登入Mara Sinclair a sacrifié dix ans de sa vie sur un seul nom: Damien Voss. PDG respecté en surface. Criminel intouchable en dessous. Et selon elle, l'homme qui a ordonné la mort de son père. La nuit où son dossier est enfin complet, il frappe à sa porte. Pas pour la menacer. Pas pour l'acheter. Pour lui dire que les preuves qu'elle a trouvées sont exactement celles qu'on voulait qu'elle trouve. Il lui propose quarante-huit heures. Elle dit oui parce qu'une partie d'elle sait depuis six mois que quelque chose ne tient pas. Ce qu'elle ne sait pas encore c'est que la vérité sur son père va tout détruire. Pas lui. Elle.
查看更多Point de vue : Mara
Le dossier fait quarante-sept pages. Je les connais par cœur. Chaque ligne, chaque chiffre, chaque nom. Je pourrais les réciter dans le noir, dans n'importe quel ordre, les yeux fermés et la voix stable je l'ai fait, d'ailleurs, à trois heures du matin dans ma salle de bain quand le silence de l'appartement devenait trop lourd pour rester dans le lit. Ce dossier, je l'ai incrusté dans ma chair marqué au plus profond de mon être. Ce soir je les relis quand même. Pas parce que je doute. Je ne doute plus depuis longtemps; le doute, c'est un luxe que j'ai abandonné quelque part entre mes vingt ans et mes vingt-trois ans, dans les archives du tribunal où j'ai passé des semaines à chercher quelque chose que personne d'autre ne cherchait. Non. Ce soir je relis parce que demain matin ce dossier quitte mon ordinateur, quitte mon appartement, quitte mes mains et que je veux le tenir encore une nuit. Comme on tient quelque chose qu'on a fabriqué seul et qu'on n'est pas encore tout à fait prête à lâcher parce qu'effectivement c'est le cas. Chaque bribes de phrases formés, de preuves ajoutés sont le fruit d un acharnement douloureux où j'ai dû surmonter et apprivoiser cette rage qui me consume déjà depuis très longtemps. Dix ans. Dix ans pour arriver à quarante-sept pages. Dix ans pour arriver à ces conclusions qui en même temps m'horrifie mais en même qui me conforte dans ma quête de tout détruire. Sur l'écran, le nom de Damien Voss apparaît dix-neuf fois. Je les ai comptées. Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça peut-être parce que j'avais besoin que ce soit un nombre précis, quelque chose de concret auquel raccrocher tout le reste. Dix-neuf fois. Dix-neuf occurrences d'un nom que je n'arrive toujours pas à prononcer à voix haute sans que quelque chose dans ma poitrine se resserre. Mon café est froid depuis une heure. Je ne m'en suis pas aperçue. La photo de mon père est retournée face contre le bureau, comme toujours quand je travaille. Ce n'est pas parce que ça me fait mal de le regarder ou pas seulement pour ça. C'est parce que je travaille mieux quand il n'est pas là. Quand il est là, je fais des erreurs. Des petites erreurs de jugement, des raccourcis que je ne devrais pas prendre, des conclusions trop rapides portées par quelque chose qui ressemble à de la colère mais qui est en réalité beaucoup plus vieux et beaucoup plus fatigué que ça. Ce soir je n'ai pas le droit à l'erreur. Ce soir c'est la dernière fois. Ce soir c'est l'étape ultime. Tout se jouera ce soir. Je ferme le dossier. Je l'enregistre. Je vérifie le chiffrement deux fois, comme toujours et je rédige le mail à mon rédacteur en chef, Marcus, que je n'envoie pas encore parce qu'il est minuit passé. - Certaines choses méritent d'attendre le matin, je murmure comme une notice à respecter. Demain à neuf heures il recevra quarante-sept pages et le nom de Damien Voss dix-neuf fois et dix ans de ma vie résumés en preuves propres et irréfutables. Et après ça, je ne sais pas. C'est la première fois depuis longtemps que je n'ai pas de suite dans les idées. Toujours un prochain dossier, une prochaine piste, une prochaine raison de ne pas m'arrêter. Demain pour la première fois il n'y aura plus rien devant. Juste l'espace vide laissé par quelque chose qu'on porte depuis si longtemps qu'on a oublié comment on se tient sans. Je me lève. Je porte le café froid jusqu'à l'évier et je le verse. Je rince la tasse. Soudain, je me fige;On frappe à la porte. Trois coups. Calmes. Espacés presque de façon égale, comme si cette personne voulait que ses coups traduisent un message. Je ne bouge pas. Les gens qui me connaissent ne viennent pas à minuit. Les gens qui me connaissent savent que minuit chez moi c'est sacré c'est l'heure où je travaille, où je ne réponds pas, où j'existe uniquement pour ce qui est sur mon écran. Ma voisine du dessus frappe toujours deux fois très vite quand elle a besoin de quelque chose. Marcus envoie un texto avant de tenter quoi que ce soit d'autre. Trois coups. Calmes. Personne que je connais car ils le savent tous. Je reste immobile dans ma cuisine pendant quatre secondes. Je suis mitigée entre colère et frustration - Qui ça peu bien être?! Cette personne a intérêt à en valoir la peine. J'avance jusqu'à la porte le regard assombri. Le judas est petit et la lumière du couloir est mauvaise mais c'est suffisant. C'est toujours suffisant pour voir ce qu'on a besoin de voir. Je regarde. Et juste à l'instant je decouvre l'ignoble personne; le couloir me renvoie le visage de l'homme que j'ai passé dix ans à vouloir voir détruit. Ma poitrine se resserre brusquement et des pensées dont je ne suis fière mais qui me rejouissent au plus haut si l'occasion m'est donnée de les mettre en marche m'envahissent au plus haut point. Je reste figé sur le judas Lui; il ne regarde pas. Il regarde droit devant lui, les mains dans les poches, décontracté comme quelqu'un qui attend un ascenseur. Comme si se trouver devant ma porte à minuit était la chose la plus naturelle du monde. Comme s'il avait fait ça des dizaines de fois. Comme s'il s'attendait à tout sauf à ce que je lui préparais réellement. Mon cœur fait quelque chose d'incontrôlable pendant exactement deux secondes. Puis je le reprends. Je me souviens de ce que je suis. Je me souviens de ce que j'ai dans mon ordinateur. Et je me souviens que la peur est une information, pas une instruction; mon père me l'avait dit quand j'avais douze ans et c'est la seule chose qu'il m'a apprise qui soit encore utile tous les jours. Je pose la main sur la poignée. J'ouvre. Damien Voss me regarde. Je le regarde avec tout le culot qu'il a. Il est plus grand que sur les photos. C'est toujours comme ça; les photos aplatissent les gens, les rendent gérables, leur retirent le volume qui rend les choses réelles. En vrai il prend l'encadrement de la porte d'une façon qui devrait être menaçante et qui ne l'est pas, ce qui est peut-être plus dérangeant encore. Il dit : « Bonsoir, Mara. » Pas mademoiselle Sinclair. Pas madame. Mara mon prénom dans sa bouche comme s'il le connaissait depuis longtemps, comme si on s'était déjà rencontrés quelque part et que j'avais simplement oublié. Une partie de moi veut eux l'envoyer pêtre, veut lui faire ravaler cet audace qu'il pense pouvoir actionner sur moi. Mais Je ne réponds pas. Il continue : « Je peux entrer ? » juste comme ça simplement. Mes poings se contracte, je suis à deux doigts de lui empoigner le col de sa chemise. J'ai deux verrous sur cette porte et un protocole de sécurité établi et dix ans de raisons de claquer cette porte et d'appeler le numéro d'urgence que Marcus m'a donné pour exactement ce genre de situation, cependant je m'écarte légèrement parce qu'un enchaînement de details me saisissent. Une autre partie de moi veut le voir se tenir là face à moi. Veux voir la tronche de ce type et constater à quel point il est sans-gêne, misérable. Je le laisse donc finalement entrer. Mais seul la rage dan son regard peut actuellement bien lui faire comprendre que son temps est compté. Parce qu'il est là, Parce qu'il a frappé à ma porte à minuit la nuit avant que je publie tout ce que je sais sur lui. Et parce qu'un homme qui veut faire disparaître quelque chose ne frappe pas. Il n'attend pas qu'on ouvre. Il ne dit pas bonsoir. Il veut me dire quelque chose et ça je l'ai compris en dépit de la rage que je ressens. Et après dix ans, j'ai besoin de savoir quoi afin de lui adresser la plus belle des réponses.Point de vue de Mara:Je n'ai pas dormi. Comment le pouvais-je ? Je me demande encore comment j'ai pu accepter de le suivre?J'ai fermé les yeux pendant deux heures dans un lit trop confortable pour quelqu'un qui n'avait pas prévu de passer la nuit ailleurs, et j'ai laissé mon cerveau faire ce qu'il fait quand je l'oblige à s'arrêter tourner en rond sur les mêmes points jusqu'à ce qu'ils soient lisses et inutiles à force d'être retournés.Trop propres.Deux mots. Écrits de ma propre main dans mes propres marges. Je les avais mis de côté parce que l'ensemble tenait quand même. Parce que les preuves étaient là, cohérentes, datées, vérifiables. Parce qu'un doute de marge ne démonte pas dix ans de travail.Ou c'est ce que je m'étais dit.À cinq heures quarante-cinq je suis debout. Dans une chambre qui pour moi était à l'image de tout ce que j'avais découvert concernant ce criminel. Froide et sombre. Je n'ai rien à mettre à part ce que j'avais sur le dos hier soir. je refuse d'appeler ce
Point de vue : DamienElle dit oui à quatre heures du matin. Pas avec des mots. Avec le silence qui a suivi ma question un silence précis, mesuré, le silence de quelqu'un qui a déjà pris sa décision et prend le temps qu'il faut pour ne pas avoir l'air de l'avoir prise trop vite. J'ai appris à lire ce genre de silence il y a longtemps. Avant même de savoir lire quoi que ce soit d'autre.Je l'avais su avant de frapper à sa porte.Pas parce que je la sous-estimais précisément le contraire. Je savais qu'elle dirait oui parce que Mara Sinclair est le genre de femme qui ne recule pas devant une information qu'elle n'a pas encore. Dix ans d'enquête sur un seul homme. Dix ans de rigueur absolue, de sources protégées, de nuits dans des archives que personne d'autre ne consultait. On ne construit pas ça sans une curiosité qui dépasse la vengeance. La vengeance seule rend les gens peu organisé elle, elle était précise. Méthodique. Elle voulait la vérité autant qu'elle voulait me détruire.C'es
Point de vue : MaraIl entre comme si l'appartement lui appartenait. Tout semble si facile pour lui comme ci de base il maîtrise déjà les lieux.Je reste stoïque, sur mes defenses. Et je le laisse rentrer. Il s'avance; pas de façon agressive peut-être joue-t-il sur ma psychologie. Il entre avec cette qualité particulière de présence des gens qui n'ont jamais eu besoin de conquérir un espace parce que les espaces se sont toujours arrangés autour d'eux. Je m'écarte légèrement. Je le laisse prétendre qu'il contrôle. Il regarde. Pas a la manière de ce haut criminelqu'il représente, pas avec l'œil calculateur de quelqu'un qui cherche quelque chose de précis. Il regarde comme on regarde un endroit dont on veut comprendre l'histoire.Je l'observe intensément mais en même temps avec un désintérêt qui se voulait méprisant. Je reste calme. S'il a eu le courage de venir, de chercher et de venir jusqu'à moi, sa présence n'est pas un hasard.Mon appartement n'a pas grand-chose à lui raconter.De
Point de vue : MaraLe dossier fait quarante-sept pages.Je les connais par cœur. Chaque ligne, chaque chiffre, chaque nom. Je pourrais les réciter dans le noir, dans n'importe quel ordre, les yeux fermés et la voix stable je l'ai fait, d'ailleurs, à trois heures du matin dans ma salle de bain quand le silence de l'appartement devenait trop lourd pour rester dans le lit. Ce dossier, je l'ai incrusté dans ma chair marqué au plus profond de mon être.Ce soir je les relis quand même.Pas parce que je doute. Je ne doute plus depuis longtemps; le doute, c'est un luxe que j'ai abandonné quelque part entre mes vingt ans et mes vingt-trois ans, dans les archives du tribunal où j'ai passé des semaines à chercher quelque chose que personne d'autre ne cherchait. Non. Ce soir je relis parce que demain matin ce dossier quitte mon ordinateur, quitte mon appartement, quitte mes mains et que je veux le tenir encore une nuit. Comme on tient quelque chose qu'on a fabriqué seul et qu'on n'est pas encor






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