Se connecterEn quelques minutes à peine, il avait déjà mis au point, avec Victor, une stratégie de gestion de crise. Lorsqu’il a raccroché, il se trouvait devant l’entrée du restaurant.La neige tombait toujours. Une fine couche blanche recouvrait le sol.Il portait un costume ce soir-là. Après le chaos qu’il venait de traverser, le bas de sa veste était froissé.Si Juliette avait osé orchestrer une chose pareille, elle n’aurait certainement laissé aucune trace derrière elle. Elle n’était pas du genre à agir sous l’impulsion. Chaque mouvement était calculé, chaque issue prévue. Même si l’affaire prenait de l’ampleur, elle saurait se dégager proprement, et au bout du compte, se placer en position morale pour l’accuser à son tour.Ses doigts se sont refermés sur son téléphone, les jointures blanchies par la pression.Se plaindre ne servirait à rien.Argumenter non plus.Il est resté silencieux quelques secondes, puis a rouvert son téléphone. Il a fait défiler longuement son répertoire, comme
Juliette a jeté un dernier regard vers la sortie du restaurant. Sa voix était calme : « On mange d’abord. Il faut avoir l’esprit clair pour réfléchir à une bonne stratégie. »Agir sous le coup de l’émotion ? Ce n’était absolument pas son style.Elle savait parfaitement pourquoi Léo pouvait se permettre, encore et encore, d’afficher cette indifférence glaciale devant elle : parce que Léa se tenait derrière lui. Sans ce soutien, n’importe qui d’autre aurait déjà été remis à sa place.Si, jusque-là, elle avait encore toléré son mépris, l’attitude d’aujourd’hui, cette provocation à peine voilée, ce mauvais caractère, avait franchi la limite.Elle en venait même à se demander si son entreprise tenait vraiment par son talent… ou si Victor ne passait pas son temps à ravaler sa fierté pour aller quémander des opportunités.Elle a décidé qu’il lui fallait une leçon.Elle n’avait pas besoin qu’il s’incline.Elle voulait simplement voir autre chose sur son visage. Par exemple… la colère !
Léo a détourné le regard.Plus exactement, il ne l’a fait qu’une fois qu’elle avait fini d’exhiber son autorité.Il n’a rien dit et s’est simplement tourné vers Victor.Son ami a aussitôt compris et lui a rendu son téléphone.L’appareil a glissé entre ses doigts longs et fins. Léo a pris appui sur le bord de la table et s’est levé d’un mouvement fluide, sans la moindre hésitation.« On y va », son ton était plat, presque distant, comme si l’affrontement de tout à l’heure n’avait jamais existé, comme si les provocations de Juliette ne méritaient même pas une réponse.Victor n’a pas pu s’empêcher de penser : « Bon sang… il en fait peut-être un peu trop, mais qu’est-ce qu’il est classe. »Si Léo pouvait partir sans la moindre charge mentale, il n’avait aucune raison de rester.D’abord parce qu’il était évident que Juliette n’était pas venue avec de bonnes intentions ; rester assis ne ferait que lui offrir une scène supplémentaire.Ensuite parce qu’ils n’étaient tout simplement pa
Juliette regardait Victor, mais dans son esprit se dessinait déjà une autre scène : celle où, un jour, Léo se montrerait aussi conciliant avec elle.Un léger sourire a courbé ses lèvres.« Oui, quelle coïncidence. On se joint à vous ? »Victor s’est retrouvé pris au dépourvu. Il a observé l’expression relativement apaisée de Juliette, puis a jeté un coup d’œil à Léo, qui n’avait toujours pas levé la tête. Une tension sourde lui a serré la poitrine.Puisqu’elle avait pris l’initiative, il ne pouvait décemment pas refuser en face. D’autant que son ton restait posé ; décliner maintenant ne ferait qu’alourdir l’atmosphère.« Bien sûr. »Il a aussitôt fait signe au serveur d’ajouter des couverts.Sans la moindre hésitation, Juliette s’est installée en face de Léo. Son sourire n’avait pas changé, mais quelque chose de plus tranchant s’y était glissé. Plutôt que de parler, elle s’est contentée de le fixer calmement, comme pour mesurer la limite de sa patience.Nino, qui trouvait la sc
Le lendemain, tout est resté calme. Juliette n’a fait aucun mouvement.Léo et Victor ont donc cessé de se laisser distraire par elle. Avec le reste de l’équipe, ils ont passé la journée dans l’espace d’exposition à régler les équipements et à répéter le déroulé.Une bande-annonce avait déjà été publiée, plusieurs créateurs de contenu spécialisés dans le jeu vidéo avaient participé aux tests en avant-première… Mais il s’agissait tout de même de la première apparition publique du produit. Impossible de ne pas ressentir une certaine tension.Ils ont presque passé en revue tous les imprévus imaginables pour le lendemain, déterminés à réduire les risques au minimum.Ce n’était qu’à seize heures passées qu’ils ont enfin trouvé le temps d’aller manger.Léo tenait sa fourchette d’une main et son téléphone de l’autre, surveillant en continu les informations liées à l’événement.Victor lui a retiré l’appareil sans prévenir. Depuis son hospitalisation pour une hémorragie gastrique, il resta
Léo était un véritable guerrier qui n’avait absolument pas peur de Juliette. Et c’était précisément parce qu’il était le seul à ne pas la prendre au sérieux qu’il parvenait à la mettre dans un tel état de colère. À force, Léo était devenu presque un nom propre, une référence, un mème à lui tout seul.C’est pour cela que, même s’il ne faisait pas partie de leur cercle, sa notoriété y était déjà extrêmement élevée.En temps normal, Juliette ne se serait jamais abaissée à leur accorder autant d’importance.Mais ce jour-là, sa réaction a été disproportionnée, presque explosive : « Tais-toi ! »Nino et Emma ont échangé un regard, ont repris aussitôt leur sérieux, visiblement stupéfaits : « Putain, t’as vraiment croisé ce connard de Léo ? »Juliette a lancé : « Emma, je veux savoir ce que Léo fait ici ! »« D’accord. » Emma a ouvert immédiatement l’ordinateur portable qu’il avait toujours sur lui.Depuis qu’il avait vu de ses propres yeux Léo donner un coup de poing à Mathis, l’hostil







