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CHAPITRE 2: L'HOMME À MA PORTE

Author: Lucentia
last update publish date: 2026-05-07 00:39:26

Point de vue : Mara

Il entre comme si l'appartement lui appartenait. Tout semble si facile pour lui comme ci de base il maîtrise déjà les lieux.

Je reste stoïque, sur mes defenses. Et je le laisse rentrer. Il s'avance; pas de façon agressive peut-être joue-t-il sur ma psychologie. Il entre avec cette qualité particulière de présence des gens qui n'ont jamais eu besoin de conquérir un espace parce que les espaces se sont toujours arrangés autour d'eux. Je m'écarte légèrement. Je le laisse prétendre qu'il contrôle.

Il regarde. Pas a la manière de ce haut criminelqu'il représente, pas avec l'œil calculateur de quelqu'un qui cherche quelque chose de précis. Il regarde comme on regarde un endroit dont on veut comprendre l'histoire.

Je l'observe intensément mais en même temps avec un désintérêt qui se voulait méprisant.

Je reste calme. S'il a eu le courage de venir, de chercher et de venir jusqu'à moi, sa présence n'est pas un hasard.

Mon appartement n'a pas grand-chose à lui raconter.

Deux pièces. Des livres empilés sur toutes les surfaces horizontales disponibles. Une carte de New York épinglée au mur du salon avec des marqueurs de couleurs différentes dont lui seul si il regardait assez longtemps pourrait comprendre la signification. Et sur le bureau, l'écran encore allumé, le curseur clignotant sur le mail à Marcus que je n'ai pas encore envoyé.

Il s'arrête devant l'écran.

Je traverse la pièce en trois pas et je referme l'ordinateur.

- Ici n'est en rien pareil à vos entrepôts de contrebande, je dis sans flancher du regard.

Il ne dit rien. Il n'a pas l'air surpris. Il a l'air plutôt calme et c'est ça qui me dérange plus que tout le reste ce soir il a l'air de trouver ça normal. Comme si c'était la réaction attendue et qu'il l'avait déjà intégrée dans ses calculs avant de frapper à ma porte.

— Vous voulez quelque chose à boire peut-être? je demande avec un ton méprisant et distant avec un rire amer que je tenais tout de même à maîtriser.

Je ne sais pas pourquoi je dis ça sur le coup. Réflexe d'une éducation que j'ai essayé de désapprendre depuis des années. Ou peut-être que j'ai besoin d'une seconde de plus pour retrouver mes appuis. Je ne sais pas. Peut-être ma façon de me retenir jusqu'à elle qu'il crache le morceau avant de commettre le pire.

— Non, dit-il si calmement.

Un seul mot. Pas de merci. Pas d'excuse pour le dérangement. Juste non, posé dans l'air avec l'économie de quelqu'un qui n'utilise les mots que quand il n'a pas d'autre choix.

Il s'assoit dans le seul fauteuil du salon sans qu'on l'y invite. Je reste debout. C'est un choix conscient rester debout, garder la hauteur, ne pas me laisser aspirer dans la dynamique de quelqu'un qui s'installe pendant que vous flottiez.

Il me regarde. D'un regard qui se veut intense et en même temps qui inspire plein de rétention.

Gris-vert, ses yeux. Ça ne ressort pas sur les photos non plus. Sur les photos ils sont neutres, indéchiffrables, le genre d'yeux qu'on oublie parce qu'ils ne donnent rien à lire. En vrai ils font quelque chose de différent ils regardent vraiment. Pas de façon intimidante. De façon complète. Comme si regarder quelqu'un à moitié était une impolitesse qu'il se refusait.

Je n'aime pas ça. A l'intérieur je me sens comme retenue alors que mon cœur ne cris qu'une seule chose: Fais-lui la Peau sans plus tarder !

— Beau travail, dit-il brusquement en détournant son regard vers mon ordinateur.

Je ne réponds pas.

— Vraiment. Trois ans sur ce dossier spécifique, c'est juste. Les transactions offshore du Q3 2019, la chaîne de sociétés écrans jusqu'au Delaware, personne n'était allé aussi loin.

— Vous êtes venu à minuit pour me faire des compliments. Sérieux !! Ma voix se crispe

— Je suis venu à minuit parce que vous étiez sur le point de commettre une erreur irréparable.

— Publier la vérité n'est pas une erreur.

Il incline légèrement la tête. Pas pour contester pour nuancer, ce qui est différent et d'une certaine façon plus irritant. Une vive pression s'empare de moi. Je fais un pas vers l'avant prête à le confronter quand il me dit:

— Publier ce que vous croyez être la vérité, dit-il. C'est différent.

La rage arrive vite. Le calme que je maintient depuis le début se dissipe. Mes poings se serre mon regard devient plus sombre. Et dans ma tête des souveniers: des cris, des larmes sans fins et des nuits à repenser et ne vouloir que lui rendre la même douleur. Et là je l'avais en face de moi; j'arrivais en mon but.

— Vous avez commandité le meurtre de mon père, je dis. J'ai les transactions. J'ai les intermédiaires. J'ai la chaîne complète de

— Non.

Trois lettres. Calmes. Pas défensives.

— Non ? Je murmure figée. Figée par ce calme dans sa voix. Un Non qui ne se défendait pas non plus. Je lève mes yeux vers lui; ensuite mon ordi.

— Vous avez une partie de la chaîne. Celle qu'on vous a laissé trouver.

Le silence qui suit est différent des autres silences de ce soir. Celui-là a du poids. Celui-là appuie sur quelque chose que je ne veux pas qu'il touche.

— On vous a laissé trouver, je répète.

— Quelqu'un a eu intérêt à ce que votre enquête aille dans une direction précise, dit-il. Et vous êtes bonne vous êtes même très bonne mais vous avez suivi exactement le chemin qu'on avait tracé pour vous. Ce n'est pas un défaut. C'est ce qui arrive quand les preuves sont trop propres.

Je le regarde.

Il me regarde.

Et je déteste l'espace d'une seconde; une seule, que je m'empresse de refermer déteste que cette phrase fasse écho à quelque chose. Quelque chose que j'avais noté dans mes marges il y a six mois et que j'avais décidé d'ignorer parce que ça ne changeait pas le fond du dossier.

Trop propres.

J'avais écrit ça. Trop propres dans la marge du document 23. Puis j'avais tourné la page.

— Qu'est-ce que vous voulez, je dis. Concrètement.

— Quarante-huit heures.

— Non.

— Quarante-huit heures et je vous montre ce que vous n'avez pas trouvé. Ce que vous ne pouviez pas trouver parce que quelqu'un s'est assuré que vous ne le trouviez pas.

— Et si ce que vous voulez me montrer ne change rien ?

— Alors vous publiez. Je ne l'en empêche pas.

Je ris. Pas de gaieté le genre de rire qui sort quand quelque chose est tellement absurde que le corps ne sait pas comment réagir autrement.

— Vous ne m'empêcheriez pas.

— Non, dit-il simplement. Je ne vous empêcherais pas.

Et c'est là que quelque chose change dans ma lecture de la situation. Pas dans ce qu'il dit — dans la façon dont il le dit. Sans l'ombre d'une menace voilée, sans le sous-entendu que j'attendais, sans la pression que les hommes comme lui exercent généralement de mille façons différentes sans jamais poser les mains sur quoi que ce soit.

Juste la vérité posée à plat.

Il n'est pas venu pour me faire taire.

Je croise les bras. Je prends le temps qu'il me faut.

— Pourquoi vous ne faites pas simplement disparaître le dossier ?

Il ne répond pas immédiatement. C'est la première fois ce soir qu'il marque une pause avant de parler et cette pause-là est différente elle n'est pas stratégique. Elle ressemble à quelque chose qu'on cherche comment formuler honnêtement.

— Parce que vous le reconstruiriez, dit-il finalement. Et la prochaine version serait meilleure. Vous iriez plus loin. Vous creuseriez dans des endroits où vous n'êtes pas encore allée. Et à ce moment-là ce ne serait plus seulement dangereux pour moi.

Il se lève. Lentement, sans brusquerie.

— Ce serait dangereux pour vous.

Il dit ça sans dramatiser. Comme un fait. Comme une information qu'il me donne parce qu'il estime que j'y ai droit.

Je le regarde se diriger vers la porte. S'arrêter. Se retourner une dernière fois.

— Quarante-huit heures, Mara. C'est tout ce que je vous demande.

Et moi, moi qui ai dix ans de certitudes dans un ordinateur fermé à côté de moi je l'entends sortir ces deux mots et je sens quelque chose de minuscule et de dévastateur se produire quelque part sous la surface de tout ce que j'ai construit.

Je dis oui.

Pas à voix haute. Pas tout de suite. Mais dans le moment qui précède ma réponse je sais déjà que je vais dire oui. Pas parce qu'il m'y oblige. Pas parce que j'ai peur.

Parce que trop propres est écrit dans mes marges depuis six mois.

Et parce qu'une partie de moi la partie que je préfère ignorer veut regarder cet homme en face et comprendre exactement ce qu'il se passe avant de le détruire complètement.

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