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Chapitre 5

Author: Léo
last update publish date: 2026-01-23 14:51:06

Marielle et Marcus montèrent à la chambre de leur fils, un plateau léger à la main. Ils le trouvèrent endormi, son corps épuisé enroulé dans les draps froissés. Dans sa main, serrée contre sa poitrine, une photo d’Isabelle, prise un jour de soleil sur la plage.

— J’ai mal au cœur en voyant mon fils dans cet état, Marcus, murmura Marielle, la voix tremblante. Que peut-on faire pour l’aider ?

— Mets sa nourriture sur la table et laisse-le se reposer. Attendons le résultat de l’enquête du commissariat, répondit Marcus d’une voix plus basse que d’habitude.

Il fit une pause, contourna le lit, et posa une main sur le front moite de Clément. Un geste rare, presque maladroit.

— Pardonne-moi, mon fils, murmura-t-il, assez fort pour que Marielle l’entende. D’une part, c’est de ma faute. J’ai freiné ton bonheur, ta liberté de vivre avec celle que tu aimes. S’il te plaît, fiston, pardonne ton idiot de père.

Marielle le regarda, émue par ce semblant de vulnérabilité.

— Allons, ne dis pas ça. Et ne pense pas que tu es un mauvais père. Tu as toujours été un super papa et un super mari. Ne pensons pas au pire. Tout ira bien. Rentre à la maison maintenant, je reste pour le surveiller et m’assurer qu’il mange dès qu’il se réveillera.

— D’accord. Prends soin de lui.

Marcus se pencha, déposa un baiser rapide sur les cheveux de sa femme, puis quitta la chambre. En bas, il retrouva Erica, silencieuse, et ils quittèrent la maison ensemble.

---

Tôt le lendemain matin, Marielle revint doucement dans la chambre. Clément dormait encore, le visage moins crispé mais empreint d’une profonde lassitude.

— Mon amour… réveille-toi et va te doucher. Ton petit déjeuner est prêt.

Dans son demi-sommeil, Clément grogna, tournant la tête vers l’oreiller.

— Chérie, laisse-moi dormir encore un peu. Je suis le patron de mon département, personne ne peut me renvoyer pour un petit retard.

Les mots, destinés à Isabelle, transpercèrent le cœur de Marielle. Il me prend pour elle, se dit-elle, une douleur intense lui tordant l’estomac. Elle retint ses larmes, prit une grande inspiration.

— D’accord, mon amour. Mais pas plus de dix minutes.

— Hein ? Qu’est-ce qui t’arrive aujourd’hui ? Tu n’insistes pas ? demanda Clément en se redressant, les yeux encore embués de sommeil.

La vision de sa mère debout au pied du lit, les yeux brillants de larmes contenues, le fit sursauter.

— Maman ! s’exclama-t-il, pleinement conscient. Je suis désolé, je ne savais pas que tu étais là. Qu’est-ce que tu fais chez moi de si bonne heure ?

— J’ai passé la nuit dans la chambre d’amis. Je voulais m’assurer que tu ailles bien.

— Il ne fallait pas, maman. Je vais bien.

— Non, mon fils, dit-elle en s’approchant et s’asseyant au bord du lit. Tu ne vas pas bien. Mais tu dois être fort pour surmonter tout ça. Ne laisse pas la tristesse te dominer. Je prie pour qu’Isabelle aille bien, où qu’elle soit.

Elle l’attira contre elle dans une étreinte maternelle. Clément s’y blottit un instant, puis se dégagea avec un étrange sourire.

— Elle va bien, maman. Ne t’inquiète pas pour elle.

— Quoi ? Tu lui as parlé ? Elle va bien ? Elle a dit où elle était ? Les questions jaillirent de Marielle, portées par un espoir soudain.

— Elle me l’a dit cette nuit… en rêve. Elle m’a dit qu’elle allait bien et qu’elle reviendra.

L’excitation de Marielle retomba aussi vite qu’elle était montée, remplacée par une tristesse profonde. Elle ouvrit la bouche pour dire que ce n’était qu’un rêve, mais le sourire fragile, presque enfantin, qui illuminait le visage de son fils, la fit se taire. Elle ne pouvait briser ce dernier rempart.

— Oui, fiston. Elle reviendra. Maintenant, lève-toi et prends un bain avant de descendre.

— D’accord, maman. J’arrive.

---

En bas, Marielle dressait la table du petit-déjeuner quand Clarisse fit une entrée précipitée dans la maison. Elle trouva Derrick dans le salon, le visage grave.

— Bonjour, madame. Bonjour, Derrick. Qu’est-ce qui se passe au juste ? Je n’arrive pas à joindre Isabelle. Où est-elle ?

— La police poursuit l’enquête. Nous n’avons pas encore de nouvelles, expliqua Derrick.

— La police ? C’est grave à ce point ?

— Oui. C’est délicat. Ça fait plus de vingt-quatre heures qu’elle n’a pas donné signe de vie.

— Toute cette histoire me rend folle d’inquiétude. Où est Clément ? Que s’est-il réellement passé ?

— Il descend d’un moment à l’autre, répondit Marielle.

Comme si elle l’avait évoqué, Clément apparut en haut de l’escalier. Il descendit, les traits tirés mais le regard un peu plus clair.

— Bonjour, Clarisse. La situation n’est pas encore réglée, l’enquête continue. Nous avons eu un… malentendu, et elle est partie. Si tu as la moindre idée d’où elle pourrait être, préviens-moi tout de suite.

— Je n’y manquerai pas. Compte sur moi. Bon, je vous laisse, je vais continuer à me renseigner auprès d’autres amis.

— Tu peux rester pour le petit-déjeuner, il y en a assez pour tout le monde, proposa Marielle.

— Merci beaucoup, madame, mais je suis pleine. Je dois y aller. Et… tenez-moi au courant.

— D’accord, dit Clément.

Après son départ, un silence pesant s’installa. Les trois personnes restantes prirent un petit-déjeuner morne, chaque bouchée avalée avec difficulté.

---

Une autre demi-journée s’écoula. Toujours aucune nouvelle.

À près de deux cents kilomètres de la ville F, dans une petite ville tranquille, Isabelle était allongée dans un lit d’hôpital modeste. Son corps était couvert de bandages, de bleus et de coupures. Des fils de suture traversaient son front. Sous les sédatifs, son visage était d’une pâleur inquiétante, mais son souffle, bien que faible, était régulier.

— C’est vraiment un miracle qu’elle ait survécu à un tel accident, commenta le docteur Jérémie en étudiant ses dernières radios. Personne ne sort vivant d’une chute pareille.

— C’est un miracle, en effet, répondit l’infirmière Mia, ajustant la perfusion. Et surtout, le fait que sa grossesse ne semble avoir subi aucune menace…

— À ce propos, veillez à ce que la surveillance soit particulièrement rigoureuse. Nous ne voulons aucune complication.

— D’accord, docteur.

— Et autre chose… D’après les témoignages des pêcheurs qui l’ont sortie de l’eau, sa voiture a été percutée du haut de la route avant de dégringoler. Cela ressemble fort à un suicide… orchestré. Je dirais que sa vie est encore en danger. Une surveillance discrète mais constante de notre part pourrait la protéger de ses ennemis, jusqu’à ce qu’elle reprenne conscience.

---

Pendant ce temps, les hommes de main de Cassandra avaient ratissé les abords de l’accident sans succès. La disparition du corps les plongeait dans la confusion et la rage.

---

Dans l’après-midi, Clément, poussé par une impulsion désespérée, fouillait dans le dressing d’Isabelle. Il passait ses doigts sur ses robes, ouvrait ses tiroirs à bijoux, espérant trouver un indice, un mot, un rendez-vous noté… quelque chose.

Derrick l’interrompit, le visage tendu.

— Clément… le lieutenant Raphaël vient d’appeler.

— Réponds et mets le haut-parleur, ordonna Clément sans se retourner, continuant à chercher.

Derrick obéit. La voix professionnelle du lieutenant résonna dans la pièce silencieuse.

— Monsieur Stones ? Un accident de circulation grave a été signalé hier soir sur l’autoroute A4, non loin de la sortie de la ville F. Il serait préférable que vous veniez au commissariat pour… clarifier certains éléments.

Les mots glacèrent l’air. Clément se figea, puis se tourna lentement.

— Où est ma femme, lieutenant ? demanda-t-il d’une voix qui se voulait ferme mais qui tremblait.

Il s’empara du téléphone des mains de Derrick.

— Dis-moi, lieutenant ! Est-ce que ma femme va bien ? FINIT-IL PAR CRIER, la panique éclatant dans sa voix.

— Monsieur Stones, je vous répète : venez au commissariat. Nous vous attendons.

La ligne fut coupée. Le silence qui suivit fut plus assourdissant que le cri.

Le téléphone glissa des doigts de Clément et tomba sur le tapis avec un bruit sourd. Il vacilla, le souffle coupé, la réalité de ce qui n’était plus une simple disparition mais peut-être une tragédie le frappant de plein fouet. Il ne trouva pas la force de résister à la vague de noirceur qui montait en lui. Ses jambes cédèrent, et il s’effondra lourdement sur le lit défait, le visage enfoui dans une robe d’Isabelle qui gardait encore un faible parfum de son shampooing.

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