LOGINCette fois, je n’ai pas été assez vigilant. J’ai baissé la garde, croyant qu’il voulait être seul avec madame. Je suis vraiment désolé. La pensée tourna en boucle dans l’esprit de Derrick, rongé par la culpabilité. Soudain, une idée lui vint.
— Elle ne serait pas chez une de ses amies ? suggéra-t-il, tentant d’insuffler un peu d’espoir.
— Attends, je l’appelle, dit Clément en composant fiévreusement un numéro.
— Allô, Clarisse ?
— Il n’est pas encore l’heure, pourquoi me déranger ? grogna une voix ensommeillée.
— Je suis désolé. Je voulais juste savoir si Isabelle a passé la nuit chez toi.
— Pourquoi est-ce qu’elle ferait ça ? Ta maison a brûlé ? plaisanta Clarisse, bâillant à moitié.
— Je ne plaisante pas, Clarisse.
L’intonation de Clément fit taire la jeune femme. On entendit un froissement de drap.
— Attends… Non, elle n’est pas ici. Il y a un problème ?
— C’est… juste un malentendu. Tiens-moi au courant si elle vient te voir.
— D’accord.
Clément raccrocha, le visage plus sombre encore. L’espoir naissant s’était éteint aussi vite.
— Elle n’est pas chez elle.
— Appelle alors ton père, insista Derrick. Peut-être qu’elle s’y est rendue hier soir, après votre dispute ?
Clément serra les mâchoires. L’idée lui répugnait, mais il devait éliminer toutes les pistes. Il composa le numéro de Marcus. La sonnerie retentit longuement avant qu’une voix rauque et contrariée ne réponde.
— Qu’y a-t-il de si urgent pour me déranger à cette heure ? Tu n’as pas une femme qui t’occupe en ce moment ?
— Quelque chose de grave s’est passé, papa. Je suis dans le pétrin. Isabelle s’est-elle rendue à la villa dans la soirée d’hier ? Ou lui as-tu dit quoi que ce soit qui pourrait l’avoir contrariée ?
— Pourquoi ferais-je cela ? Et n’oublie pas que je t’ai donné mon accord pour lui faire ta demande. Dis-moi, fiston, ça ne s’est pas bien déroulé, ta surprise ?
— Il n’y a pas eu de surprise, papa. Quelqu’un m’a piégé. Je te préviens, si seulement tu es derrière tout ça… Oublie que tu as un fils.
Il raccrocha brutalement, coupant la parole à son père.
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Dans la chambre de la villa Stones, Marielle, la mère de Clément, s’était réveillée au son de la conversation. Elle se tourna vers son mari, qui venait de reposer le combiné, le visage impassible.
— Es-tu innocent, cette fois ? demanda-t-elle, les yeux scrutateurs.
— Je ne sais pas de quoi tu parles.
— Bien sûr que tu le sais. Tu ne cesses d’importuner mes enfants.
— Cette fois, j’étais sincère dans ma décision. Isabelle peut être impulsive, mais elle est très sage. Notre dernière conversation… m’a donné une prise de conscience.
— Si tu le dis. Mais je ne te fais pas confiance. Prions simplement que tout aille bien dans leur vie.
Marcus regarda sa femme un instant sans répondre, puis se tourna et ferma les yeux, feignant de se rendormir.
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De retour chez lui, Clément scruta chaque ombre, espérant contre toute attente voir Isabelle apparaître. Les heures s’étirèrent, lentes et torturantes. Quand midi sonna sans la moindre nouvelle, il décida de prendre les choses en main.
— Je vais la chercher. Je vais fouiller tous les endroits où elle pourrait être.
Il sillonna la ville jusqu’au crépuscule, visitant leurs cafés préférés, le parc où ils se promenaient, la bibliothèque qu’elle affectionnait. Rien. Un vide immense s’installait en lui, plus effrayant à chaque lieu déserté.
— Clément, rentre te reposer. Tu n’as rien mangé de toute la journée, le supplia Derrick en le retrouvant devant le parc, le regard hagard.
— Tu t’entends parler ? Comment veux-tu que je me repose sans savoir où se trouve ma femme ? Si tu as faim, va remplir ton estomac et laisse-moi continuer ma quête !
— Tu ne vois pas qu’il serait mieux de signaler sa disparition à la police ?
Les mots de Derrick firent écho à sa propre impuissance. Clément ferma les yeux, épuisé.
— D’accord. Roule jusqu’au commissariat.
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Au commissariat, l’atmosphère était bureaucratique et froide. Le lieutenant Raphaël, un homme d’une quarantaine d’années au regard attentif, les écouta.
— Depuis combien de temps constatez-vous sa disparition, et que s’est-il passé ?
— Depuis hier soir. Nous avons eu un… malentendu. Je croyais la retrouver à la maison, mais non. J’ai cherché toute la journée dans tous les endroits où elle pourrait être. Elle n’est nulle part.
— Ne vous inquiétez pas, monsieur Stones. Dites-nous tout ce qui s’est réellement passé, et toutes les personnes avec qui elle a pu être en désaccord ces derniers temps. Mon équipe et moi allons nous en charger. Tenez-nous au courant de toute nouvelle information, et nous vous appellerons dès que nous aurons du nouveau.
— D’accord, lieutenant.
Clément fournit une version édulcorée des événements, omettant les détails trop intimes ou compromettants pour la réputation familiale. Une lourde fatigue l’écrasait lorsqu’il quitta le commissariat, une étrange impression que les murs institutionnels ne pourraient rien contre l’ombre qui s’était abattue sur sa vie.
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En arrivant chez lui, il trouva sa famille réunie dans le salon. L’anxiété se lisait sur le visage de sa mère.
— Comment s’est passé ta recherche, mon chéri ? Où est Isabelle ?
— Rien. Je l’ai cherchée toute la journée. Si je ne la trouve pas… Je crois que je vais devenir fou.
— Tu ne peux pas parler ainsi ! s’exclama Marcus, se levant de son fauteuil. Comment veux-tu devenir fou juste pour une femme ? N’y pense même pas. Isabelle reviendra saine et sauve.
La condescendance dans la voix de son père fit exploser la colère retenue de Clément.
— Qu’est-ce que tu en sais, toi ? Tu ne sais rien de l’amour ! Il n’y a que l’argent et la réputation qui te tiennent à cœur. Qu’est-ce qui ne dit pas que tu es derrière tout ça ?
— Cette fois, je n’y suis pour rien ! Je t’ai même donné mon accord pour l’épouser !
— Une minute ! Pourquoi m’avoir donné ton accord seulement maintenant ? D’après ce que je sais, tu voulais d’abord qu’elle tombe enceinte, et ce n’était pas le cas. Qu’est-ce qui a changé si soudainement, hein ? Plus d’une année qu’elle essayait de te faire plaisir et tu n’as jamais changé d’avis ! Qu’est-ce que tu prépares sous ta manche, dis-moi !
Le visage de Marcus vira au pourpre, mais il se força à rester calme.
— Écoute-moi, fiston. Tu dois te calmer. C’est vrai que je n’ai jamais apprécié Isabelle, mais notre dernière conversation m’a fait réaliser qui elle était vraiment. Et je ne lui souhaiterais jamais de mal.
— Tu voudrais qu’on fasse subir à Erica les choses ignobles que tu as infligées à Isabelle ? Tu n’es pas humain ! Et je te déteste, papa.
Les mots, chargés de tout le ressentiment accumulé, tombèrent comme des couteaux dans le silence du salon. Erica, la sœur cadette de Clément, observait la scène, les yeux écarquillés.
— Calme-toi et écoute ton père, mon fils, supplia Marielle, les larmes aux yeux. Pour cette fois, donne-lui le bénéfice du doute. Je t’assure, il n’a rien fait. Monte te reposer, je t’amène ton plat préféré.
Épuisé, vidé par l’émotion, Clément tourna les talons et monta l’escalier d’un pas lourd, laissant derrière lui un salon tendu à craquer.
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Profitant du tumulte, Erica se faufila hors du salon et se réfugia dans une chambre d’amis, verrouillant la porte derrière elle. Le sourire qu’elle avait contenu éclata sur son visage. Elle sortit un téléphone jetable de sa poche et composa un numéro mémorisé.
— Je ne savais pas que tu étais efficace à ce point. Bien joué, ma belle. Et assure-toi de la finir pour de bon. Pas d’erreur. D’accord… On se retrouve dans deux jours pour fêter ça. À présent, fais semblant et ne m’appelle pas tant que je ne l’ai pas encore fait.
Elle raccrocha, un rire cynique étouffé lui échappant. Ses yeux brillaient d’une joie mauvaise.
— Isabelle… ma pauvre Isabelle. Tu te croyais vraiment intouchable ? Mais cette fois, la chance est de mon côté. Repose en paix, ma future belle-sœur.
Elle effaça l’historiel de l’appareil, le rangea, et retrouva son masque de jeune fille innocente avant de regagner le salon, où la tension familiale planait toujours, lourde et menaçante.
Lorsque M. Field retourna au salon, il trouva son chauffeur et homme de confiance, Bruce, prêt à partir, bagages en main.— Monsieur, tout est prêt. Le vol est dans deux heures.— Annule ce voyage, Bruce. Il faut que nous trouvions des papiers pour Rachelle. Nous partirons avec elle.Bruce, un homme loyal mais pragmatique, leva un sourcil sceptique.— Monsieur… vous ne la connaissez pas. Partir avec une inconnue, et enceinte de surcroît… Que va dire Madame Field quand elle la verra ?— Je ne sais pas ce qui m’arrive, Bruce, avoua M. Field, le regard lointain. Depuis que je l’ai vue… quelque chose se passe dans mon cœur. Une urgence, une nécessité de la protéger que je n’arrive pas à expliquer.— Quoi ? Elle est enceinte, monsieur. Ne me dites pas que vous… êtes attiré par elle ? balbutia Bruce, mal à l’aise.— Loin de là ! coupa sèchement M. Field. Ce sentiment… il me rappelle celui que j’éprouve quand Ethan, mon fils, est en difficulté. C’est un sentiment paternel, Bruce. Je me sens
Isabelle marchait sans but dans les rues désertes, le corps brisé par la fatigue et la peur. Les bas de l’uniforme d’hôpital étaient déchirés, ses pieds nus couverts de poussière et d’égratignures saignaient. Chaque pas était une torture. Elle s’effondra finalement sous un arbre maigre, près du trottoir, incapable d’aller plus loin.— Mon Dieu, aidez-moi… Ils ne peuvent pas tuer mon enfant… C’est le seul espoir qui me reste… Aidez-nous, je vous en supplie…Sa prière murmurée se perdit dans le silence de la nuit. Le froid, la douleur et l’épuisement eurent raison d’elle. Elle s’allongea sur le sol dur, inconsciente, à peine protégée par l’ombre des branches.---Quelque temps plus tard, les phares d’une voiture de luxe balayèrent la route. À l’intérieur, le chauffeur, attentif, repéra une forme allongée sur le bas-côté.— Monsieur, je crois qu’il y a quelqu’un… là, sur le trottoir.L’homme à l’arrière, M. Field, un entrepreneur à la réputation solide mais au passé discret, leva les yeu
Le soir tombait sur l’hôpital, drapant les couloirs d’une lumière blafarde et inquiétante. Mia, le cœur battant la chamade et les mains moites, se faufila comme une ombre jusqu’à la chambre privée d’Isabelle. La peur et la culpabilité lui tordaient les entrailles. Elle trouva la jeune femme allongée, les yeux clos, semblant profondément endormie sous la lueur bleutée du moniteur.Trop perturbée par l’acte qu’elle s’apprêtait à commettre, Mia ne remarqua pas les détails : les appareils principaux avaient été débranchés depuis le réveil de la patiente, seul un moniteur de base restait allumé. Elle tremblait de tous ses membres, des larmes silencieuses coulant sur ses joues.— Vous allez m’excuser, madame… Je… je tiens aussi à ma vie, murmura-t-elle d’une voix brisée, se penchant près du lit. Cette Cassandra… elle est folle. Elle me tuera, elle le fera, si je ne fais pas ce qu’elle veut.Isabelle, en réalité, était éveillée. Elle avait entendu la porte s’ouvrir en douceur et avait gardé
L’après-midi était calme et ensoleillé dans la vaste demeure des Stones. Marcus reçut son vieil ami et associé, Devis Wilson, dans son bureau aux boiseries sombres. À en juger par leurs sourires satisfaits et l’air détendu qu’ils affichaient, la réunion se déroulait sous les meilleurs auspices.— Maintenant que ton fils est… occupé par son deuil et qu’il rend la vie difficile à ma fille au bureau, quelle est la prochaine étape ? demanda Devis en sirotant un cognac.— Ne t’inquiète pas, je t’ai donné ma parole, répondit Marcus, confiant. Plus aucun obstacle ne se dresse sur notre chemin maintenant qu’Isabelle est en enfer. C’est une question de patience. Dis à Cassandra de supporter le plus longtemps possible le caractère de mon fils. La proximité finira par faire son œuvre.— Ma fille souffre, Marcus. Elle n’a pas une pierre à la place du cœur. Tu dois aussi faire un effort pour convaincre Clément. Il faut qu’il l’épouse, et vite.— Pas tout de suite. Il me soupçonne déjà d’être impli
Avec le visage blême de peur, Mia regarda ses agresseurs s’échanger un regard complice. Elle comprit qu’elle n’avait aucun choix, mais elle voulait au moins savoir à quoi s’attendre.— Mais… qu’est-ce que vous me voulez, au juste ? demanda-t-elle d’une voix tremblante.— Patience, ma puce, répondit Roméo avec un sourire mauvais. Quelqu’un voudrait parler avec toi.— Parler avec moi ? Qui ça ?— Moi.La voix, froide et familière, fit sursauter Mia. Cassandra fit son entrée dans le petit appartement, élégante et calme, comme si elle visitait un salon. Elle écarta Roméo d’un geste et s’avança devant Mia, toujours clouée sur sa chaise.— Surprise de me revoir ?— Tu es… méprisable, Cassandra. Tu es un monstre ! Qu’est-ce que tu me veux encore ? Et comment tu connais mon adresse ? gronda Mia, la peur se mêlant à la colère.— Oh, oh, doucement, ma belle. Détends-toi. Je ne te ferai pas de mal… si, et seulement si, tu m’aides avec mon petit « truc », répondit Cassandra, amusée par sa réactio
Le regard de Marielle s’emplit d’inquiétude en voyant son fils, le regard perdu au loin, plongé dans des pensées sombres. Elle se leva et s’approcha de lui, posant une main hésitante sur son épaule.— Mon fils… Je sais que tu nous en veux pour ce qui est arrivé à Isabelle. Et tu as raison. Nous n’avons jamais été bons avec elle. Et je m’en veux tellement. Je n’ai pas été une bonne mère pour toi… J’étais impuissante face à toutes les choses horribles que ton père vous a infligées, à toi et à elle. Et je suis désolée… Je suis désolée pour tout, mon fils. Pardonne-moi, s’il te plaît.Des larmes coulaient sur ses joues, sincères et chargées de remords. Clément la regarda, et pendant un instant, la colère en lui vacilla, remplacée par une lassitude immense.— C’est bon, maman. Ne pleure pas. Je dois… je dois faire quelque chose maintenant, dit-il en se levant, échappant à son contact.— Mais au moins, mange quelques choses. Tu ne te nourris pas.— Je n’ai pas faim.Il quitta le bureau en c