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Chapitre 3 : L'Ombre de la meute 2

作者: Dledition
last update publish date: 2026-07-19 20:29:59

Je ne lui en veux pas. Pas vraiment. Dans cette meute, montrer de la sympathie pour l'Omega, c'est se condamner soi-même. Je l'ai compris très vite. La solitude est un bouclier. Elle protège les autres de mon malheur.

Le soir tombe, gris et lourd. Je ramène le linge propre aux baraquements, le plie, le range. Mes mains sont en feu, mes épaules me font mal, mon dos est cassé. Je n'ai pas mangé depuis ce matin, à part le quignon de pain. Mon estomac gargouille, un creux familier que je ne remarque presque plus.

Je retourne aux cuisines pour la dernière corvée : nettoyer la vaisselle du dîner. Les marmites sont lourdes, incrustées de graisse, et je dois les récurer à l'eau froide. Le cuisinier est parti depuis longtemps, laissant les restes sur la table : des os de volaille, quelques légumes flétris, un fond de soupe au fond d'un chaudron. Mon dîner.

Je m'assois dans mon coin, près de l'âtre qui s'éteint, et je mange. Les os ont encore un peu de viande, si on gratte bien. Les légumes sont mous, mais ils remplissent l'estomac. Le fond de soupe est froid et fade, mais c'est chaud quand ça descend. Je ferme les yeux en mâchant, et j'essaie d'imaginer autre chose. Un vrai repas. Une table pleine. Des visages souriants autour de moi. Maman qui me tend un morceau de pain frais. Papa qui me raconte ses combats.

— Tu es pathétique.

La voix me fait sursauter. Je rouvre les yeux.

Kira est là, debout dans l'encadrement de la porte. Elle porte sa tenue d'entraînement, du cuir sombre qui moule son corps puissant. Ses cheveux noirs sont tirés en une tresse serrée, ses yeux verts brillent d'une lueur mauvaise. Elle est magnifique, comme toujours. Et cruelle, comme toujours.

Je me recroqueville, instinctivement.

— Je t'ai vue, continue-t-elle en s'avançant. À la rivière. Tu frottais le linge avec tes petites mains de rien du tout, et tu ne disais rien. Tu ne dis jamais rien. C'est ça, être une Omega ? Accepter tout sans broncher ?

Elle s'arrête juste devant moi. Je baisse la tête, fixant mes genoux. Ne pas la provoquer. Ne pas répondre. Attendre que ça passe.

— Tes parents étaient des traîtres, crache-t-elle. Ta mère était une sorcière, avec ses herbes et ses potions. Mon père disait qu'elle avait un don, mais que c'était un don maudit. Et ton père... un lâche. Il a refusé de se battre. Il a fui le combat, et il est mort comme un chien.

Mes poings se serrent. C'est plus fort que moi. J'ai appris à tout encaisser : les coups, les insultes, le mépris. Mais parler de mes parents comme ça, c'est une ligne rouge. Je ne peux pas. Je ne peux pas la laisser dire n'importe quoi.

— Mon père n'était pas un lâche, murmuré-je.

Le silence est soudain, lourd, chargé d'électricité. Kira se fige. Ses yeux s'écarquillent, incrédules, puis se rétrécissent en deux fentes dangereuses. J'ai fait une erreur. Une très grave erreur.

— Qu'est-ce que tu as dit, Omega ?

Sa voix est un feulement. Je voudrais rentrer sous terre, mais c'est trop tard. Alors je lève les yeux, pour la première fois, et je répète, d'une voix tremblante mais claire :

— Mon père n'était pas un lâche. Et ma mère n'était pas une sorcière. C'était une guérisseuse. La meilleure de la meute.

Le coup part si vite que je ne le vois pas venir.

Son poing heurte ma joue, et ma tête part sur le côté. La douleur explose dans ma mâchoire, un goût de sang emplit ma bouche. Je tombe de mon tabouret, heurtant le sol en pierre de tout mon poids. Avant que je puisse me relever, elle est sur moi, ses poings pleuvant comme la grêle.

— Tu oses me parler ? Tu oses me contredire ? Moi, Kira, future Bêta, future compagne de l'Alpha ?

Elle me frappe, encore et encore. Dans les côtes, dans le ventre, dans le dos. Chaque coup est une déflagration, chaque impact m'enfonce un peu plus dans le sol glacé. Je me recroqueville, protégeant ma tête de mes bras, et j'attends. J'attends que ça passe. Comme toujours.

Mais quelque chose est différent, cette fois.

Au milieu de la douleur, sous les coups qui pleuvent, je sens une chaleur dans ma poitrine. Une braise, une étincelle, quelque chose qui s'éveille. Ce n'est pas la douleur. C'est autre chose. C'est plus profond. C'est ancien. Mon loup. Mon loup intérieur, qui n'a jamais fait le moindre bruit en dix-sept ans d'existence, gronde. Un grondement sourd, faible, mais réel.

Kira s'arrête, le souffle court. Elle me regarde, une lueur d'incertitude dans les yeux. Ses narines se dilatent, comme si elle sentait quelque chose qu'elle ne comprend pas.

— Qu'est-ce que... ?

Elle secoue la tête, recule d'un pas, crache par terre. Puis elle tourne les talons et s'en va sans un mot de plus.

Je reste là, allongée sur la pierre, le corps en feu, la bouche pleine de sang. Mais la chaleur dans ma poitrine ne s'éteint pas. Elle est toujours là, faible mais tenace. Comme une promesse.

Je mets de longues minutes à me relever. Chaque mouvement est une souffrance. Je m'appuie au mur, respire profondément. La cuisine est vide. Personne n'est venu. Personne n'est jamais venu.

Mais cette chaleur... cette chaleur est nouvelle. Et mon loup, pour la première fois de ma vie, a grondé.

Deux jours avant la cérémonie de la Lune. Deux jours, et tout va changer. Je ne sais pas comment, mais je le sens.

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