เข้าสู่ระบบAlessandroMatteo Cavalli se tient sous un réverbère au néon clignotant, vêtu d’un long manteau sombre. À ses côtés, un homme plus petit, encapuchonné, une longue boîte à ses pieds. Un étui à fusil de précision. Le Corbeau.Nous nous arrêtons à quelques mètres. Les regards se croisent, chargés de toute la haine et de la méfiance du monde.— Tu as tenu parole, dit Matteo avec un sourire mince. Pour le corbeau aussi.— Montre-moi son visage, dis-je.L’homme à la capuche lève lentement les mains et repousse son capuchon. Le visage qui apparaît est quelconque, d’une banalité déconcertante. Un homme d’une quarantaine d’années, des traits fatigués, des yeux d’un gris terne. Rien du tueur d’élite mythique. C’est encore plus effrayant.— Satisfait ? demande Matteo.— Pour l’instant. Parlons.— Les garanties d’abord, dit-il. Je veux quelque chose de concret. Un premier gage de ta… collaboration.Je fais un signe à Clara. Elle sort une clé USB de sa poche et la lance à Matteo. Il la rattrape au
AlessandroLa pièce sent le vieux café, la sueur froide et la poussière. Une odeur de défaite lente. Je fixe le téléphone jeté sur la table, cet objet inerte qui va devenir notre corde de pendu et notre fil d’espoir. Clara, Riccardo, Lorenzo et Gia me font face. Leurs visages sont des masques de fatigue, mais dans leurs yeux, une détermination nouvelle a remplacé la peur panique. Nous avons un plan. Un plan fragile, glissant, construit sur un équilibre de mensonges.— Il faut l’appeler maintenant, dit Clara. Plus on attend, plus il soupçonnera une contre-attaque. Il faut montrer… de la résignation. Une colère rentrée.Je hoche la tête. Elle a raison. Matteo s’attend à ce que je lutte, à ce que je tempête. Il faut lui donner autre chose. Quelque chose de plus subtil, de plus crédible.Je compose le numéro qu’il m’a donné. La sonnerie retentit, une fois, deux fois. Chaque drinn résonne dans le silence tendu de la pièce.— Romano. Je ne m’attendais pas à un appel si rapide. Le désespoir
AlessandroCe n'est qu'une fois hors des grilles, à l'abri relatif d'une ruelle sombre, que je m'effondre contre un mur, le corps parcouru de tremblements incontrôlables. Pas de peur. De rage. Une rage impuissante, sourde, qui bout dans mes veines.Le retour au repaire est une marche d'automate. Clara, Riccardo et Lorenzo me guettent, leurs visages tendus par l'attente.— Alors ? rugit Lorenzo. Qui c'était ? Qu'est-ce qu'il voulait ?Je les regarde tous, un à un. Ma famille. La vraie. Pas celle du sang volé, mais celle du choix et de l'épreuve.— Il s'appelle Matteo Cavalli. Le fils de Salvatore, l'associé de mon père. Mon père a fait tuer sa famille. Il est revenu se venger.Je leur résume tout, d'une voix monocorde, épuisée : la vérité sur mon père, le plan de Matteo, son offre. Le choix. Je ne leur cache rien. Pas même ma propre hésitation.Le silence qui suit est lourd de stupeur.— Ton père… murmure Clara, choquée. Je ne… je ne peux pas y croire.— Moi non plus, dis-je. Mais les
AlessandroLe silence après sa question est un gouffre. Le temps semble se distendre dans l'air froid du cimetière, chaque seconde une goutte d'eau glacée sur la nuque. Je vois mon propre souffle former de petits nuages blancs entre nous. Je vois ses yeux, ces miroirs maudits de mon propre visage, scruter le mien, cherchant la fissure, la peur, l'indécision.Ma réponse. Elle devrait être immédiate. Un rugissement de défi. Un refus catégorique de plier le genou devant ce fantôme vengeur. Romano ne se rend pas. C'est ce que mon père aurait dit. C'est ce que l'ancien moi aurait hurlé.Mais je ne suis plus cet homme. Je porte les cendres de Marco. Le poids de la confiance de Riccardo. La lueur d'espoir dans les yeux de Clara. Je porte la responsabilité de leur vie, maintenant. Ce n'est plus seulement mon héritage, ma fierté. C'est leur avenir.Le mot « oui » pourrait les sauver. Un « non » les condamne presque à coup sûr.Mais accepter, c'est trahir. C'est valider le massacre de son enfan
AlessandroLa nuit tombe, froide et claire. La lune, presque pleine, est un œil pâle dans le ciel de suie. Le cimetière Saint-Michel est un champ de pierres blanches et d’ombres noires, silencieux comme seul un lieu des morts peut l’être.Je passe les grilles, mes pas résonnant sur le gravier. L’air sent le cyprès et la terre humide. Je trouve la tombe sans difficulté. Une pierre simple, plus ancienne, à l’écart des allées principales. « Salvatore Cavalli. 1949 – 1998. Repose en paix. » Une paix volée.Je m’arrête à quelques mètres, les mains visibles, loin de mon arme.Minuit sonne au clocher lointain de la ville. Les douze coups tombent dans le silence, chacun un battement de cœur amplifié.Il émerge de l’ombre derrière la tombe comme s’il naissait de la pierre elle-même. Plus grand que je ne m’en souvenais. Vêtu d’un manteau sombre. Son visage est effectivement plus âgé, ciselé par le temps et, sans doute, par la haine. Mais les yeux… ces yeux gris-vert des Romano. Les miens.— Ale
AlessandroL’épuisement me terrasse soudain. Ce n’est pas fini. Ça ne fait que commencer. Une guerre dans l’ombre. Contre un fantôme de mon propre sang.— Il faut se renforcer, dis-je, posant mon verre vide avec un bruit sec. Pas en hommes. En informations. Lorenzo, tu vas contacter toutes nos vieilles connaissances, tous les indics, les flics pourris, les petits voyous. Je veux tout savoir sur un tireur d’élite qui ressemble à un Romano. Clara…Je me tourne vers elle. Son visage est pâle mais déterminé.— Ton réseau. Les femmes. Les épouses, les maîtresses, les secrétaires. Les ombres ont des oreilles. Trouve-moi des murmures sur un « Spectre ». Riccardo, tu restes avec Gia. Ici, c’est encore le lieu le plus sûr.Mais même en disant cela, je doute. Un ennemi qui a pu infiltrer l’opération de Moretti, qui a su où et quand frapper… Notre « sanctuaire » est-il encore à l’abri ?Les jours qui suivent sont un exercice de tension nerveuse. Nous changeons de repaire deux fois, passant d’un







