la porte, et je la vois.Chloé.Elle glisse entre les tables, un plateau alchimiste équilibre sur la paume d’une main. Elle porte le uniforme du lieu , un chemisier noir, serré, une jupe courte qui souligne la longueur de s