Se connecterSes doigts se retirent. Le vide qu'ils laissent est presque douloureux, mes parois se contractent autour de rien, la mouille coule sur la nappe de la chaise. Séraphin porte sa main à sa bouche sous prétexte de tousser, et je vois sa langue passer entre ses doigts, goûter ce qui est mien, ce qu'il a pris de moi sous le nez de son fils. Le jus d'orange est acide. Je l'avale. Le scandale ne fait que commencer. Le jus d'orange acide me brûle la gorge quand Séraphin repousse sa chaise et se lève, essuyant le coin de sa bouche d'un revers de nappe négligent. — Il nous faut un Sancerre pour le déjeuner, dit-il d'une voix qui ne laisse aucune place à la discussion. Ses yeux gris ne me quittent pas. Alistair hoche la tête, déjà penché sur son téléphone, et marmonne un Bien sûr, père sans lever les yeux. Je pose ma tasse, lisse ma robe sur mes cuisses, et je me lève. Mes pieds nus s'enfoncent dans le parquet froid du couloir quand Séraphin prend les devants, ses épaules larges traçant un s
La lumière du matin entre à travers les vitraux de la salle de réception du rez-de-chaussée, projetant des éclats colorés sur la nappe de lin blanc. Je suis assise entre Alistair et Séraphin, la nuisette de soie remplacée par une robe légère que j'enfile sans doublure, sans soutien-gorge, les tétons encore raidis par le froid du couloir quand je descends. Alistair sifflote en beurrant une tartine, son costume parfaitement repassé, le sourire du mari impeccable affiché sur les lèvres qui, hier soir, étaient ouvertes et soumises sous Thomas dans la loge des mariés. Séraphin est en face de moi. Il ne me regarde pas. Ses doigts tiennent une tasse de café noir, mais je vois le muscle de sa mâchoire se contracter quand je m'installe sur ma chaise et croise les jambes sous la table, la soie de ma robe glissant contre mes cuisses nues. Le parfum de son whisky, celui qui imprégnait ses mains quand il me plaque contre les étagères de la bibliothèque, me revient quand je respire, et je sais qu'
Je pense à Cordélia. La mère de mon fils. La femme que j'ai épousée par obligation. La femme qui m'a donné un héritier. La femme qui m'a trompé. La femme que j'ai trompée. La femme qui boit. La femme qui sait. Elle sait pour Alistair. Elle sait depuis toujours. Elle n'a rien dit. Par lâcheté. Par intérêt. Par peur. Elle n'a rien dit. Mais maintenant, elle sait pour moi. Pour Pénélope. Pour les toilettes. Pour la bibliothèque. Pour tout. Elle sait. Et elle menace. Elle menace de tout révéler. De tout détruire. De tout brûler. Mais je ne la laisserai pas faire. Je la détruirai avant. Je la brûlerai avant. Je la ferai taire. Pour toujours. Pour de bon.Je pense à Pénélope. Encore. Toujours. À son corps. À sa bouche. À sa chatte. À tout. Je pense à ce soir. À la bibliothèque. À minuit. À ce que je viens de faire. À ce que je vais refaire. Encore. Et encore. Et encore. Je pense à la façon dont je l'ai prise. Durement. Tendrement. Passionnément. Coquinement. Je pense à la façon dont je l'ai
Il entre en moi. D'un coup. Profond. Mon dos s'arque, mes doigts griffent les livres, un Voltaire tombe, un Rousseau, un Montaigne. Il ne s'arrête pas. Il prend mes hanches à deux mains et il me baise, debout, contre les étagères, avec la précision lente et terrible de quelqu'un qui sait exactement ce qu'il fait.Chaque coup me pousse contre le bois. Chaque retrait me laisse vide une seconde avant que le suivant ne me remplisse. Mes seins ballottent sous la soie. Mes gémissements résonnent dans la bibliothèque, se mêlent au bruit de peau contre peau, au claquement sourd de ses hanches contre mes fesses.— Plus fort.— Non.Il garde son rythme. Lent. Profond. Intolérable. Sa main gauche quitte ma hanche, glisse autour de moi, trouve mon clitoris, et ses doigts tournoient en même temps que ses coups. Je me cambre. Le plaisir monte, lent, implacable, comme une marée.— Séraphin, je vais...— Je sais.Il accélère. Juste assez. Le premier orgasme me déchire, mes parois se contractent autou
Mes pieds avancent encore. Un pas. Deux. Le tapis est épais sous mes orteils. Mon cœur cogne contre mes côtes, pas de peur, pas de honte, quelque chose d'autre, quelque chose qui n'a pas de nom et qui chauffe mon ventre, qui raidit mes cuisses.Il me regarde venir. Ses yeux descendent de mon visage à ma gorge, à la naissance de mes seins visibles sous la soie, à mes hanches, à mes genoux. Il ne dit rien. Sa mâchoire se contracte. Un muscle joue dans sa joue. Ses doigts se ferment, s'ouvrent.Je m'arrête devant lui. Assez près pour sentir sa chaleur. Assez près pour que le tissu de ma nuisette frôle sa chemise quand je respire. Ses yeux remontent à mes lèvres. Les miennes vont à sa bouche. La dernière fois que nos bouches se sont touchées, c'était dans les toilettes, mes jambes autour de sa taille, mon dos contre le mur froid, sa queue en moi, et je ne savais pas, je ne savais pas que c'était lui, le père, le patriarche, l'homme qui m'a donné son fils comme on donne un objet.— Pénélop
Pénélope « Penny » AshworthLes draps sentent la lavande et le mensonge. Je tourne, je me retourne, la soie de la nuisette glisse contre mes cuisses comme une caresse non sollicitée. Minuit sonne quelque part dans les profondeurs du manoir, un tintement grave qui se propage dans les moulures, dans les boiseries, dans ma poitrine. Le lit conjugal, celui que je devrais partager avec Alistair, est vide. Il est resté au rez-de-chaussée, prétendument pour régler un dernier détail avec le traiteur. Je sais ce qu'il règle. Je sais avec qui.L'image revient. Toujours. La porte des toilettes entrouverte. Le carrelage blanc. Le miroir terni. Et dans le reflet, avant même de pousser le panneau, je vois. La main de Barnaby sur la nuque de mon mari. La bouche de mon époux, ouverte, soumise. Le costume bleu ciel sur le parquet, froissé comme une promesse piétinée. Le silence humide de leurs respirations. Mon bouquet de roses blanches qui tombe au sol, pétales éparpillés comme les morceaux de quelqu







