FAZER LOGINElle a posé ses mains sur ma tête.
Ses doigts ont massé mon crâne, ont glissé dans mes cheveux, ont tracé des cercles lents, hypnotiques. La mousse coulait sur mon front, sur mes tempes, dans mon cou. Je fermais les yeux. Le monde se réduisait à cette sensation — ses doigts sur ma tête, l'eau chaude sur ma p
Elle s'allonge sur moi.Son poids est léger, mais présent. Ses seins contre ma poitrine. Son ventre contre le mien. Ses jambes qui s'entrelacent avec les miennes. Sa peau est chaude maintenant, brûlante presque, comme si la fièvre qui m'a quitté était passée en elle.Elle m'embrasse.Ce baiser est différent de celui du bateau. Il n'est pas désespéré. Il est lent, profond, explorateur. Sa langue entre dans ma bouche comme on entre dans une maison abandonnée — avec curiosité, avec respect, avec le désir d'y rester.Mes mains remontent le long de son dos. Je sens chaque vertèbre s
Il a sauté dans l'eau peu profonde, a tiré le bateau sur la plage de galets. Nous sommes descendus à notre tour. L'eau était froide, plus froide que ce que laissait supposer sa couleur turquoise. Nos pieds se sont enfoncés dans le sable.Kovac a poussé le bateau. Il est remonté à bord. Le moteur a toussé, craché, puis a démarré.— Trois jours, a-t-il répété. Pas un de plus. Pas un de moins. Soyez là.Puis il est parti.Le bateau s'est éloigné, est devenu un point noir sur l'eau brillante, puis a disparu derrière la pointe de la falaise.
Elle se dégage une seconde.Juste une seconde.Le temps de reprendre son souffle. Le temps de planter ses yeux dans les miens.— Je ne veux pas mourir sans t'avoir aimé, dit-elle.Sa voix est brisée par le vent, par la peur, par le désir.— Tu ne vas pas mourir.— Promets-le.— Je te le promets.— Promets-le sur ce que tu as de plus sacré.
Une autre vague.Le bateau grince de toute sa carcasse. Un bruit de métal torturé, de bois qui plie, de rivets qui menacent de céder.Le vent se lève.Je le sens sur mon visage. Il est froid, salé, coupant. Il apporte avec lui une odeur de tempête, d'embruns, de danger. La mer change. Les vagues sont plus hautes, plus rapprochées. Le bateau ne tangue plus , il tape, il cogne, il s'écrase dans les creux comme un animal blessé.Kovac se tourne vers nous.— Tenez-vous ! crie-t-il.Sa voix est à peine
Le silence.Le climatiseur ronfle. Une sirène de police au loin. Le souffle de Sofia, qui a changé — plus rapide, plus court. Elle ne dort pas. Elle écoute.— J'ai mis des années à comprendre, dit Kovac. Des années à remonter la piste. À interroger des témoins. À trouver d'autres victimes. Romano a fait la même chose dans une dizaine de villages. Il distribuait des médicaments périmés, se faisait passer pour un sauveur, et repartait avec la réputation d'un homme bon. Les morts, il s'en foutait. C'était de la publicité. Rien de plus.— Tu as essayé de le tuer ?
MatteoLa nuit est tombée sur Marseille.Nous sommes dans une chambre d'hôtel, une de plus, une de trop. Les murs sont minces, le papier peint se décolle par plaques, la fenêtre donne sur une cour intérieure où ronfle un climatiseur poussif. Mais c'est ce que Kovac a pu nous trouver. Un endroit où personne ne viendra nous chercher avant l'aube.Il est assis sur une chaise, près de la porte.Il a gardé son manteau. Il ne s'est pas installé, pas vraiment. Il est là en transit, comme nous. Un fantôme parmi les fantômes. Ses mains énormes sont posées sur ses cuisses, immobiles, comme deux b
AlessandroMatteo Cavalli se tient sous un réverbère au néon clignotant, vêtu d’un long manteau sombre. À ses côtés, un homme plus petit, encapuchonné, une longue boîte à ses pieds. Un étui à fusil de précision. Le Corbeau.Nous nous arrêtons à quelques mètres. Les regards se croisent, chargés de t
AlessandroLa pièce sent le vieux café, la sueur froide et la poussière. Une odeur de défaite lente. Je fixe le téléphone jeté sur la table, cet objet inerte qui va devenir notre corde de pendu et notre fil d’espoir. Clara, Riccardo, Lorenzo et Gia me font face. Leurs visages sont des masques de fa
AlessandroCe n'est qu'une fois hors des grilles, à l'abri relatif d'une ruelle sombre, que je m'effondre contre un mur, le corps parcouru de tremblements incontrôlables. Pas de peur. De rage. Une rage impuissante, sourde, qui bout dans mes veines.Le retour au repaire est une marche d'automate. Cl
AlessandroLe silence après sa question est un gouffre. Le temps semble se distendre dans l'air froid du cimetière, chaque seconde une goutte d'eau glacée sur la nuque. Je vois mon propre souffle former de petits nuages blancs entre nous. Je vois ses yeux, ces miroirs maudits de mon propre visage,







