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Chapitre 2

Penulis: Léo
last update Terakhir Diperbarui: 2026-01-23 14:49:30

La sortie de la douche avait laissé sur sa peau une légère buée et dans son cœur, un bonheur tiède et fragile. Isabelle s’enveloppa dans un peignoir, un sourire encore aux lèvres. C’est alors qu’une notification, stridente et froide, trancha le silence de la chambre.

Elle saisit son téléphone. Le sourire se figea, se craquela, puis disparut. La couleur déserta son visage. Elle resta là, pétrifiée, les yeux rivés à l’écran lumineux, pendant de longues minutes qui n’en firent qu’une. Ses pupilles étaient dilatées par l’horreur, sa bouche entrouverte sur un cri muet. Un tremblement, né du plus profond de sa colère et de son effroi, la parcourut des pieds à la tête.

Bzzz. Une autre notification. Le son la fit sursauter, la sortant de sa torpeur hagarde.

— Non… j’hallucine, murmura-t-elle d’une voix blanche.

Elle secoua la tête avec force, comme pour chasser une vision, et ferma les yeux très fort. C’est un rêve. Un cauchemar. Je vais me réveiller.

Mais lorsqu’elle rouvrit les paupières, les images étaient toujours là, brutales, indéniables, s’affichant avec une cruelle netteté.

— Non, Clément… Ça ne doit pas être toi. Tu ne peux pas me faire ça… Non !!!

Le cri jaillit enfin, mêlé à un sanglot rauque. Les larmes, qu’elle avait retenues par la seule force de la stupeur, se libérèrent en un torrent brûlant. Elle s’effondra sur le lit, le corps secoué de sanglots, une main cherchant instinctivement son ventre encore plat, comme pour protéger le secret qu’il abritait de cette violence.

Puis, au cœur de la tempête, une voix intérieure, rauque et déterminée, se fit entendre.

— Tu es une lionne, Isabelle. Arrête de pleurer.

Les sanglots s’apaisèrent, étouffés. Elle se redressa lentement, essuyant ses joues du revers de la main. Son regard, noyé il y a un instant, avait durci.

— Je dois te voir de mes propres yeux… L’entendre de ta propre bouche que tu me trompes, Clément. T’entendre me dire que tu ne veux plus de moi.

L’action remplaça l’abattement. Elle se dirigea d’un pas vif vers la garde-robe, en sortit une robe qu’elle enfila mécaniquement, chaussa des sandales, attrapa son sac et son téléphone, cet objet qui venait de briser son monde, et quitta la maison.

La voiture de service et le chauffeur attendaient, comme prévu.

— Bonsoir, madame. Veuillez monter, s’il vous plaît, suggéra le chauffeur en lui ouvrant la portière arrière.

— Plus la peine. Ce sera pour un autre jour. Prenez votre soirée.

— Mais… monsieur m’a ordonné de vous déposer.

— Le plan a changé, coupa-t-elle d’une voix qui n’admettait aucune réplique. Donnez-moi les clés. Je dois me rendre quelque part.

— D’accord, madame. Soyez prudente.

— Merci.

Elle s’installa au volant, démarra d’un geste sec. La voiture s’élança dans la nuit. Dans sa tête, c’était un tourbillon de pensées contradictoires, de scénarios catastrophes, de dénégations désespérées.

— Que ferais-je si ça s’avère être vrai ?… Non, ce n’est pas lui. Ce n’est pas mon Clément. Il ne me ferait jamais ça. Et surtout pas aujourd’hui…

Elle essuya une nouvelle larme d’un geste rageur. L’adresse, reçue avec les photos, était gravée dans son esprit. Elle roulait trop vite, traversa deux feux rouges sans même s’en apercevoir, poussée par une urgence viscérale. Elle mit seulement vingt minutes à atteindre l’hôtel de luxe en périphérie.

— Comme c’est ironique. Et ça ne doit pas être une coïncidence… Mais qui est celui qui m’a envoyé ces photos et cette adresse ?

Le cœur battant à tout rompre, elle se dirigea d’un pas décidé vers la suite privée indiquée. La porte n’était pas verrouillée. Elle l’ouvrit.

Le choc la frappa de plein fouet.

La chambre était somptueuse, baignée d’une lumière tamisée, et joliment décorée de roses rouges qui parfumaient l’air d’un lourd parfum romantique. Des vêtements d’homme étaient éparpillés avec négligence sur un canapé en velours. Elle s’approcha, toucha l’étoffe d’une veste. Ses doigts reconnurent la texture, la coupe.

— Ce sont tes habits, Clément. J’en suis sûre.

Le murmure se perdit dans le silence oppressant. Elle s’avança vers le lit immense. Et là, sous la même couette de soie, elle les vit. Son fiancé, nu, endormi ou assoupi, une femme blonde blottie contre lui.

Tout l’espoir ténu qu’elle avait transporté jusque-là s’éteignit d’un coup, remplacé par une douleur si aiguë qu’elle en eut le souffle coupé. Les larmes jaillirent à nouveau, silencieuses, brûlantes.

— Donc… c’est la surprise que tu m’avais réservée ce soir, Clément ? Tu voulais me montrer de quoi tu es capable ? Non… Tu n’es pas un lâche pour me le faire savoir de cette façon. Non, je ne le croirai pas tant que tu ne le dis pas de ta propre bouche.

La voix lui manquait. Elle recula, incapable de supporter ce spectacle une seconde de plus. Elle quitta la pièce en claquant la porte derrière elle, le bruit sec résonnant comme un coup de feu dans le couloir désert.

Dans la suite, au bruit de la porte, la femme blonde se redressa. Un sourire satisfait, presque cruel, étira ses lèvres. Elle attrapa son téléphone sur la table de nuit et pianota un message rapide.

« Tout est fait, madame. Elle vient de sortir. »

La réponse fut presque immédiate.

« Bon boulot. Une autre surprise l’attend ici dehors. Viens prendre le reste [de l’argent] et ne te montres plus jamais devant moi. »

La voix au téléphone était celle de Cassandra Wilson, froide et impérieuse.

— D’accord, madame. Merci beaucoup, chuchota la jeune femme avant de raccrocher.

De son côté, dans le bureau de la villa des Stones, Cassandra ravalait sa fureur. Ses yeux brillaient d’un éclat dur.

— Il ne sera jamais à toi, Isabelle. Si je ne peux pas l’avoir, toi non plus.

Cassandra Wilson, fille unique des Wilson. Sa famille et celle des Stones étaient liées par une amitié de plusieurs générations. Son père, Davis Wilson, et Marcus Stones avaient scellé un arrangement marital entre leurs deux enfants alors qu’ils étaient encore au berceau, pour consolider leurs liens et leurs empires financiers.

Mais Clément Stones avait toujours été un oiseau libre. Cet arrangement, à ses yeux, ne le concernait pas. Il ne se marierait qu’avec la fille qu’il aimait.

Cassandra, elle, n’était pas du même avis. Elle aimait Clément de tout son cœur, avec la certitude arrogante de celle qui pense son dû. Un amour exclusif et possessif, que la présence d’Isabelle rendait fou de jalousie.

---

Isabelle, dans le parking souterrain de l’hôtel, monta dans la voiture en tremblant. Les sanglots la reprirent, secs et déchirants.

— Je ne pensais pas que tu tomberais si bas, Clément… Si tu étais un homme, tu m’aurais dit en face que tu ne me voulais plus. Pas comme un lâche…

Elle tourna la clé de contact. Le moteur rugit.

— Aujourd’hui, je viens de relever ton défi, beau-père. Si c’est encore toi qui joues à ce jeu insensé avec moi… Saches que je ne te laisserai jamais tranquille.

Le souvenir de leur dernière confrontation, quelques jours plus tôt, lui revint en mémoire avec une clarté douloureuse. Marcus Stones l’avait convoquée dans son bureau. Il l’avait harcelée, comme à son habitude.

— Ça fait un an maintenant que nous avons passé un accord, toi et moi. Et jusque-là, je ne vois rien du tout. Dis-moi, es-tu si incapable ? Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais déjà des petits-fils bavardant partout dans cette villa. Mais elle est déserte, dépourvue des bruits d’enfants, parce que la fille que mon fils aime est stérile. Ma patience arrive à sa limite. Donc, apprête-toi à faire tes valises.

— Même pas dans vos rêves les plus fous. Jamais de la vie vous ne nous séparerez !

— Tu en es sûre ? avait-il rétorqué d’un ton ironique et méprisant. Dans ce cas, fais-moi des petits-enfants.

— Beau-père, comment voudriez-vous que je vous donne un petit-fils avec toute la pression que vous me mettez ? En plus, je ne suis pas stérile, comme vous le dites. Ma chance de concevoir augmente petit à petit. C’est juste une question de temps.

— Je ne suis pas ton beau-père, jeune fille ! avait-il alors hurlé, frappant son bureau du poing. Ce n’est pas parce que Clément tient à toi que tu vas me parler de cette façon ! Que ce privilège ne t’emporte pas au point d’oublier qui tu es et d’où tu viens. Tu n’es qu’une pauvre minable, et il suffit juste d’un coup de fil pour te retrouver dans la rue, car tu n’as nulle part où aller. Je peux faire n’importe quoi… je dis bien n’importe quoi, pour le bien et la prospérité de ma famille. Alors reconnais ta place quand tu me parles !

Ses paroles résonnaient encore à ses oreilles alors qu’elle sortait du parking, filant dans la nuit, son ventre abritant désormais à la fois un nouveau secret… et un nouveau motif de guerre.

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