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Chapitre 6

Author: Léo
last update Last Updated: 2026-01-30 16:53:07

"Mon amour… j’espère que ce n’est pas toi… Non, pas toi."

Les mots du lieutenant tournaient en boucle dans sa tête, écrasants. Son corps, déjà épuisé par les jours d’angoisse, sembla perdre le peu de force qui lui restait. Clément s’effondra sur le lit, le visage enfoui dans l’oreiller qui portait encore le parfum d’Isabelle, maintenant mêlé à l’odeur aigre de son désespoir.

— J’espère que tu es au moins vivante… sinon, je ne me le pardonnerais jamais, murmura-t-il dans le tissu, une prière désespérée adressée à nulle part.

La porte de la chambre s’ouvrit doucement.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Marielle, son visage empreint d’une inquiétude qui la vieillissait.

— Le lieutenant Raphaël vient d’appeler, madame. Nous devons nous rendre au commissariat, expliqua Derrick, debout dans l’embrasure, le regard grave.

— Mon fils… Sois fort, s’il te plaît. Lève-toi. Derrick va préparer la voiture, dit Marielle en s’approchant et en tentant de le relever avec des gestes maternels.

— Maman, je vais bien, ne t’inquiète pas. J’ai juste… j’ai juste un peu peur, admit-il, sa voix brisée.

Il se leva, les jambes flageolantes, et suivit sa mère hors de la chambre, puis de la maison.

— Tout ira bien, ne t’inquiète pas, répéta Marielle, une promesse qu’elle n’était pas sûre de pouvoir tenir.

---

Pendant ce temps, dans un restaurant chic et discret, Cassandra sirotait un café, l’impatience et l’agacement lisibles sur son visage. Elle jeta un coup d’œil à sa montre pour la énième fois.

— Si il n’y avait aucun intérêt là-dedans, je n’aurais jamais accepté de t’attendre comme une moins que rien, gronda-t-elle entre ses dents.

Quelques minutes plus tard, Marcus Stones fit enfin son entrée, imposant dans son costume sombre. Il repéra Cassandra et se dirigea vers sa table d’un pas assuré. Elle se leva rapidement, affichant un sourire respectueux.

— Bonsoir, monsieur Stones.

— Pas besoin de toutes ces formalités. Tu es comme ma fille, tu peux m’appeler « papa », dit Marcus en s’asseyant lourdement en face d’elle.

— D’accord… papa, répondit Cassandra avec une timidité calculée.

— Maintenant que l’histoire d’Isabelle est… terminée, fais un effort pour te rapprocher de mon fils. Il aura besoin de réconfort.

Le téléphone de Marcus, posé sur la table, se mit à vibrer bruyamment. Il regarda l’écran, vit le nom de Marielle, et rejeta l’appel d’un geste sec.

— Est-ce qu’il… m’acceptera un jour ? demanda Cassandra, baissant les yeux.

— Bien sûr. C’est juste une question de temps. À présent, il va pleurer, et ça lui passera. Il ne restera pas célibataire toute sa vie. Les Stones ont besoin d’une lignée.

— D’accord, monsieur. Merci de m’avoir choisie.

— Je t’ai choisie depuis que tu étais petite, Cassandra. J’espère que tu ne me décevras pas ?

— Comptez sur moi. Je serai à la hauteur, affirma-t-elle avec un sourire radieux.

Pourtant, derrière ce masque de soumission et de joie, son for intérieur n’était pas tranquille. Tant qu’Isabelle respirait quelque part, son plan restait fragile. Ils échangèrent encore quelques banalités sur l’entreprise, sur Clément, puis Marcus se leva, jetant quelques billets sur la table.

— Je dois y aller. Tenez-moi au courant de vos… progrès.

— Bien sûr, papa.

Dès qu’il eut tourné les talons, le sourire de Cassandra s’éteignit, remplacé par une lueur froide et méprisante.

— Eh bien, on verra si tu me donneras encore des ordres une fois ton fils sous mes pieds. Je serai pire qu’Isabelle, murmura-t-elle, son regard malicieux suivant la silhouette de Marcus qui disparaissait derrière les portes vitrées.

---

Au commissariat, l’atmosphère était tendue. Le lieutenant Raphaël conduisit Clément et sa mère dans son bureau, un espace austère éclairé par un néon blafard. Il prit une profonde inspiration avant de parler.

— Nous nous sommes rendus sur les lieux du drame. Une voiture a été propulsée dans un fossé profond. Elle a ensuite… explosé. Le corps à l’intérieur était… calciné. L’identification visuelle est impossible.

— Non… Lieutenant, dites-moi que ce n’est pas ma femme, implora Clément, la voix rauque, les mains agrippées au bord du bureau.

— Nous n’en sommes pas encore sûrs à cent pour cent. Les résultats du test ADN ne sont pas encore arrivés. Mais… nous avons trouvé ceci sur les lieux, à quelques mètres du véhicule.

Raphaël tendit à Clément un sac en plastique transparent contenant un objet familier : le sac à main en cuir d’Isabelle, noirci par la suie et déchiré, mais reconnaissable.

— Non… Ce n’est pas vrai… Ce n’est pas vrai ! Isabelle, tu ne peux pas me faire ça… sanglota Clément, l’objet dans ses mains tremblantes. Non, ma chérie… Pas maintenant… Pas maintenant que tout allait s’arranger… NOOOON !!!

Son cri, déchirant et sauvage, emplit le bureau et s’échappa dans le couloir. Marielle tenta de le serrer contre elle, mais il était inconsolable, un roc de douleur pure.

Les cris alertèrent Derrick, qui attendait nerveusement dans le hall. Il fit irruption dans le bureau.

— Lieutenant ! Qu’est-ce qui se passe ?

— Mauvaise nouvelle, monsieur. Je suis vraiment désolé.

Marielle, impuissante, sortit son téléphone pour appeler Marcus. Elle composa son numéro encore et encore. Aucune réponse.

Quelques longues minutes plus tard, alors que les sanglots de Clément s’étaient transformés en un silence terrifiant, il releva la tête. Ses yeux, rougis et gonflés, étaient pourtant d’une clarté étrange. Une conviction absolue y brillait.

— Ce n’est pas Isabelle.

La phrase, prononcée d’une voix calme et assurée, surprit tout le monde dans la pièce.

— Mais, mon fils… les preuves… elles sont là, objecta Marielle, désemparée.

— Ce ne sont que ses affaires. Pas elle.

— Monsieur Clément, dit Raphaël avec douceur mais fermeté. Vous devez vous préparer à… vous rendre à l’évidence. Pour votre propre bien, pour ne pas sombrer dans une dépression plus profonde.

— Je vais très bien, lieutenant. Elle n’est pas morte. Je le sens. Au plus profond de moi, je le sais.

Une discrète frappe à la porte interrompit la tension.

— Entrez, autorisa Raphaël.

Un agent entra et tendit une enveloppe scellée.

— Lieutenant, voilà les résultats du test ADN.

— Merci. Vous pouvez disposer.

L’agent sortit. Raphaël prit l’enveloppe, la tourna dans ses mains. Son regard croisa celui de Clément.

— Monsieur Clément… Ces résultats sont le dernier espoir, ou la confirmation définitive. Dans ce dernier cas, vous devrez… accepter la réalité.

— Ouvrez-la, lieutenant, dit Clément, toujours d’une voix étrangement paisible.

Raphaël décacheta l’enveloppe et en sortit une feuille officielle. Il la déplia, parcourut les lignes. Son visage se figea, puis son regard se posa sur Clément avec une profonde compassion.

— Je… Je suis désolé. Les résultats sont… positifs. L’ADN correspond à celui de Mme Isabelle Stones.

Un silence de mort tomba sur la pièce. Marielle porta une main à sa bouche pour étouffer un sanglot. Derrick baissa la tête, les poings serrés.

Clément, lui, ne broncha pas. Il tendit la main.

— Puis-je les voir ?

Raphaël, perplexe, lui tendit le document. Clément le lut attentivement, chaque mot, chaque numéro. Puis il plia la feuille avec une précision méticuleuse et la glissa dans la poche intérieure de sa veste.

— Merci beaucoup, lieutenant, pour votre service et votre diligence. Vous nous avez été d’une grande aide.

Il se leva, ajusta le bas de son blazer. Son calme, son attitude presque protocolaire, étaient plus perturbants qu’une crise de larmes.

— Est-ce que… vous allez bien ? demanda Raphaël, abasourdi.

— Je vais très bien, merci. Rentrons à la maison.

Il sortit du bureau sans un regard en arrière, laissant sa mère et Derrick échanger un regard affolé.

— Derrick… Mon fils ne va pas bien. Il ne va pas bien du tout. Il faudra que je lui trouve un psychologue, très vite, chuchota Marielle, la paniche au ventre.

---

Dans le parking du commissariat, une voiture noire venait de se garer. Marcus en sortit, ajustant sa cravate. Il vit son fils sortir du bâtiment, le visage de marbre.

— Mon fils ! Comment ça s’est passé ?

Clément s’arrêta net. Il tourna la tête vers son père. Son regard, ce n’était plus celui d’un fils en deuil, mais celui d’un étranger, d’un juge.

— Assure bien tes arrières, père. Si je te heurte sur mon chemin… tu es un homme mort.

La menace, glaciale et précise, tomba dans l’air froid du parking. Sans attendre de réponse, Clément monta dans la voiture que Derrick avait amenée. Le moteur démarra, et ils s’éloignèrent.

Marcus resta cloué sur place, la menace de son fils résonnant à ses oreilles. C’est alors que Marielle sortit à son tour, le visage décomposé.

— Où étais-tu passé ? Pourquoi tu ignores tous mes appels ? gronda-t-elle, la colère et la peur se mêlant dans sa voix.

— J’étais en réunion. Alors ? Comment ça s’est passé ?

— Sa voiture a explosé. Elle est morte, Marcus. Et Clément… Clément ne va pas bien. Il n’a pas dit un mot depuis qu’il a vu les résultats.

— Ça lui passera. Il ne restera pas comme ça toute sa vie. De toute façon, elle n’était pas si spéciale que ça. Il en trouvera une autre, et il avancera.

Marielle le regarda, horrifiée. Une intuition glaciale la traversa.

— Attends… Pourquoi est-ce que tu parles comme ça ? Tu… tu ne me caches rien, j’espère ?

— Ne sois pas ridicule. Monte dans la voiture. Je te ramène à la maison.

---

De retour chez lui, Clément gravit les marches deux à deux et s’enferma à double tour dans la chambre qu’il partageait avec Isabelle. L’odeur d’elle était partout, douce et douloureuse. Chaque objet racontait une histoire, chaque pli du drap était un souvenir.

Le calme factice qu’il avait affiché au commissariat se brisa net. Il s’effondra au milieu de la pièce, les épaules secouées de sanglots silencieux, puis bruyants, puis hystériques.

— Ma vie n’a plus aucun sens sans toi à mes côtés, Isabelle… Je veux… Je veux juste te rejoindre. Vivre notre amour loin de tout ça… loin de cette haine, de ces trahisons…

Il pleura toutes les larmes de son corps, jusqu’à n’avoir plus que des hoquets secs. Il resta là, prostré, pendant des heures. Puis des jours.

Il refusa la nourriture, l’eau, les paroles. Il était un navire qui sombrait dans les abysses de son chagrin, attiré par le fond par le poids de la culpabilité et de la perte.

Deux jours passèrent ainsi. Derrick, posté derrière la porte, entendait seulement de longs silences, entrecoupés de sanglots étouffés ou de murmures incohérents adressés à Isabelle. La peur lui serra le cœur, plus forte que tout.

Il ne pouvait plus attendre. Il sortit son téléphone, les doigts tremblants, et composa le numéro de Marielle.

Il fallait agir. Avant qu’il ne soit trop tard.

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