MasukPOV : CélineTrois mois plus tard, Noé sait quelle clé ouvre quelle porte.Il confond encore ses chaussures et mange parfois la colle des étiquettes, mais il tend la clé bleue lorsque nous arrivons à Falaises et la noire devant l’appartement familial de Blackridge.Ce vendredi, il choisit d’abord la mauvaise. Cassian le laisse essayer deux fois avant de lui montrer la couleur du lecteur.— Noire, dit Noé avec conviction.— C’est ce que je viens de dire.— Noire.Je monte l’escalier derrière eux avec mon sac de travail. Nous avons passé la journée à l’atelier. Cassian est venu chercher Noé à dix-sept heures, après sa dernière réunion, et il a attendu que je termine une couture au lieu d’envoyer quelqu’un emballer mes affaires.Dans le coffre, quatre vestes de Blackridge repartent réparées, facturées au prix normal. Être Luna ne simplifie pas l’atelier ; cela ajoute un second calendrier.La semaine dernière, j’ai annulé notre départ à Blackridge parce qu’une cliente devait récupérer sa
POV : CélineLe siège de Luna reste vide dans le hall.On l’a placé à droite de celui de Cassian, légèrement en retrait. Je demande qu’on le mette au même niveau avant le début de la réunion. Deux employés regardent Cassian. Il leur fait signe de déplacer l’estrade sans discuter.Je ne m’assieds pas encore.Mireille fixe trois capteurs sous mon chemisier. Ysabeau attend près de la table du Conseil. Elle a porté le lien de Blackridge pendant presque vingt ans ; c’est la seule personne présente qui sache ce que l’ouverture peut provoquer.— Le Pack va chercher une place dans ton esprit, dit-elle. Tu peux fermer dès que tu en as besoin.— Même après avoir accepté ?— Une Luna n’est pas une porte laissée ouverte.Cassian reste de l’autre côté de la table. Depuis le marking, je sens son attention sans avoir besoin de le regarder. Il ne touche pas au Bond pour me calmer.La présidente relit les conditions enregistrées : mon domicile principal demeure Falaises, mon travail reste indépendant,
POV : CassianJe sens Céline se réveiller avant qu’elle ouvre les yeux.Le Bond transmet d’abord une gêne dans son cou, puis le poids de ma main sur sa taille. Elle reste immobile quelques secondes. Son attention va vers la porte, vers ses vêtements sur le fauteuil et vers l’heure affichée sur mon téléphone.L’ancien réflexe est toujours là.Je retire mon bras.Céline se tourne vers moi. La morsure a déjà commencé à cicatriser, sombre sur sa peau. Elle pose deux doigts dessus et une vague de chaleur me traverse en retour.— C’est étrange, dit-elle.— Oui.— Vous entendez tout ?— Seulement ce qui passe assez fort. Et toi ?Elle ferme les yeux. Une seconde plus tard, son inquiétude touche la mienne avec une précision brutale.— Vous avez peur que je ne revienne pas.— Oui.Je pourrais réduire la réponse, lui expliquer que le Bond est récent ou que la séparation crée une réaction normale. Ce serait cacher la partie qui m’appartient derrière une règle de loup.— Je vais quand même partir
POV : CélineCassian ne referme pas tout de suite sa main sur mon cou.Sa paume reste contre ma peau, chaude et lourde, exactement à l’endroit que j’ai choisi. Le nouveau lien d’Alpha remplit encore l’air autour de lui, mais il ne l’utilise pas. Il attend que je fasse le prochain geste.Je déboutonne mon chemisier.— Je ne veux pas de témoins. Pas de Conseil après. Pas d’annonce avant que je sois partie demain.— Personne ne franchira cette porte.— Et ça ne fait pas de moi votre Luna.— Non.La réponse arrive sans la moindre hésitation.J’enlève le pendentif de maman pour qu’il ne se prenne pas dans la chaîne, puis le pose près du lit. Mes doigts tremblent davantage lorsque je retire le reste. Cassian me regarde sans avancer. Son contrôle me donne envie de le briser.Je viens contre lui et ouvre sa chemise d’un coup sec. Deux boutons sautent sur le parquet.— Tu viens de détruire la seule chemise correcte qu’il me restait.— Blackridge peut vous en acheter une.— L’administratrice re
POV : CassianCéline entre dans le hall après l’ouverture du vote.Elle porte un pantalon noir et le pendentif de sa mère, pas la tenue préparée autrefois pour la Luna de Blackridge. Un représentant du Conseil lui indique la rangée des témoins. Elle s’y assoit entre Élias et Mireille.Pas à côté de moi.Je reporte mon attention sur la présidente.Le hall porte encore les traces de l’attaque évitée : une fenêtre remplacée par un panneau temporaire, des câbles visibles près de l’estrade, deux gardes avec le bras en écharpe. J’ai refusé d’attendre les réparations. Blackridge n’a pas besoin d’un décor neuf pour décider qui le commande.La greffière lit les trois motions.La première confirme la destitution définitive d’Adrien et son isolement à vie. La deuxième reconnaît mon commandement militaire, déjà exercé depuis sa disparition. La troisième restaure l’autorité administrative suspendue, avec audit trimestriel pendant un an et interdiction permanente d’utiliser le statut de Mate ou de
POV : CélineJe termine de lire le dossier à six heures du matin.Les pièces du Conseil confirment les quatre arrestations, les relais saisis et la provenance des explosifs. Une annexe retrace chaque consultation de mon adresse depuis la découverte du code. Il n’y en a aucune du côté de Blackridge. Cassian a monté son opération avec les informations que je lui avais données, sans demander où Noé dormait ni surveiller mon téléphone.La dernière cellule d’Adrien est dissoute.Je m’attendais à un soulagement plus bruyant. Je ferme simplement l’ordinateur et vais préparer le petit déjeuner de Noé.À midi, Cassian m’écrit : Le Conseil t’a envoyé l’invitation pour jeudi. Tu n’es pas obligée de venir.Je réponds : Je viendrai.Puis, avant de changer d’avis : Vous êtes libre ce soir ?Les trois points apparaissent presque aussitôt.Oui.Je choisis le restaurant.Cassian arrive devant l’atelier à dix-neuf heures, vêtu d’un pantalon sombre et d’une chemise sans insigne. Aucun SUV de sécurité ne







