Share

Chapitre 4

Author: Léo
last update Last Updated: 2026-01-23 14:50:36

Cette fois, je n’ai pas été assez vigilant. J’ai baissé la garde, croyant qu’il voulait être seul avec madame. Je suis vraiment désolé. La pensée tourna en boucle dans l’esprit de Derrick, rongé par la culpabilité. Soudain, une idée lui vint.

— Elle ne serait pas chez une de ses amies ? suggéra-t-il, tentant d’insuffler un peu d’espoir.

— Attends, je l’appelle, dit Clément en composant fiévreusement un numéro.

— Allô, Clarisse ?

— Il n’est pas encore l’heure, pourquoi me déranger ? grogna une voix ensommeillée.

— Je suis désolé. Je voulais juste savoir si Isabelle a passé la nuit chez toi.

— Pourquoi est-ce qu’elle ferait ça ? Ta maison a brûlé ? plaisanta Clarisse, bâillant à moitié.

— Je ne plaisante pas, Clarisse.

L’intonation de Clément fit taire la jeune femme. On entendit un froissement de drap.

— Attends… Non, elle n’est pas ici. Il y a un problème ?

— C’est… juste un malentendu. Tiens-moi au courant si elle vient te voir.

— D’accord.

Clément raccrocha, le visage plus sombre encore. L’espoir naissant s’était éteint aussi vite.

— Elle n’est pas chez elle.

— Appelle alors ton père, insista Derrick. Peut-être qu’elle s’y est rendue hier soir, après votre dispute ?

Clément serra les mâchoires. L’idée lui répugnait, mais il devait éliminer toutes les pistes. Il composa le numéro de Marcus. La sonnerie retentit longuement avant qu’une voix rauque et contrariée ne réponde.

— Qu’y a-t-il de si urgent pour me déranger à cette heure ? Tu n’as pas une femme qui t’occupe en ce moment ?

— Quelque chose de grave s’est passé, papa. Je suis dans le pétrin. Isabelle s’est-elle rendue à la villa dans la soirée d’hier ? Ou lui as-tu dit quoi que ce soit qui pourrait l’avoir contrariée ?

— Pourquoi ferais-je cela ? Et n’oublie pas que je t’ai donné mon accord pour lui faire ta demande. Dis-moi, fiston, ça ne s’est pas bien déroulé, ta surprise ?

— Il n’y a pas eu de surprise, papa. Quelqu’un m’a piégé. Je te préviens, si seulement tu es derrière tout ça… Oublie que tu as un fils.

Il raccrocha brutalement, coupant la parole à son père.

---

Dans la chambre de la villa Stones, Marielle, la mère de Clément, s’était réveillée au son de la conversation. Elle se tourna vers son mari, qui venait de reposer le combiné, le visage impassible.

— Es-tu innocent, cette fois ? demanda-t-elle, les yeux scrutateurs.

— Je ne sais pas de quoi tu parles.

— Bien sûr que tu le sais. Tu ne cesses d’importuner mes enfants.

— Cette fois, j’étais sincère dans ma décision. Isabelle peut être impulsive, mais elle est très sage. Notre dernière conversation… m’a donné une prise de conscience.

— Si tu le dis. Mais je ne te fais pas confiance. Prions simplement que tout aille bien dans leur vie.

Marcus regarda sa femme un instant sans répondre, puis se tourna et ferma les yeux, feignant de se rendormir.

---

De retour chez lui, Clément scruta chaque ombre, espérant contre toute attente voir Isabelle apparaître. Les heures s’étirèrent, lentes et torturantes. Quand midi sonna sans la moindre nouvelle, il décida de prendre les choses en main.

— Je vais la chercher. Je vais fouiller tous les endroits où elle pourrait être.

Il sillonna la ville jusqu’au crépuscule, visitant leurs cafés préférés, le parc où ils se promenaient, la bibliothèque qu’elle affectionnait. Rien. Un vide immense s’installait en lui, plus effrayant à chaque lieu déserté.

— Clément, rentre te reposer. Tu n’as rien mangé de toute la journée, le supplia Derrick en le retrouvant devant le parc, le regard hagard.

— Tu t’entends parler ? Comment veux-tu que je me repose sans savoir où se trouve ma femme ? Si tu as faim, va remplir ton estomac et laisse-moi continuer ma quête !

— Tu ne vois pas qu’il serait mieux de signaler sa disparition à la police ?

Les mots de Derrick firent écho à sa propre impuissance. Clément ferma les yeux, épuisé.

— D’accord. Roule jusqu’au commissariat.

---

Au commissariat, l’atmosphère était bureaucratique et froide. Le lieutenant Raphaël, un homme d’une quarantaine d’années au regard attentif, les écouta.

— Depuis combien de temps constatez-vous sa disparition, et que s’est-il passé ?

— Depuis hier soir. Nous avons eu un… malentendu. Je croyais la retrouver à la maison, mais non. J’ai cherché toute la journée dans tous les endroits où elle pourrait être. Elle n’est nulle part.

— Ne vous inquiétez pas, monsieur Stones. Dites-nous tout ce qui s’est réellement passé, et toutes les personnes avec qui elle a pu être en désaccord ces derniers temps. Mon équipe et moi allons nous en charger. Tenez-nous au courant de toute nouvelle information, et nous vous appellerons dès que nous aurons du nouveau.

— D’accord, lieutenant.

Clément fournit une version édulcorée des événements, omettant les détails trop intimes ou compromettants pour la réputation familiale. Une lourde fatigue l’écrasait lorsqu’il quitta le commissariat, une étrange impression que les murs institutionnels ne pourraient rien contre l’ombre qui s’était abattue sur sa vie.

---

En arrivant chez lui, il trouva sa famille réunie dans le salon. L’anxiété se lisait sur le visage de sa mère.

— Comment s’est passé ta recherche, mon chéri ? Où est Isabelle ?

— Rien. Je l’ai cherchée toute la journée. Si je ne la trouve pas… Je crois que je vais devenir fou.

— Tu ne peux pas parler ainsi ! s’exclama Marcus, se levant de son fauteuil. Comment veux-tu devenir fou juste pour une femme ? N’y pense même pas. Isabelle reviendra saine et sauve.

La condescendance dans la voix de son père fit exploser la colère retenue de Clément.

— Qu’est-ce que tu en sais, toi ? Tu ne sais rien de l’amour ! Il n’y a que l’argent et la réputation qui te tiennent à cœur. Qu’est-ce qui ne dit pas que tu es derrière tout ça ?

— Cette fois, je n’y suis pour rien ! Je t’ai même donné mon accord pour l’épouser !

— Une minute ! Pourquoi m’avoir donné ton accord seulement maintenant ? D’après ce que je sais, tu voulais d’abord qu’elle tombe enceinte, et ce n’était pas le cas. Qu’est-ce qui a changé si soudainement, hein ? Plus d’une année qu’elle essayait de te faire plaisir et tu n’as jamais changé d’avis ! Qu’est-ce que tu prépares sous ta manche, dis-moi !

Le visage de Marcus vira au pourpre, mais il se força à rester calme.

— Écoute-moi, fiston. Tu dois te calmer. C’est vrai que je n’ai jamais apprécié Isabelle, mais notre dernière conversation m’a fait réaliser qui elle était vraiment. Et je ne lui souhaiterais jamais de mal.

— Tu voudrais qu’on fasse subir à Erica les choses ignobles que tu as infligées à Isabelle ? Tu n’es pas humain ! Et je te déteste, papa.

Les mots, chargés de tout le ressentiment accumulé, tombèrent comme des couteaux dans le silence du salon. Erica, la sœur cadette de Clément, observait la scène, les yeux écarquillés.

— Calme-toi et écoute ton père, mon fils, supplia Marielle, les larmes aux yeux. Pour cette fois, donne-lui le bénéfice du doute. Je t’assure, il n’a rien fait. Monte te reposer, je t’amène ton plat préféré.

Épuisé, vidé par l’émotion, Clément tourna les talons et monta l’escalier d’un pas lourd, laissant derrière lui un salon tendu à craquer.

---

Profitant du tumulte, Erica se faufila hors du salon et se réfugia dans une chambre d’amis, verrouillant la porte derrière elle. Le sourire qu’elle avait contenu éclata sur son visage. Elle sortit un téléphone jetable de sa poche et composa un numéro mémorisé.

— Je ne savais pas que tu étais efficace à ce point. Bien joué, ma belle. Et assure-toi de la finir pour de bon. Pas d’erreur. D’accord… On se retrouve dans deux jours pour fêter ça. À présent, fais semblant et ne m’appelle pas tant que je ne l’ai pas encore fait.

Elle raccrocha, un rire cynique étouffé lui échappant. Ses yeux brillaient d’une joie mauvaise.

— Isabelle… ma pauvre Isabelle. Tu te croyais vraiment intouchable ? Mais cette fois, la chance est de mon côté. Repose en paix, ma future belle-sœur.

Elle effaça l’historiel de l’appareil, le rangea, et retrouva son masque de jeune fille innocente avant de regagner le salon, où la tension familiale planait toujours, lourde et menaçante.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Plus jamais, tu ne partiras   Chapitre 44

    Les invités murmuraient ; certains étaient heureux pour eux, tandis que d'autres semblaient mécontents, comme c'était le cas de la jeune fille et sa mère.— Je te l'avais dit, maman, Cassandra va épouser Clément, chuchota la jeune fille, dépitée.— C'est bien triste pour la petite Isabelle. Elle vient à peine de nous quitter, et son fiancé envisage déjà de se remarier, répondit sa mère en secouant la tête.Clément, à l'écoute des propos de son père depuis le côté de la scène, ne pouvait s'empêcher d'esquisser un sourire moqueur en direction de Marcus. Cassandra, dissimulée dans les coulisses, affichait un sourire radieux, écoutant chaque mot avec délectation.— J'aimerais que mon fils ainsi que ma future belle-fille me rejoignent sur scène, annonça Marcus en tendant le bras.Clément jeta un regard complice à Derrick avant de rejoindre son père, un sourire parfaitement maîtrisé sur les lèvres. Cassandra, soutenue par sa mère, s'avança avec grâce. Clément se montra courtois, lui adressa

  • Plus jamais, tu ne partiras   Chapitre 43

    Sous l'ordre de Marcus, des invitations avaient été envoyées à toutes les familles fortunées de la ville. L'événement fut organisé dans le grand salon de la famille Evans, un espace majestueux capable d'accueillir des centaines d'invités. Le jour de la fête, Clément s'y rendit accompagné de Derrick, bien en avance. Il sortit de la voiture, ajusta sa veste et pénétra dans le grand salon où une équipe de décorateurs s'affairait encore à placer les dernières touches. Il traversa la pièce sans un regard pour le travail en cours et se dirigea vers la chambre de ses parents.Marielle était assise devant son miroir, occupée à se coiffer, lorsqu'elle entendit frapper à la porte.— Entrez !Clément ouvrit la porte et entra silencieusement. Il se plaça derrière sa mère, croisant son regard dans le reflet du miroir.— Bonjour, ma chère maman.— Bonjour, mon fils. Tu es très élégant ce soir, le complimenta-t-elle en tournant légèrement la tête pour mieux l'admirer.— Toi aussi, tu es aussi belle

  • Plus jamais, tu ne partiras   Chapitre 42

    Ethan soupçonnait que ces deux-là avaient quelque chose de louche, sinon Rachelle ne l'aurait pas forcé à rentrer. Lorsqu'ils s'éloignèrent un peu, il s'arrêta brusquement.— Dis-moi ce qui se passe, Rachelle.— Je te le dirai, mais avant ça, promets-moi de ne pas te mettre en colère.— Et pourquoi je ne me mettrais pas en colère ? Cette femme t'a fait du mal intentionnellement !— Je sais, mais tu dois me le promettre si tu veux entendre quoi que ce soit, insista-t-elle.— D'accord, je te le promets.— C'est de cette femme que tu voulais faire ta femme ?— C'est ma mère qui le voulait, pas moi.— Tu ne l'aimais pas ?— Je viens de te dire que c'est ma mère qui forçait les choses entre nous. Elle n'a jamais été mon choix.— Ça tombe bien, alors… Je viens de les surprendre en train de s'embrasser. Mark doit être son amant. Peut-être qu'ils avaient une très forte liaison.La colère d'Ethan commença à monter, mais comme il avait promis, il la réprima tant bien que mal.— Pourquoi dis-tu

  • Plus jamais, tu ne partiras   Chapitre 41

    Mark fixait Isabelle durant tout l'appel, un sourire discret aux lèvres.— C'était qui ? demanda-t-il lorsqu'elle raccrocha.— C'était Ethan. Il voulait prendre de mes nouvelles.— Ton frère est si protecteur avec toi. A-t-il toujours été ainsi ?— Oui, répondit-elle simplement, le regard perdu au loin.— Est-ce que tu te sens à l'aise en ma compagnie ?— Oui, merci. Je ne sais même pas quand remonte la dernière fois où j'ai fréquenté un endroit pareil avant mon accident.Mark se pencha légèrement vers elle, un sourire en coin.— Si ma compagnie te plaît, je pourrais rester à tes côtés pour toujours. Qu'en penses-tu ?— Qu'est-ce que tu veux dire par là ? demanda Isabelle, méfiante.— Rachelle, tu me plais depuis la première fois où je t'ai rencontrée. Et je voudrais essayer quelque chose de sérieux avec toi, dit-il en prenant ses mains.Isabelle retira ses mains d'un geste vif et se leva, le visage fermé.— Est-ce que tu te moques de moi, Mark ?— Pas du tout, Rachelle. C'est ce que

  • Plus jamais, tu ne partiras   Chapitre 40

    Clément s'habilla rapidement et quitta sa chambre. Il descendait les escaliers lorsqu'il entendit la voix de Cassandra tonner contre Derrick, furieuse et autoritaire. Dès qu'elle l'aperçut, elle accourut vers lui, le visage soudainement radouci.— Mon Clément ! Est-ce que tu vas bien ?— Oui, je vais bien, répondit-il froidement. Qu'est-ce que tu cherches chez moi à cette heure ? Et pourquoi fais-tu tout ce bruit ?— Tu m'as dit que tu ne te sentais pas bien, et je n'ai pas pu m'empêcher de m'inquiéter pour toi, expliqua-t-elle d'une voix mielleuse. Mais ton garde du corps m'empêchait de te rejoindre dans ta chambre.Elle pensait qu'en disant cela, Clément se retournerait contre Derrick. Au contraire, il s'assit sur le canapé, la laissant debout, et répondit d'un ton détaché :— Il n'a fait que suivre les instructions. Si tu m'avais prévenu de ta venue, je l'aurais informé bien avant.Sa froideur contrastait avec la complicité qu'elle avait cru percevoir deux jours plus tôt. Cassandra

  • Plus jamais, tu ne partiras   Chapitre 39

    Clément et Derrick prenaient le dîner tranquillement, l'un assis en face de l'autre. D'habitude, Derrick ne manquait jamais de faire des commentaires, mais ce soir-là, il était étrangement calme, le regard fixé sur son assiette. Ce silence finit par agacer Clément.— Peux-tu arrêter de faire cette tête ? Ce n'est pas une idiote de femme qui va te mettre dans cet état, lança-t-il en coupant un morceau de viande.Derrick ne répondit pas et continua de manger, imperturbable. Clément haussa les épaules et le laissa tranquille.Soudain, son téléphone posé sur la table se mit à sonner. L'écran affichait le nom de son père : Marcus. Clément devina immédiatement la raison de cet appel et, sans un mot, il ignora la sonnerie. Derrick, qui l'observait du coin de l'œil, déposa sa fourchette et le regarda fixement.— Veux-tu qu'il me gronde à son tour comme un chien ? demanda-t-il d'une voix sarcastique.— Pourquoi tu t'emportes pour une si petite affaire ? Je lui répondrai plus tard. Je ne veux p

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status