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Chapitre 36 — La bibliothèque interdite

Author: Dledition
last update publish date: 2026-07-23 08:49:30

Aurora

Trois jours. Je tiens trois jours. Trois jours pendant lesquels je ne repense pas , enfin, si, je repense, mais je repousse, je récite, je prie, je ferme les yeux, je m'occupe. Trois jours pendant lesquels je m'invente des tâches supplémentaires pour être fatiguée le soir. Je descends à la cave chercher du linge dont personne n'a besoin. Je remonte tous les cuivres du salon jaune une deuxième fois. Je me couche épuisée, et je m'endors immédiatement, sans laisser à ma
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  • Péché originel    CHAPITRE 105 : L'accident 2

    Des mains se sont posées sur moi, des mains fébriles, tremblantes. Lorenzo. Il me retournait, me tâtait le visage, les bras, les jambes, cherchant des blessures, des fractures, du sang. Son visage était blanc comme la mort, ses yeux fous d'angoisse.— Réponds-moi ! Parle-moi ! Tu m'entends ?— Je... je t'entends, ai-je murmuré, la voix pâteuse.— Tu es blessée. Il y a du sang. Où as-tu mal ?— Partout. Nulle part. Je ne sais pas.Il m'a soulevée, m'a serrée contre lui avec une force désespérée. Je sentais son cœur battre à tout rompre, sa respiration hachée, ses doigts s'enfoncer dans ma chair comme s'il craignait que je m'évapore. Autour de nous, la voiture gisait, éventrée, les roues brisées, les chevaux affolés qui hennissaient dans le soir tombant. Une odeur de poussière, de bois brûlé et de sueur montait de la carcasse fumante.— C'était un attentat, a-t-il dit, la voix rauque. La roue a été sabotée. Les écrous ont

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    Le regard de Lorenzo s'est posé sur les trois émissaires, un regard si noir, si intense, qu'ils ont blêmi.— Retournez auprès de votre maître, a-t-il dit lentement. Dites-lui qu'Aurora Mancini n'appartient qu'à elle-même. Dites-lui que Lorenzo Valeri ne se laisse pas intimider par les menaces d'un vieillard en robe rouge. Dites-lui que s'il touche à un seul cheveu de cette femme, je le ferai regretter d'être né.Le plus âgé a voulu protester, ouvrir la bouche, mais Lorenzo a fait un pas vers lui, et les mots sont morts dans sa gorge.— Maintenant, partez. Avant que je ne change d'avis et que je ne vous jette moi-même dans l'escalier.Les trois hommes ont reculé, lentement, sans tourner le dos, comme on recule devant un fauve. Puis ils ont disparu dans le couloir, leurs pas décroissant dans l'escalier. La porte a claqué derrière eux. Le silence est retombé.Lorenzo s'est tourné vers moi. Son visage était fermé, mais je voyais la tempête de

  • Péché originel    CHAPITRE 103 : Visite menaçante

    Aurora---Le crépuscule saigne sur Rome. Les nuages sont des blessures ouvertes, des plaies pourpres qui dégoulinent sur les coupoles et les toits. Les cloches sonnent les vêpres dans le lointain, un tintement funèbre qui se répercute contre les murs du palais. L'air est lourd, saturé d'encens et de poussière, chargé de cette électricité qui précède l'orage. Je me tiens devant la fenêtre ouverte, les paumes posées sur la pierre froide du rebord, et je regarde la ville s'enfoncer dans la nuit comme un navire dans la tempête.Ils sont venus au milieu de l'après-midi, sans prévenir, sans s'annoncer. Trois hommes vêtus de noir, le visage à demi dissimulé sous des capuches. Leurs mules étaient couvertes de poussière, leurs bottes maculées de boue. Ils ont traversé la cour d'un pas militaire, indifférents aux regards des serviteurs, indifférents aux protestations des gardes. Ils portaient sur eux l'odeur du Vatican, cette odeur de cire, d'encens et de

  • Péché originel    CHAPITRE 102 : L'OMBRE DU CARDINAL

    Un soir, alors que je travaille dans mon bureau, un homme se présente à la grille, un homme au visage effacé, aux mains couvertes de cicatrices, et le gardien l'introduit, et l'homme me remet une enveloppe sans un mot, et dans l'enveloppe, il y a une photographie, une seule, une photographie d'Aurora prise à son insu, dans le jardin du palazzo, et au dos de la photographie, une phrase écrite à la main, une phrase en latin, une phrase que je reconnais, car elle est extraite des psaumes, et elle dit que le châtiment viendra, que la justice divine s'abattra sur les pécheurs, et je froisse la photographie dans mon poing, je la jette dans la cheminée, et je regarde les flammes la dévorer, et je pense que si Orsini veut la guerre, il l'aura, et que je suis prêt, prêt à tout, prêt à brûler Rome entière s'il le faut, pourvu qu'Aurora soit en sécurité, pourvu qu'Aurora soit libre, pourvu qu'Aurora soit à moi.Je ne lui dis rien, pas encore, car je ne veux pas l'effrayer, je ne veux pas que l'o

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    Je souris, je souris malgré les gros titres sales, je souris parce que sa main dans la mienne vaut tous les journaux du monde, et je dis :— Tu as raison, Lorenzo, j'ai la force, et je la puise dans ton amour, et je vais me battre, je vais me battre contre leurs mots, contre leurs regards, contre leurs mensonges, et je gagnerai, parce que je me bats pour nous, et que notre amour est invincible.La sortie officielle a eu lieu la veille, dans un restaurant étoilé du centre de Rome, et nous sommes entrés ensemble, sous les flashs des photographes, sous les regards des curieux, sous les murmures des autres clients, et j'ai gardé la tête haute, j'ai marché à son bras comme si j'avais fait cela toute ma vie, j'ai porté une robe rouge sombre qu'il m'avait fait livrer l'après-midi même, une robe de soie qui épousait mes courbes et qui laissait voir mes épaules, et je me suis assise en face de lui, et nous avons dîné, nous avons parlé, nous avons ri, et les photographes sont restés derrière la

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    Il dit :— Alors crie, crie pour que le monde t'entende, crie pour que les murs de ce palazzo se souviennent, crie pour que tous les fantômes de mon passé comprennent qu'ils ne sont plus rien, qu'ils n'ont jamais été rien, et que toi seule existes.Et avant que je puisse répondre, il me prend, là, debout contre la bibliothèque, et je crie, je crie mon plaisir, je crie ma joie, je crie ma liberté, et les livres de compte tombent autour de nous, ils tombent dans un fracas de pages froissées et de cuir craqué, et je m'en moque, je m'en moque éperdument, car il me prend debout contre la bibliothèque, et le monde entier peut bien entendre, et le monde entier peut bien savoir, et le monde entier peut bien tomber en morceaux autour de nous, pourvu qu'il me prenne ainsi, pourvu qu'il m'aime ainsi, pourvu qu'il me crie ainsi son amour dans le creux de l'oreille.Il me dit, entre deux coups de reins :— Tu es à moi, Aurora, tu es à moi pour toujours, et je te protègerai, je te défendrai, je te

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