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Chapitre 41

Author: Anatory
last update publish date: 2026-04-29 23:36:49

Le retour de la fête se fit dans un silence presque confortable, bercé par le ronronnement du moteur de la Jeep et le sifflement du vent qui s’engouffrait par les vitres entrouvertes. Sofia, assise à l’avant, laissait son regard vagabonder sur la route côtière illuminée par les phares sporadiques des voitures croisées, les ombres des palmiers se découpant comme des silhouettes fantomatiques contre le ciel noir. La soirée avait été un tourbillon de rires et de musique, une bulle d’oubli temporai
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  • Pedro L'ami de mon père    Chapitre 52

    Le sentier s’enfonçait dans les collines côtières comme une veine sinueuse, une entaille sombre et vivante dans la chair dorée de la terre, bordée de pins tordus par le vent marin, leurs troncs tannés et dénudés du côté de l’océan comme des vieillards qui auraient tourné le dos à la houle pour y survivre. Il y avait des buissons d’eucalyptus aussi, leurs feuilles longues et pâles bruissant dans la brise chaude de l’après-midi avec un bruit de soie qu’on froisse, dégageant cette odeur camphrée, presque médicinale, qui montait à la tête comme un alcool doux. L’air entier en était imprégné une résine poivrée mêlée à l’iode lointain de l’océan qui scintillait en contrebas, visible par intermittence à travers les trouées irrégulières de la végétation, lambeaux de lumière liquide entre les troncs sombres. Le sentier lui-même était une bête ancienne, creusée par des décennies de pluie et de passages, un ruban de terre ocre mêlée de sable venu des plages en contrebas, parsemé de cailloux poli

  • Pedro L'ami de mon père    Chapitre 51

    Elles restèrent ainsi un long moment, Sofia pleurant toutes les larmes de son corps contre l’épaule de son amie, tandis que le café autour d’elles s’animait doucement, dans l’indifférence bienheureuse du monde ordinaire.Quand les sanglots se calmèrent, Mia lui tendit une serviette en papier. « Alors, qu’est-ce que tu fais maintenant ? »Sofia se moucha, essuya son visage enflé. Elle prit enfin une gorgée de thé, froid, amer. C’était parfait.« Je vais arrêter, » dit-elle, et cette fois, sa voix avait retrouvé un semblant de fermeté, née de l’épuisement et de la honte assumée. « Je ne vais plus le regarder. Plus lui parler sauf si c’est indispensable. Je vais… me faire toute petite. Récupérer ma chambre d’amis et y rester. Jusqu’à la fin des vacances. Et puis je rentre chez moi. »Mia la regarda, scrutant la sincérité dans ses yeux rougis. « C’est un bon plan. Le seul plan, en fait. Mais ça va être dur. Tu vas craquer, tu vas vouloir le provoquer une dernière fois, pour voir. Il faut q

  • Pedro L'ami de mon père    Chapitre 50

    Le café ‘Le Rivage’ était une petite échoppe aux volets bleus délavés, des tables en bois brut sur une terrasse qui dominait la plage. A cette heure, il n’y avait que quelques habitués, des surfeurs prenant un café rapide avant de repartir, un couple de retraités lisant le journal. Mia était déjà là, installée à une table au fond, à l’abri du vent. En voyant Sofia approcher, elle ne sourit pas. Son visage ouvert et rieur était grave, ses grands yeux noirs scrutaient Sofia avec une intensité qui frôlait l’effraction. Elle avait déjà commandé : deux tasses, un thé fumant pour Sofia (elle savait qu’elle n’en voudrait pas d’autre), un latte artistique pour elle-même.Sofia se laissa tomber sur la chaise en osier, comme si ses os l’avaient lâchée. Elle ne toucha pas à sa tasse. Elle croisa les bras sur la table, puis les décroisa, incapable de trouver une position qui la fasse paraître normale.« Tu as l’air d’avoir passé la nuit dans une centrifugeuse », dit Mia doucement, sans préambule.

  • Pedro L'ami de mon père    Chapitre 49

    Le matin qui suivit l’invasion du lit, Sofia se réveilla non pas d’un sommeil, mais d’un évanouissement de l’âme. Une sensation étrange et diffuse l’habita d’abord, comme si elle flottait à quelques centimètres au-dessus de son propre corps moite, avant de retomber d’un coup sec, lourdement, dans l’enveloppe de chair qui était la sienne. Elle n’avait pas été broyée ; c’était pire. Elle se sentait vidée, évidée. Un creux profond, froid et pulsatile s’était installé au niveau de son plexus, battant comme un cœur parasite, malade de honte. Ce n’était pas une douleur, mais une absence, une négation d’elle-même.Elle resta allongée un temps infini, les yeux grands ouverts, fixant le plafond blanc où la lumière naissante du jour, filtrant à travers les persiennes, dessinait des barres d’ombre et de lumière tremblantes. Elle écoutait. La maison était plongée dans un silence de cathédrale après l’office. Un silence qu’elle percevait comme un verdict. Puis, peu à peu, les bruits familiers lui

  • Pedro L'ami de mon père    Chapitre 48

    Pedro était allongé sur le dos, un bras replié sur les yeux, comme pour se protéger même dans son sommeil. Le drap, blanc et froissé, était remonté jusqu’à sa taille. Il dormait torse nu. La lumière d’une des lames dorées glissait sur son torse, révélant une peau cuivrée par des années de soleil, luisant légèrement d’une fine pellicule de sueur malgré le ronronnement discret de la climatisation. Ses muscles, pas ceux d’un bodybuilder mais ceux d’un homme actif, d’un nageur, se soulevaient et s’abaissaient au rythme lent, paisible, de sa respiration. Une ligne sombre de poils descendait de son nombril, disparaissant sous le drap. Sofia sentit son ventre se contracter en une boule de désir douloureux. Il était beau. D’une beauté grave, usée, qui portait les stigmates des rires et des soucis. Tellement beau que ça lui faisait mal physiquement, un pincement au cœur, une oppression dans la poitrine.Elle approcha ses lèvres de son cou, effleura la peau salée d’un baiser léger comme une plu

  • Pedro L'ami de mon père    Chapitre 47

    La maison respirait encore le sommeil, un sommeil épais et doux qui semblait s’être déposé comme de la poussière sur les meubles de bois clair et les carrelages frais. Sofia descendit les escaliers sur la pointe des pieds, chaque fibre de son être tendue vers le silence. Les marches de chêne, vieilles et fidèles, chantèrent malgré tout sous son poids léger, un grincement familier qui scanda sa descente. L’aube, à travers les grandes baies vitrées du salon, était d’un bleu laiteux, strié d’or pâle à l’horizon. Il était à peine sept heures.Déjà, l’air portait l’odeur du café que Javier avait préparé avant de partir un rituel matinal qu’il n’abandonnait jamais, même en vacances, même dans cette maison de location face à l’océan. C’était une senteur riche, âpre et réconfortante, qui parlait de normalité, de routine masculine. Elle se répandait depuis la cuisine, entêtante. Sofia passa devant l’entrée, son regard balayant l’espace vide où les planches de surf avaient été alignées la veill

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