LOGINPOV : Céline
Je plaque ma main sur mon tee-shirt.
— Je l’ai trouvée cette nuit, mais je ne savais pas…
Il saisit le tissu et tire.
Le coton se déchire jusqu’au milieu de ma poitrine. Je pousse un cri et croise les bras sur mon soutien-gorge. Il attrape mon poignet, le rabat contre mon ventre et découvre la peau au-dessus de mon sein gauche.
— S’il vous plaît…
Son pouce passe sur le croissant argenté entouré de trois lignes noires. La marque brûle. Une larme roule sur ma joue et tombe sur sa main. Il continue de regarder le dessin.
Il leve les yeux vers moi, le regard empli de suspicion, qui se mue ensuite en dédain, comme s'il ne peut croire que la déesse de la lune ai choisi quelqu'un comme moi.
L’Alpha me lâche.
— Prépare le transfert.
Je ramène les morceaux de mon tee-shirt sur ma poitrine. Personne ne se soucie vraiment de ma dignité.
Soudain, Laurent se place devant moi, il écarte largement les bras pour me cacher derrière lui, exactement comme je l'ai imaginé tant de fois durant mon enfance. Pouvait-il vraiment me protéger, comme un vrai père ?
Ces hommes étaient si brutaux, si l'on m'emmenait, aurais-je la moindre chance de revenir en vie ?
— Céline est ma fille. Son lien de naissance dépend encore de Silverpine. Moi seul peux la libérer.
Ma fille.
Je relève la tête avant de pouvoir m’en empêcher. J’ai attendu ces deux mots pendant des années. Il finit par me reconnaître.
Avant que l'alpha répond, son téléphone sonne. Il jete un coup d'œil à Lauren puis décroche
— Parle.
La voix à l’autre bout débite quelque chose que je n’entends pas. Son visage se ferme.
— Gardez le convoi prêt. J’arrive.
Il raccroche.
— Dix minutes. Donne-moi ton prix.
Laurent regarde les hommes armés dans son salon, puis ma marque.
— Quarante combattants pour notre frontière. Des médicaments pour six mois et assez d’armes pour équiper mes patrouilles.
— Accordé.
Voilà, c'était fini. Je ne suis rien de plus qu'une marchandise ; mon père vient de me vendre contre six mois de provisions.
Un instant, je suis un peu perdue, partagee entre la joie d'avoir été vendu à un prix aussi élevé et le désespoir de voir ma vie entière ainsi troquée.
Je me demande si ma mère avait su qu'un tel sort m'attendait, m'aurait-elle seulement donné la vie, pour ensuite me laisser subir les dures épreuves de ce monde ?
— Et ses affaires ? demande-t-il.
L’Alpha me regarde une dernière fois. Ses yeux passent sur mon jean usé, mes chaussures bon marché et le tee-shirt déchiré que je tiens fermé contre moi.
— Laisse ces merdes.
Il sort sans attendre.
La photo de maman est restée dans ma chambre, glissée entre deux pulls. C’est la seule que je possède. Je fais un pas vers l’escalier.
— Mon sac… Il y a la photo de ma mère… Une minute, je vous en prie.
Mac hoche la tête. Je monte rapidement à l’étage, trouve la photographie et change mes vêtements en lambeaux. Avant de partir, je jetai un dernier regard à la pièce, *Maman, je t’en prie, veille sur moi… fais en sorte que je revienne vivant.*
Je descend, Laurent m’appelle alors devant son bureau et pose la main derrière ma nuque.— Céline Varenne, en ma qualité d’Alpha, je te libère de ton lien avec Silverpine.
Quelques mots sont suffisants pour terminer cette relation familiale.
J'ai plus de parents.
Une douleur brève traverse ma poitrine. Je cherche de l’air. La présence du meute disparaît de ma tête, si vite que je tombe à genoux.
Mac m‘attrap et me tire vers la voiture.
Personne me dit pas au revoir.
Deux gardes et un conducteur m’escortent dans le dernier.
La portière se verrouille dès que nous quittons le parking.
L’homme assis à côté de moi consulte son téléphone. Il a le crâne rasé et une cicatrice courte sous l’oreille.
— Tu crois qu'elle sait pour Adrien ?
— Ça ne te regarde pas, elle est choisie. répond le conducteur.
Mon voisin ricane.
— La fille de Red Creek était encore dans sa chambre quand Luc a reçu l’appel cette nuit.
Le conducteur serre le volant.
— Encore un mot et je te laisse expliquer à Adrien pourquoi tu parles de ses femmes devant sa Luna.
L’homme au crâne rasé se tourne une dernière fois vers moi.
Je ne demande pas qui est la fille de Red Creek, une bonne luna doit sait bien sa place, même si je suis pas encore qualifiée.
Si les gardes disent vrai, Blackridge sera une autre cage pour moi.
Au bout de deux heures, la circulation se fait plus rare et les immeubles laissent place à de longues étendues boisées. Je n’ai pas dormi la nuit dernière. Le chauffage et le bruit régulier du moteur finissent par alourdir mes paupières.
Puis, je la vois, dans mon rêve, je me tiens au milieu d’une forêt humide. Ma louve Cécile m’attend entre deux arbres. Son pelage gris paraît terne et ses flancs se soulèvent trop vite.
— Ce n’est pas lui. Sois prudente et ne laisse personne le terminer avant que je reconnaisse l’homme.
— Quoi ?
Avant qu'elle me repond. Un bruit sec éclate dans la forêt.
Le SUV fait un écart violent.
Ma ceinture me coupe la poitrine et mon front heurte l’appuie-tête devant moi. Le conducteur jure en ramenant le volant. Devant nous, le deuxième véhicule dérape au milieu de la chaussée.
Un coup de feu éclate. La vitre arrière se couvre d’une étoile blanche.
Mon voisin m’attrape par l’épaule et se jette sur moi. Son poids me plaque contre la banquette au moment où une deuxième balle traverse la vitre.
— Baisse la tête !
Les tirs viennent des arbres. Le SUV accélère, heurte quelque chose sous les roues, puis part sur le côté. Mon sac tombe. La photo de ma mère glisse sous le siège avant.
La radio grésille.
— Véhicule deux touché ! Ils tirent depuis la forêt !
Le garde assis devant baisse sa vitre et riposte. Le bruit est si fort dans l’habitacle que je plaque mes mains sur mes oreilles.
Le pare-brise éclate.
Le conducteur s’affaisse sur le volant. Le klaxon se met à hurler tandis que le SUV franchit la bande d’arrêt d’urgence et percute la glissière de sécurité.
— Sortez-la ! crie le garde à l’avant.
Mon voisin ouvre la portière côté route. Du sang coule le long de sa tempe.
— Tu restes derrière moi. Tu cours quand je te le dis.
Il m’attrape par l’avant-bras. Une balle frappe la carrosserie près de sa tête et il me lâche pour tirer.
À ma droite, l’autre portière donne directement sur la forêt. Les arbres ne sont qu’à quelques mètres.
Tous les hommes de Blackridge regardent vers la route. Personne ne surveille ce que je fais.
Mes jambes tremblent.
Ce sera peut-être ma seule chance de m’enfuir.
Je pose la main sur la poignée, mais la porte s’ouvre de l’extérieur.
— Je l’ai trouvée.
POV : CélineTrois mois plus tard, Noé sait quelle clé ouvre quelle porte.Il confond encore ses chaussures et mange parfois la colle des étiquettes, mais il tend la clé bleue lorsque nous arrivons à Falaises et la noire devant l’appartement familial de Blackridge.Ce vendredi, il choisit d’abord la mauvaise. Cassian le laisse essayer deux fois avant de lui montrer la couleur du lecteur.— Noire, dit Noé avec conviction.— C’est ce que je viens de dire.— Noire.Je monte l’escalier derrière eux avec mon sac de travail. Nous avons passé la journée à l’atelier. Cassian est venu chercher Noé à dix-sept heures, après sa dernière réunion, et il a attendu que je termine une couture au lieu d’envoyer quelqu’un emballer mes affaires.Dans le coffre, quatre vestes de Blackridge repartent réparées, facturées au prix normal. Être Luna ne simplifie pas l’atelier ; cela ajoute un second calendrier.La semaine dernière, j’ai annulé notre départ à Blackridge parce qu’une cliente devait récupérer sa
POV : CélineLe siège de Luna reste vide dans le hall.On l’a placé à droite de celui de Cassian, légèrement en retrait. Je demande qu’on le mette au même niveau avant le début de la réunion. Deux employés regardent Cassian. Il leur fait signe de déplacer l’estrade sans discuter.Je ne m’assieds pas encore.Mireille fixe trois capteurs sous mon chemisier. Ysabeau attend près de la table du Conseil. Elle a porté le lien de Blackridge pendant presque vingt ans ; c’est la seule personne présente qui sache ce que l’ouverture peut provoquer.— Le Pack va chercher une place dans ton esprit, dit-elle. Tu peux fermer dès que tu en as besoin.— Même après avoir accepté ?— Une Luna n’est pas une porte laissée ouverte.Cassian reste de l’autre côté de la table. Depuis le marking, je sens son attention sans avoir besoin de le regarder. Il ne touche pas au Bond pour me calmer.La présidente relit les conditions enregistrées : mon domicile principal demeure Falaises, mon travail reste indépendant,
POV : CassianJe sens Céline se réveiller avant qu’elle ouvre les yeux.Le Bond transmet d’abord une gêne dans son cou, puis le poids de ma main sur sa taille. Elle reste immobile quelques secondes. Son attention va vers la porte, vers ses vêtements sur le fauteuil et vers l’heure affichée sur mon téléphone.L’ancien réflexe est toujours là.Je retire mon bras.Céline se tourne vers moi. La morsure a déjà commencé à cicatriser, sombre sur sa peau. Elle pose deux doigts dessus et une vague de chaleur me traverse en retour.— C’est étrange, dit-elle.— Oui.— Vous entendez tout ?— Seulement ce qui passe assez fort. Et toi ?Elle ferme les yeux. Une seconde plus tard, son inquiétude touche la mienne avec une précision brutale.— Vous avez peur que je ne revienne pas.— Oui.Je pourrais réduire la réponse, lui expliquer que le Bond est récent ou que la séparation crée une réaction normale. Ce serait cacher la partie qui m’appartient derrière une règle de loup.— Je vais quand même partir
POV : CélineCassian ne referme pas tout de suite sa main sur mon cou.Sa paume reste contre ma peau, chaude et lourde, exactement à l’endroit que j’ai choisi. Le nouveau lien d’Alpha remplit encore l’air autour de lui, mais il ne l’utilise pas. Il attend que je fasse le prochain geste.Je déboutonne mon chemisier.— Je ne veux pas de témoins. Pas de Conseil après. Pas d’annonce avant que je sois partie demain.— Personne ne franchira cette porte.— Et ça ne fait pas de moi votre Luna.— Non.La réponse arrive sans la moindre hésitation.J’enlève le pendentif de maman pour qu’il ne se prenne pas dans la chaîne, puis le pose près du lit. Mes doigts tremblent davantage lorsque je retire le reste. Cassian me regarde sans avancer. Son contrôle me donne envie de le briser.Je viens contre lui et ouvre sa chemise d’un coup sec. Deux boutons sautent sur le parquet.— Tu viens de détruire la seule chemise correcte qu’il me restait.— Blackridge peut vous en acheter une.— L’administratrice re
POV : CassianCéline entre dans le hall après l’ouverture du vote.Elle porte un pantalon noir et le pendentif de sa mère, pas la tenue préparée autrefois pour la Luna de Blackridge. Un représentant du Conseil lui indique la rangée des témoins. Elle s’y assoit entre Élias et Mireille.Pas à côté de moi.Je reporte mon attention sur la présidente.Le hall porte encore les traces de l’attaque évitée : une fenêtre remplacée par un panneau temporaire, des câbles visibles près de l’estrade, deux gardes avec le bras en écharpe. J’ai refusé d’attendre les réparations. Blackridge n’a pas besoin d’un décor neuf pour décider qui le commande.La greffière lit les trois motions.La première confirme la destitution définitive d’Adrien et son isolement à vie. La deuxième reconnaît mon commandement militaire, déjà exercé depuis sa disparition. La troisième restaure l’autorité administrative suspendue, avec audit trimestriel pendant un an et interdiction permanente d’utiliser le statut de Mate ou de
POV : CélineJe termine de lire le dossier à six heures du matin.Les pièces du Conseil confirment les quatre arrestations, les relais saisis et la provenance des explosifs. Une annexe retrace chaque consultation de mon adresse depuis la découverte du code. Il n’y en a aucune du côté de Blackridge. Cassian a monté son opération avec les informations que je lui avais données, sans demander où Noé dormait ni surveiller mon téléphone.La dernière cellule d’Adrien est dissoute.Je m’attendais à un soulagement plus bruyant. Je ferme simplement l’ordinateur et vais préparer le petit déjeuner de Noé.À midi, Cassian m’écrit : Le Conseil t’a envoyé l’invitation pour jeudi. Tu n’es pas obligée de venir.Je réponds : Je viendrai.Puis, avant de changer d’avis : Vous êtes libre ce soir ?Les trois points apparaissent presque aussitôt.Oui.Je choisis le restaurant.Cassian arrive devant l’atelier à dix-neuf heures, vêtu d’un pantalon sombre et d’une chemise sans insigne. Aucun SUV de sécurité ne







