LOGINPour Isabelle, ce jour devait être le plus beau. Mais il est devenu le pire, celui qui a basculé son monde. La trahison de son fiancé a brisé son cœur alors qu’il venait à peine de lui jurer un amour éternel. Cette blessure fut si profonde qu’elle faillit l’emporter, la contraignant à disparaître, à changer d’identité et à vivre loin de tout, même de son bien-aimé Clément. Quatre ans plus tard, celle qui se fait désormais appeler Rachelle revient, animée par une seule obsession : se venger de celui qui est responsable de son sort. Mais son plan prend une tournure inattendue dès son retour lorsqu’elle croise le chemin de Clément. À sa stupéfaction, il la reconnaît instantanément, refusant de croire à sa nouvelle vie. « Même si tu reviens avec une autre identité, je sais que tu m’aimes toujours », dit Clément d’un ton amusé en la serrant fort dans ses bras. « Lâchez-moi, monsieur. Je m’appelle Rachelle, et non Isabelle », rétorque-t-elle, furieuse, en essayant de se dégager. « Je t’ai toujours mieux connue que toi-même. Que ces quelques années loin de moi ne te trompent pas : tu es mon Isabelle, l’amour de ma vie », insiste-t-il en resserrant son étreinte. « Plus jamais je ne te laisserai partir. Tu es à moi, et à moi seul. » Tiraillée entre sa soif de vengeance et les sentiments tumultueux que sa présence réveille, Rachelle/Isabelle se retrouve à un carrefour. Parviendra-t-elle à mener à bien sa revanche, ou l’emprise persistante de Clément et le passé qu’ils ont partagé auront-ils raison de sa colère ? Son retour marquera-t-il la fin de leur histoire d’amour, ou le début d’un nouveau chapitre, forgé dans le pardon ou la destruction ?
View MoreLe silence de la salle de bain n’était brisé que par le souffle court d’Isabelle, ses yeux rivés sur les trois petits bâtonnets alignés sur le rebord du lavabo. Trois traits roses. Identiques. Aucun doute possible.
Un tremblement lui parcourut les mains avant qu’un sourire incrédule n’illumine son visage. Elle joignit ses mains contre sa poitrine, levant les yeux vers le plafond comme pour percer les nuages.
— Enfin, j’ai réussi. Nous avons réussi. Merci, mon Dieu, tu as exaucé nos prières.
Sa voix, un murmure empreint de gratitude et de triomphe, résonna dans la pièce carrelée. Avec des gestes presque rituels, elle ramassa les tests, les enveloppa soigneusement dans du papier toilette avant de les cacher au fond de la poubelle, sous d’autres déchets. Elle ne laisserait aucune trace, aucune preuve prématurée.
En sortant, une main venue se poser sur son ventre encore plat, elle murmura, pour elle seule, une promesse :
— Fini le règne des insultes et des calomnies. Je verrai maintenant qui est celle ou celui qui osera encore me pointer du doigt.
Une énergie nouvelle, électrique, la traversait. Elle attrapa son téléphone portable, son cœur battant à tout rompre. L’écran s’illumina au contact de ses doigts fébriles. Elle composa le numéro, pressant l’appareil contre son oreille.
— Bonsoir chéri, tu rentres quand à la maison ?
La voix de Clément lui répondit, un peu lointaine, bruitée par ce qui semblait être une réunion.
— Bonsoir mon amour. Je suis un peu occupé là. Rends-toi belle ce soir, j’ai une surprise pour toi. Le chauffeur viendra te récupérer à dix-neuf heures ; ne sois pas en retard.
— Vraiment ? On dirait que ce jour est vraiment bon… J’ai aussi une surprise pour toi, annonça-t-elle, incapable de contenir une pointe d’excitation dans sa voix.
— Vraiment, mon cœur ? C’est quoi ça ? demanda Clément, sa curiosité palpable même à travers la ligne.
— C’est un secret, répondit Isabelle en baissant le ton, jouant avec le suspense.
— D’accord, je viendrai la voir quand je serai à la maison. Toi, tu viens d’abord ici. Et ne traîne pas.
— D’accord, chéri. À ce soir.
— À ce soir. Bisous !
La communication coupée, Isabelle laissa échapper un petit rire nerveux et heureux. Elle s’adossa au mur, laissant la réalité l’envahir. Clément Stones. Fils héritier de la famille la plus riche et la plus puissante de la ville F. Lui, le prince, était tombé follement amoureux d’elle, Isabelle Walter, jeune fille modeste et orpheline. Un scénario de conte qui avait immédiatement attiré la foudre de son père, Marcus Stones, pour qui l’argent et la réputation primaient sur tout, surtout sur les sentiments.
Leur amour avait été leur forteresse. Si fort que Clément avait clairement fait le choix, devant son père menaçant, de renoncer à son héritage plutôt qu’à elle. Face à cette détermination inébranlable, Marcus avait dû changer de tactique. Il avait convoqué Isabelle, seul à seule, dans son bureau aux boiseries sombres.
— Isabelle, je ne sais pas ce que tu as fait à mon fils pour qu’il te choisisse à la place de son héritage. Il est prêt à tout abandonner pour toi, et je n’y peux rien… c’est son choix, avait lâché Marcus, le visage fermé, jouant l’homme impuissant.
— Si je comprends bien, vous êtes enfin d’accord pour notre union ? avait demandé Isabelle, un fol espoir au cœur.
— Pas si vite. Tu vas te marier à mon fils, mais à une seule condition.
— Laquelle ? avait-elle enchaîné, la nervosité nouant ses entrailles.
— Je vais céder la gestion de l’entreprise à mon fils dans quelques mois. Je te donne un an pour tomber enceinte. Dépasser ce délai… tu t’éloignes de mon fils.
Isabelle l’avait regardé attentivement, décelant le piège dans ses yeux froids. Un sourire narquois avait alors étiré ses lèvres.
— Sinon quoi ?
— Sinon, je serai obligé de le déshériter. C’est ce que tu veux ? Voir l’homme qui abandonne tout pour toi vivre dans la rue à cause de toi ?
Le chantage était vicieux, parfait. Il jouait sur sa culpabilité et son amour. Mais Isabelle n’était pas du genre à se laisser intimider.
— Ça n’arrivera pas. Vous savez que je ne recule devant rien… Marché conclu, beau-père.
Elle avait tendu la main, insistant lourdement sur le dernier mot, un défi silencieux dans le regard.
Pourtant, les mois avaient passé. Un an de tentatives, d’espoirs déçus chaque mois, d’angoisses grandissantes. Le délai approchait, menaçant. Finalement, Clément et Isabelle avaient décidé de consulter un médecin spécialiste, en secret.
Le cabinet était aseptisé, silencieux. Le diagnostic était tombé, lourd et brutal.
— D’après les antécédents et les plaintes que présente votre femme, elle souffre d’une insuffisance ovarienne secondaire, et c’est à une phase très avancée, avait expliqué le médecin, le visage grave.
— Expliquez-nous correctement, docteur, je ne comprends rien ! avait insisté Clément, la voix empreinte d’une anxiété grandissante.
— D’accord, je vous explique. Ceci peut être causé par une alimentation déséquilibrée et la prise de certains médicaments toxiques. Dites-moi, madame, est-ce que vous êtes sous traitement à long terme, ou avez-vous pris certains médicaments pendant une longue durée ces six derniers mois ?
Isabelle et Clément s’étaient regardés, un même vertige les saisissant.
— Oui, docteur, elle prend des vitamines depuis un certain temps, avait finalement répondu Clément.
— Quelles vitamines ?
— Je ne sais pas. C’est ma mère qui me les a données. Elle a dit que ça l’aiderait dans certains… trucs de femme, je ne comprends pas trop.
Il avait alors sorti de son sac à elle un petit flacon de pilules et l’avait tendu au médecin.
— Tenez, regardez par vous-même.
Le médecin avait observé les comprimés attentivement, son front se plissant.
— Par mesure de prudence, arrêtez de les consommer, madame. Ces pilules affaiblissent le fonctionnement ovarien. Et si la consommation avait continué, la production des follicules ovariens serait anéantie à jamais.
À ces mots, un frisson glaçant avait parcouru l’échine d’Isabelle. Comme par réflexe, elle avait agrippé le bras de Clément, ses doigts s’enfonçant dans la laine de son pull. Clément, bouleversé, lui avait tapoté doucement la main, un geste automatique de réconfort malgré la tempête en lui.
— Docteur, dites-nous… Quelle est la chance pour elle de concevoir, en matière de pourcentage ? avait-il demandé, la gorge serrée.
— Je pourrais dire 20%, pour le moment, monsieur Stones. Les produits qu’elle prenait détruisaient ses ovaires, ce qui explique la fatigue et la fragilité qu’elle ressent. Je vais vous donner une prescription qu’elle doit suivre à la lettre. Elle doit bien s’alimenter et éviter les stresses. Ces facteurs pourront augmenter ses chances de concevoir.
Ils étaient sortis du cabinet, l’ordonnance à la main comme une planche de salut fragile. Pendant tout le trajet de retour, Isabelle était restée silencieuse, le regard vide, fixant le paysage urbain qui défilait. Seules ses larmes, silencieuses et continues, trahissaient le désarroi et la colère qui submergeaient son âme.
Dans le hall de leur résidence, Clément l’avait prise dans ses bras, sa voix tremblante de rage contenue.
— Si j’avais su que maman serait de mèche avec mon père, je n’aurais jamais pris ces pilules. Elle va m’expliquer ce qu’elle mijote.
— Non, ne fais pas ça.
— Pourquoi ? avait-il demandé, perplexe.
— Ne le fais pas. Si tu la confrontes, et qu’elle est en connivence avec ton père, ils changeront de méthodes pour nous nuire. Laissons-les croire que je continue à prendre ces pilules.
Elle avait prononcé ces mots avec une froide détermination, une lueur de défi remplaçant la tristesse dans ses yeux.
— D’accord, avait conclu Clément, comprenant la stratégie. Jouons le jeu.
Leur consultation était restée secrète. Depuis six mois maintenant, Isabelle s’était débarrassée des pilules empoisonnées. Six mois à faire profil bas, à sourire aux dîners familiaux tendus, à encaisser les remarques acerbes de sa belle-mère, à jouer le jeu de ses beaux-parents. Six mois à protéger son cœur et son corps de toute émotion négative, à suivre religieusement son traitement, à prendre soin d’elle comme jamais.
Et aujourd’hui, les trois traits roses sur les tests de grossesse étaient les fruits éclatants de sa persévérance. Sa revanche silencieuse commençait.
Elle était enceinte.
Lorsque M. Field retourna au salon, il trouva son chauffeur et homme de confiance, Bruce, prêt à partir, bagages en main.— Monsieur, tout est prêt. Le vol est dans deux heures.— Annule ce voyage, Bruce. Il faut que nous trouvions des papiers pour Rachelle. Nous partirons avec elle.Bruce, un homme loyal mais pragmatique, leva un sourcil sceptique.— Monsieur… vous ne la connaissez pas. Partir avec une inconnue, et enceinte de surcroît… Que va dire Madame Field quand elle la verra ?— Je ne sais pas ce qui m’arrive, Bruce, avoua M. Field, le regard lointain. Depuis que je l’ai vue… quelque chose se passe dans mon cœur. Une urgence, une nécessité de la protéger que je n’arrive pas à expliquer.— Quoi ? Elle est enceinte, monsieur. Ne me dites pas que vous… êtes attiré par elle ? balbutia Bruce, mal à l’aise.— Loin de là ! coupa sèchement M. Field. Ce sentiment… il me rappelle celui que j’éprouve quand Ethan, mon fils, est en difficulté. C’est un sentiment paternel, Bruce. Je me sens
Isabelle marchait sans but dans les rues désertes, le corps brisé par la fatigue et la peur. Les bas de l’uniforme d’hôpital étaient déchirés, ses pieds nus couverts de poussière et d’égratignures saignaient. Chaque pas était une torture. Elle s’effondra finalement sous un arbre maigre, près du trottoir, incapable d’aller plus loin.— Mon Dieu, aidez-moi… Ils ne peuvent pas tuer mon enfant… C’est le seul espoir qui me reste… Aidez-nous, je vous en supplie…Sa prière murmurée se perdit dans le silence de la nuit. Le froid, la douleur et l’épuisement eurent raison d’elle. Elle s’allongea sur le sol dur, inconsciente, à peine protégée par l’ombre des branches.---Quelque temps plus tard, les phares d’une voiture de luxe balayèrent la route. À l’intérieur, le chauffeur, attentif, repéra une forme allongée sur le bas-côté.— Monsieur, je crois qu’il y a quelqu’un… là, sur le trottoir.L’homme à l’arrière, M. Field, un entrepreneur à la réputation solide mais au passé discret, leva les yeu
Le soir tombait sur l’hôpital, drapant les couloirs d’une lumière blafarde et inquiétante. Mia, le cœur battant la chamade et les mains moites, se faufila comme une ombre jusqu’à la chambre privée d’Isabelle. La peur et la culpabilité lui tordaient les entrailles. Elle trouva la jeune femme allongée, les yeux clos, semblant profondément endormie sous la lueur bleutée du moniteur.Trop perturbée par l’acte qu’elle s’apprêtait à commettre, Mia ne remarqua pas les détails : les appareils principaux avaient été débranchés depuis le réveil de la patiente, seul un moniteur de base restait allumé. Elle tremblait de tous ses membres, des larmes silencieuses coulant sur ses joues.— Vous allez m’excuser, madame… Je… je tiens aussi à ma vie, murmura-t-elle d’une voix brisée, se penchant près du lit. Cette Cassandra… elle est folle. Elle me tuera, elle le fera, si je ne fais pas ce qu’elle veut.Isabelle, en réalité, était éveillée. Elle avait entendu la porte s’ouvrir en douceur et avait gardé
L’après-midi était calme et ensoleillé dans la vaste demeure des Stones. Marcus reçut son vieil ami et associé, Devis Wilson, dans son bureau aux boiseries sombres. À en juger par leurs sourires satisfaits et l’air détendu qu’ils affichaient, la réunion se déroulait sous les meilleurs auspices.— Maintenant que ton fils est… occupé par son deuil et qu’il rend la vie difficile à ma fille au bureau, quelle est la prochaine étape ? demanda Devis en sirotant un cognac.— Ne t’inquiète pas, je t’ai donné ma parole, répondit Marcus, confiant. Plus aucun obstacle ne se dresse sur notre chemin maintenant qu’Isabelle est en enfer. C’est une question de patience. Dis à Cassandra de supporter le plus longtemps possible le caractère de mon fils. La proximité finira par faire son œuvre.— Ma fille souffre, Marcus. Elle n’a pas une pierre à la place du cœur. Tu dois aussi faire un effort pour convaincre Clément. Il faut qu’il l’épouse, et vite.— Pas tout de suite. Il me soupçonne déjà d’être impli
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