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Le silence de la salle de bain n’était brisé que par le souffle court d’Isabelle, ses yeux rivés sur les trois petits bâtonnets alignés sur le rebord du lavabo. Trois traits roses. Identiques. Aucun doute possible.
Un tremblement lui parcourut les mains avant qu’un sourire incrédule n’illumine son visage. Elle joignit ses mains contre sa poitrine, levant les yeux vers le plafond comme pour percer les nuages.
— Enfin, j’ai réussi. Nous avons réussi. Merci, mon Dieu, tu as exaucé nos prières.
Sa voix, un murmure empreint de gratitude et de triomphe, résonna dans la pièce carrelée. Avec des gestes presque rituels, elle ramassa les tests, les enveloppa soigneusement dans du papier toilette avant de les cacher au fond de la poubelle, sous d’autres déchets. Elle ne laisserait aucune trace, aucune preuve prématurée.
En sortant, une main venue se poser sur son ventre encore plat, elle murmura, pour elle seule, une promesse :
— Fini le règne des insultes et des calomnies. Je verrai maintenant qui est celle ou celui qui osera encore me pointer du doigt.
Une énergie nouvelle, électrique, la traversait. Elle attrapa son téléphone portable, son cœur battant à tout rompre. L’écran s’illumina au contact de ses doigts fébriles. Elle composa le numéro, pressant l’appareil contre son oreille.
— Bonsoir chéri, tu rentres quand à la maison ?
La voix de Clément lui répondit, un peu lointaine, bruitée par ce qui semblait être une réunion.
— Bonsoir mon amour. Je suis un peu occupé là. Rends-toi belle ce soir, j’ai une surprise pour toi. Le chauffeur viendra te récupérer à dix-neuf heures ; ne sois pas en retard.
— Vraiment ? On dirait que ce jour est vraiment bon… J’ai aussi une surprise pour toi, annonça-t-elle, incapable de contenir une pointe d’excitation dans sa voix.
— Vraiment, mon cœur ? C’est quoi ça ? demanda Clément, sa curiosité palpable même à travers la ligne.
— C’est un secret, répondit Isabelle en baissant le ton, jouant avec le suspense.
— D’accord, je viendrai la voir quand je serai à la maison. Toi, tu viens d’abord ici. Et ne traîne pas.
— D’accord, chéri. À ce soir.
— À ce soir. Bisous !
La communication coupée, Isabelle laissa échapper un petit rire nerveux et heureux. Elle s’adossa au mur, laissant la réalité l’envahir. Clément Stones. Fils héritier de la famille la plus riche et la plus puissante de la ville F. Lui, le prince, était tombé follement amoureux d’elle, Isabelle Walter, jeune fille modeste et orpheline. Un scénario de conte qui avait immédiatement attiré la foudre de son père, Marcus Stones, pour qui l’argent et la réputation primaient sur tout, surtout sur les sentiments.
Leur amour avait été leur forteresse. Si fort que Clément avait clairement fait le choix, devant son père menaçant, de renoncer à son héritage plutôt qu’à elle. Face à cette détermination inébranlable, Marcus avait dû changer de tactique. Il avait convoqué Isabelle, seul à seule, dans son bureau aux boiseries sombres.
— Isabelle, je ne sais pas ce que tu as fait à mon fils pour qu’il te choisisse à la place de son héritage. Il est prêt à tout abandonner pour toi, et je n’y peux rien… c’est son choix, avait lâché Marcus, le visage fermé, jouant l’homme impuissant.
— Si je comprends bien, vous êtes enfin d’accord pour notre union ? avait demandé Isabelle, un fol espoir au cœur.
— Pas si vite. Tu vas te marier à mon fils, mais à une seule condition.
— Laquelle ? avait-elle enchaîné, la nervosité nouant ses entrailles.
— Je vais céder la gestion de l’entreprise à mon fils dans quelques mois. Je te donne un an pour tomber enceinte. Dépasser ce délai… tu t’éloignes de mon fils.
Isabelle l’avait regardé attentivement, décelant le piège dans ses yeux froids. Un sourire narquois avait alors étiré ses lèvres.
— Sinon quoi ?
— Sinon, je serai obligé de le déshériter. C’est ce que tu veux ? Voir l’homme qui abandonne tout pour toi vivre dans la rue à cause de toi ?
Le chantage était vicieux, parfait. Il jouait sur sa culpabilité et son amour. Mais Isabelle n’était pas du genre à se laisser intimider.
— Ça n’arrivera pas. Vous savez que je ne recule devant rien… Marché conclu, beau-père.
Elle avait tendu la main, insistant lourdement sur le dernier mot, un défi silencieux dans le regard.
Pourtant, les mois avaient passé. Un an de tentatives, d’espoirs déçus chaque mois, d’angoisses grandissantes. Le délai approchait, menaçant. Finalement, Clément et Isabelle avaient décidé de consulter un médecin spécialiste, en secret.
Le cabinet était aseptisé, silencieux. Le diagnostic était tombé, lourd et brutal.
— D’après les antécédents et les plaintes que présente votre femme, elle souffre d’une insuffisance ovarienne secondaire, et c’est à une phase très avancée, avait expliqué le médecin, le visage grave.
— Expliquez-nous correctement, docteur, je ne comprends rien ! avait insisté Clément, la voix empreinte d’une anxiété grandissante.
— D’accord, je vous explique. Ceci peut être causé par une alimentation déséquilibrée et la prise de certains médicaments toxiques. Dites-moi, madame, est-ce que vous êtes sous traitement à long terme, ou avez-vous pris certains médicaments pendant une longue durée ces six derniers mois ?
Isabelle et Clément s’étaient regardés, un même vertige les saisissant.
— Oui, docteur, elle prend des vitamines depuis un certain temps, avait finalement répondu Clément.
— Quelles vitamines ?
— Je ne sais pas. C’est ma mère qui me les a données. Elle a dit que ça l’aiderait dans certains… trucs de femme, je ne comprends pas trop.
Il avait alors sorti de son sac à elle un petit flacon de pilules et l’avait tendu au médecin.
— Tenez, regardez par vous-même.
Le médecin avait observé les comprimés attentivement, son front se plissant.
— Par mesure de prudence, arrêtez de les consommer, madame. Ces pilules affaiblissent le fonctionnement ovarien. Et si la consommation avait continué, la production des follicules ovariens serait anéantie à jamais.
À ces mots, un frisson glaçant avait parcouru l’échine d’Isabelle. Comme par réflexe, elle avait agrippé le bras de Clément, ses doigts s’enfonçant dans la laine de son pull. Clément, bouleversé, lui avait tapoté doucement la main, un geste automatique de réconfort malgré la tempête en lui.
— Docteur, dites-nous… Quelle est la chance pour elle de concevoir, en matière de pourcentage ? avait-il demandé, la gorge serrée.
— Je pourrais dire 20%, pour le moment, monsieur Stones. Les produits qu’elle prenait détruisaient ses ovaires, ce qui explique la fatigue et la fragilité qu’elle ressent. Je vais vous donner une prescription qu’elle doit suivre à la lettre. Elle doit bien s’alimenter et éviter les stresses. Ces facteurs pourront augmenter ses chances de concevoir.
Ils étaient sortis du cabinet, l’ordonnance à la main comme une planche de salut fragile. Pendant tout le trajet de retour, Isabelle était restée silencieuse, le regard vide, fixant le paysage urbain qui défilait. Seules ses larmes, silencieuses et continues, trahissaient le désarroi et la colère qui submergeaient son âme.
Dans le hall de leur résidence, Clément l’avait prise dans ses bras, sa voix tremblante de rage contenue.
— Si j’avais su que maman serait de mèche avec mon père, je n’aurais jamais pris ces pilules. Elle va m’expliquer ce qu’elle mijote.
— Non, ne fais pas ça.
— Pourquoi ? avait-il demandé, perplexe.
— Ne le fais pas. Si tu la confrontes, et qu’elle est en connivence avec ton père, ils changeront de méthodes pour nous nuire. Laissons-les croire que je continue à prendre ces pilules.
Elle avait prononcé ces mots avec une froide détermination, une lueur de défi remplaçant la tristesse dans ses yeux.
— D’accord, avait conclu Clément, comprenant la stratégie. Jouons le jeu.
Leur consultation était restée secrète. Depuis six mois maintenant, Isabelle s’était débarrassée des pilules empoisonnées. Six mois à faire profil bas, à sourire aux dîners familiaux tendus, à encaisser les remarques acerbes de sa belle-mère, à jouer le jeu de ses beaux-parents. Six mois à protéger son cœur et son corps de toute émotion négative, à suivre religieusement son traitement, à prendre soin d’elle comme jamais.
Et aujourd’hui, les trois traits roses sur les tests de grossesse étaient les fruits éclatants de sa persévérance. Sa revanche silencieuse commençait.
Elle était enceinte.
Les invités murmuraient ; certains étaient heureux pour eux, tandis que d'autres semblaient mécontents, comme c'était le cas de la jeune fille et sa mère.— Je te l'avais dit, maman, Cassandra va épouser Clément, chuchota la jeune fille, dépitée.— C'est bien triste pour la petite Isabelle. Elle vient à peine de nous quitter, et son fiancé envisage déjà de se remarier, répondit sa mère en secouant la tête.Clément, à l'écoute des propos de son père depuis le côté de la scène, ne pouvait s'empêcher d'esquisser un sourire moqueur en direction de Marcus. Cassandra, dissimulée dans les coulisses, affichait un sourire radieux, écoutant chaque mot avec délectation.— J'aimerais que mon fils ainsi que ma future belle-fille me rejoignent sur scène, annonça Marcus en tendant le bras.Clément jeta un regard complice à Derrick avant de rejoindre son père, un sourire parfaitement maîtrisé sur les lèvres. Cassandra, soutenue par sa mère, s'avança avec grâce. Clément se montra courtois, lui adressa
Sous l'ordre de Marcus, des invitations avaient été envoyées à toutes les familles fortunées de la ville. L'événement fut organisé dans le grand salon de la famille Evans, un espace majestueux capable d'accueillir des centaines d'invités. Le jour de la fête, Clément s'y rendit accompagné de Derrick, bien en avance. Il sortit de la voiture, ajusta sa veste et pénétra dans le grand salon où une équipe de décorateurs s'affairait encore à placer les dernières touches. Il traversa la pièce sans un regard pour le travail en cours et se dirigea vers la chambre de ses parents.Marielle était assise devant son miroir, occupée à se coiffer, lorsqu'elle entendit frapper à la porte.— Entrez !Clément ouvrit la porte et entra silencieusement. Il se plaça derrière sa mère, croisant son regard dans le reflet du miroir.— Bonjour, ma chère maman.— Bonjour, mon fils. Tu es très élégant ce soir, le complimenta-t-elle en tournant légèrement la tête pour mieux l'admirer.— Toi aussi, tu es aussi belle
Ethan soupçonnait que ces deux-là avaient quelque chose de louche, sinon Rachelle ne l'aurait pas forcé à rentrer. Lorsqu'ils s'éloignèrent un peu, il s'arrêta brusquement.— Dis-moi ce qui se passe, Rachelle.— Je te le dirai, mais avant ça, promets-moi de ne pas te mettre en colère.— Et pourquoi je ne me mettrais pas en colère ? Cette femme t'a fait du mal intentionnellement !— Je sais, mais tu dois me le promettre si tu veux entendre quoi que ce soit, insista-t-elle.— D'accord, je te le promets.— C'est de cette femme que tu voulais faire ta femme ?— C'est ma mère qui le voulait, pas moi.— Tu ne l'aimais pas ?— Je viens de te dire que c'est ma mère qui forçait les choses entre nous. Elle n'a jamais été mon choix.— Ça tombe bien, alors… Je viens de les surprendre en train de s'embrasser. Mark doit être son amant. Peut-être qu'ils avaient une très forte liaison.La colère d'Ethan commença à monter, mais comme il avait promis, il la réprima tant bien que mal.— Pourquoi dis-tu
Mark fixait Isabelle durant tout l'appel, un sourire discret aux lèvres.— C'était qui ? demanda-t-il lorsqu'elle raccrocha.— C'était Ethan. Il voulait prendre de mes nouvelles.— Ton frère est si protecteur avec toi. A-t-il toujours été ainsi ?— Oui, répondit-elle simplement, le regard perdu au loin.— Est-ce que tu te sens à l'aise en ma compagnie ?— Oui, merci. Je ne sais même pas quand remonte la dernière fois où j'ai fréquenté un endroit pareil avant mon accident.Mark se pencha légèrement vers elle, un sourire en coin.— Si ma compagnie te plaît, je pourrais rester à tes côtés pour toujours. Qu'en penses-tu ?— Qu'est-ce que tu veux dire par là ? demanda Isabelle, méfiante.— Rachelle, tu me plais depuis la première fois où je t'ai rencontrée. Et je voudrais essayer quelque chose de sérieux avec toi, dit-il en prenant ses mains.Isabelle retira ses mains d'un geste vif et se leva, le visage fermé.— Est-ce que tu te moques de moi, Mark ?— Pas du tout, Rachelle. C'est ce que
Clément s'habilla rapidement et quitta sa chambre. Il descendait les escaliers lorsqu'il entendit la voix de Cassandra tonner contre Derrick, furieuse et autoritaire. Dès qu'elle l'aperçut, elle accourut vers lui, le visage soudainement radouci.— Mon Clément ! Est-ce que tu vas bien ?— Oui, je vais bien, répondit-il froidement. Qu'est-ce que tu cherches chez moi à cette heure ? Et pourquoi fais-tu tout ce bruit ?— Tu m'as dit que tu ne te sentais pas bien, et je n'ai pas pu m'empêcher de m'inquiéter pour toi, expliqua-t-elle d'une voix mielleuse. Mais ton garde du corps m'empêchait de te rejoindre dans ta chambre.Elle pensait qu'en disant cela, Clément se retournerait contre Derrick. Au contraire, il s'assit sur le canapé, la laissant debout, et répondit d'un ton détaché :— Il n'a fait que suivre les instructions. Si tu m'avais prévenu de ta venue, je l'aurais informé bien avant.Sa froideur contrastait avec la complicité qu'elle avait cru percevoir deux jours plus tôt. Cassandra
Clément et Derrick prenaient le dîner tranquillement, l'un assis en face de l'autre. D'habitude, Derrick ne manquait jamais de faire des commentaires, mais ce soir-là, il était étrangement calme, le regard fixé sur son assiette. Ce silence finit par agacer Clément.— Peux-tu arrêter de faire cette tête ? Ce n'est pas une idiote de femme qui va te mettre dans cet état, lança-t-il en coupant un morceau de viande.Derrick ne répondit pas et continua de manger, imperturbable. Clément haussa les épaules et le laissa tranquille.Soudain, son téléphone posé sur la table se mit à sonner. L'écran affichait le nom de son père : Marcus. Clément devina immédiatement la raison de cet appel et, sans un mot, il ignora la sonnerie. Derrick, qui l'observait du coin de l'œil, déposa sa fourchette et le regarda fixement.— Veux-tu qu'il me gronde à son tour comme un chien ? demanda-t-il d'une voix sarcastique.— Pourquoi tu t'emportes pour une si petite affaire ? Je lui répondrai plus tard. Je ne veux p







