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Chapitre 55 — La berceuse

Auteur: Dledition
last update Date de publication: 2026-08-01 08:04:45

Je regarde mon ventre. Il est visible à travers la déchirure. La peau est mouillée à l'endroit où il a pleuré. C'est mouillé de larmes, pas d'autre chose. Cela m'importe. Je ne saurais pas dire pourquoi cela m'importe, mais cela m'importe.

Cette nuit-là, je ne pense pas à Dieu. Je ne pense pas à sœur Maria. Je ne pense pas à ma bague de chasteté. Je pense au petit garçon derrière le mur. Je pense qu'il vient enfin, à trente-huit ans, de faire le trajet du mur jusqu'à
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  • Péché originel    CHAPITRE 102 : L'OMBRE DU CARDINAL

    Un soir, alors que je travaille dans mon bureau, un homme se présente à la grille, un homme au visage effacé, aux mains couvertes de cicatrices, et le gardien l'introduit, et l'homme me remet une enveloppe sans un mot, et dans l'enveloppe, il y a une photographie, une seule, une photographie d'Aurora prise à son insu, dans le jardin du palazzo, et au dos de la photographie, une phrase écrite à la main, une phrase en latin, une phrase que je reconnais, car elle est extraite des psaumes, et elle dit que le châtiment viendra, que la justice divine s'abattra sur les pécheurs, et je froisse la photographie dans mon poing, je la jette dans la cheminée, et je regarde les flammes la dévorer, et je pense que si Orsini veut la guerre, il l'aura, et que je suis prêt, prêt à tout, prêt à brûler Rome entière s'il le faut, pourvu qu'Aurora soit en sécurité, pourvu qu'Aurora soit libre, pourvu qu'Aurora soit à moi.Je ne lui dis rien, pas encore, car je ne veux pas l'effrayer, je ne veux pas que l'o

  • Péché originel    CHAPITRE 101 : LA SORTIE OFFICIELLE

    Je souris, je souris malgré les gros titres sales, je souris parce que sa main dans la mienne vaut tous les journaux du monde, et je dis :— Tu as raison, Lorenzo, j'ai la force, et je la puise dans ton amour, et je vais me battre, je vais me battre contre leurs mots, contre leurs regards, contre leurs mensonges, et je gagnerai, parce que je me bats pour nous, et que notre amour est invincible.La sortie officielle a eu lieu la veille, dans un restaurant étoilé du centre de Rome, et nous sommes entrés ensemble, sous les flashs des photographes, sous les regards des curieux, sous les murmures des autres clients, et j'ai gardé la tête haute, j'ai marché à son bras comme si j'avais fait cela toute ma vie, j'ai porté une robe rouge sombre qu'il m'avait fait livrer l'après-midi même, une robe de soie qui épousait mes courbes et qui laissait voir mes épaules, et je me suis assise en face de lui, et nous avons dîné, nous avons parlé, nous avons ri, et les photographes sont restés derrière la

  • Péché originel    CHAPITRE 100 : L'ÉMANCIPATION 2

    Il dit :— Alors crie, crie pour que le monde t'entende, crie pour que les murs de ce palazzo se souviennent, crie pour que tous les fantômes de mon passé comprennent qu'ils ne sont plus rien, qu'ils n'ont jamais été rien, et que toi seule existes.Et avant que je puisse répondre, il me prend, là, debout contre la bibliothèque, et je crie, je crie mon plaisir, je crie ma joie, je crie ma liberté, et les livres de compte tombent autour de nous, ils tombent dans un fracas de pages froissées et de cuir craqué, et je m'en moque, je m'en moque éperdument, car il me prend debout contre la bibliothèque, et le monde entier peut bien entendre, et le monde entier peut bien savoir, et le monde entier peut bien tomber en morceaux autour de nous, pourvu qu'il me prenne ainsi, pourvu qu'il m'aime ainsi, pourvu qu'il me crie ainsi son amour dans le creux de l'oreille.Il me dit, entre deux coups de reins :— Tu es à moi, Aurora, tu es à moi pour toujours, et je te protègerai, je te défendrai, je te

  • Péché originel    CHAPITRE 99 : L'ÉMANCIPATION

    Aurora---Je descends au bureau de Lorenzo en fin d'après-midi, après une journée passée à errer dans le palazzo comme une somnambule, à toucher les murs, à respirer les odeurs, à regarder les fresques et les tapisseries avec des yeux neufs, des yeux qui ne se baissent plus, des yeux qui ne se détournent plus, car cette nuit dans la serre a fait de moi une autre femme, une femme qui ose regarder le monde en face, une femme qui a découvert que son corps n'est pas un fardeau mais un trésor, une femme qui a compris que le plaisir n'est pas un péché mais une bénédiction, et cette femme nouvelle marche d'un pas assuré dans les couloirs de marbre, et elle frappe à la porte du bureau de celui qu'elle aime, et quand la voix grave dit entrez, elle pousse la porte et elle entre, et elle le voit assis derrière le bureau Empire, des papiers étalés devant lui, et il lève les yeux vers elle, et il sourit, ce sourire qui n'est plus réservé aux autres mais qui lui appartient désormais tout entier.J

  • Péché originel    CHAPITRE 98 : LA DÉCOUVERTE DU PLAISIR 2

    Je commence à bouger, maladroitement d'abord, je cherche le rythme, je cherche l'angle, je me soulève et je redescends, et il me regarde, il me regarde intensément, ses yeux noirs plongés dans les miens, ses mains agrippées à mes hanches comme si j'étais le centre du monde, comme si mon corps était la seule chose qui comptait dans l'univers, et ce regard, ce regard d'adoration et de désir mêlés, me donne des ailes, me donne de l'audace, me donne l'envie d'être belle, d'être puissante, d'être libre, et je bouge plus vite, je trouve un rythme, un va-et-vient qui monte de mes cuisses et se transmet à tout mon corps, et mes seins dansent devant ses yeux, mes cheveux balaient mes épaules, ma tête bascule en arrière, et je sens le plaisir monter, monter, monter, et je crie, je crie son nom, je crie ma joie, je crie cette découverte merveilleuse que mon corps peut donner et recevoir en même temps, qu'il peut être source de plaisir pour lui comme pour moi, et je le vois fermer les yeux, serre

  • Péché originel    CHAPITRE 97 : LA DÉCOUVERTE DU PLAISIR

    Aurora---Le jour s'étire autour de la serre comme une main paresseuse, et nous restons longtemps allongés l'un contre l'autre, sans parler, sans bouger, simplement à écouter le silence qui n'est pas tout à fait un silence, car il est peuplé de chants d'oiseaux, de bruissements de feuilles, du tic-tac lointain d'une horloge du palazzo, et du bruit doux de nos respirations mêlées, et je sens contre moi le corps de Lorenzo, chaud, vivant, puissant, et je m'émerveille de la familiarité soudaine de ce contact, de cette évidence qui s'est installée entre nous comme si elle avait toujours été là, comme si nos corps s'étaient reconnus depuis le premier jour, depuis ce premier regard dans le couloir du deuxième étage, depuis cette trace de rouge à lèvres sur son ventre qui m'avait brûlé les yeux et que je n'ai jamais pu effacer de ma mémoire.À un moment, je me redresse, je m'assieds sur le lit de foin, et la couverture glisse de mes épaules, découvrant ma poitrine, et je ne fais rien pour l

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