로그인DorianLes mots tombent de mes lèvres comme des pierres dans l'eau.Je les entends résonner sur la place, je les sens se répandre dans la foule, et pourtant, j'ai l'impression que c'est un autre qui les prononce. Un autre qui se tient là, sur cette estrade, face à cette fille à genoux. Un autre qui vient de briser le lien sacré de la Lune.Mais c'est bien moi. Moi, Dorian Vale, Alpha de la Meute du Nord. Moi qui viens de condamner mon âme sœur au néant.Le silence est assourdissant. Personne ne bouge, personne ne parle. Toute la meute est pétrifiée, les yeux fixés sur nous, sur elle. Sur l'Omega agenouillée dans la poussière de l'estrade.Je la regarde. Je ne peux pas m'en empêcher. Ses cheveux noirs sont emmêlés, pleins de brindilles et de feuilles de la forêt. Son visage est tuméfié, couvert de bleus que je ne lui ai pas faits. Ses yeux gris-argent, ces yeux qui m'ont regardé avec tant d'espoir dans la clairière, sont maintenant remplis d'une souffrance que je ne peux pas décrire. U
AryaLa place est noire de monde.Je le vois depuis la lisière de la forêt, cachée derrière un tronc, tremblante de froid et de peur. Toute la meute est rassemblée. Les bannières claquent au vent, les torches jettent des lueurs dansantes sur les visages, et au centre de tout, dominant la foule, se dresse l'estrade de bois où les destins se scellent.La cérémonie de la Lune.Je devrais être là-bas, moi aussi. J'ai dix-huit ans aujourd'hui. Je suis majeure. La Déesse devrait me convoquer, comme elle convoque tous les loups de mon âge. Mais je sais que personne ne m'appellera. Les Omegas n'ont pas leur place dans les cérémonies. Les Omegas restent dans l'ombre, à nettoyer les tables et à vider les pots de chambre.Alors pourquoi suis-je là ?Je ne devrais pas être revenue. J'aurais dû fuir, m'enfoncer plus loin dans la forêt, disparaître à jamais. Mais quelque chose m'a ramenée. Une force que je ne comprends pas, un instinct plus fort que ma raison. La pierre de ma mère, peut-être, qui v
Ses paroles sont des énigmes, et pourtant je les comprends, d'une manière qui dépasse la raison. Je sens une vérité ancestrale vibrer dans ses mots, une vérité qui est en moi depuis toujours, enfouie sous des années de soumission et de peur.— Je ne suis rien, dis-je en baissant la tête. Une Omega. Une rejetée. Une erreur.— Non, répond la louve, et sa voix est soudain plus dure, plus impérieuse. Tu es la Lycan Suprême. La louve blanche de la prophétie. Celle qui se lèvera quand le monde sombrera dans la Nuit.— Je ne comprends pas...— Tu comprendras. Regarde.Elle tourne la tête vers le ciel, et je suis son regard. La Lune, cette Lune immense et parfaite, commence à changer. Une tache noire apparaît sur son disque argenté, comme une goutte d'encre tombée sur du satin blanc. Puis une autre. Puis une autre. L'obscurité se répand, lentement mais inexorablement, rongeant la lumière.— Qu'est-ce que c'est ? murmuré-je, le cœur glacé.— La Nuit éternelle. Celle qui était enchaînée. Celle
Il se tourne enfin vers moi, et je vois ses yeux. Des yeux que je ne connais pas. Des yeux pleins d'une haine qui ne m'est pas destinée, mais qui me transperce quand même.— Disparais. Oublie cette nuit. Oublie-moi. Et ne parle de ça à personne. Jamais.Il tourne les talons et s'enfonce dans la forêt, me laissant seule, nue, dans la clairière glacée.Je ne bouge pas. Je ne peux pas. Je suis figée, comme si le temps s'était arrêté. Son odeur est encore sur ma peau. La chaleur de son corps est encore dans mes os. Et ses mots résonnent en moi, encore et encore, comme un glas.Tu n'es rien. Une erreur. Disparais.La douleur est pire que tous les coups de Kira. Pire que les années de solitude. Pire que la faim, le froid, le mépris. C'est un vide immense qui s'ouvre dans ma poitrine et qui avale tout. L'espoir que j'avais nourri pendant dix ans, le rêve d'une âme sœur, d'un avenir, d'une vie meilleure... tout s'effondre.Je finis par me lever, mécaniquement. Je trouve mes haillons, je les e
Arya La fièvre me prend au coucher du soleil. Je suis dans les cuisines, comme toujours, plongeant les chaudrons dans l'eau glacée, frottant la graisse incrustée, quand la première vague de chaleur déferle sur moi. Une vague qui ne vient pas du dehors, mais du dedans. Du plus profond de mes entrailles, là où ma louve s'est éveillée. Une brûlure qui monte et qui descend, qui se répand dans mes veines comme du feu liquide. Ma main lâche le chaudron. Il tombe dans l'eau avec un bruit sourd, éclaboussant mes haillons. Mais je ne sens pas l'eau froide. Je ne sens que cette chaleur insensée, cette fièvre qui consume tout. Je m'appuie au bord de la bassine, la respiration courte. Mon front est moite, mes joues sont en feu, des frissons parcourent tout mon corps. Je ne comprends pas. Je n'ai jamais rien ressenti de tel. Ce n'est pas une maladie. C'est autre chose. Quelque chose d'instinctif, de primitif, d'incontrôlable. Je lève les yeux vers la fenêtre. La Lune. Elle est énorme, ronde
Je m'exécute, en tremblant, en m'appuyant au mur. À peine debout, un autre coup. Dans le ventre, cette fois. L'air est chassé de mes poumons, je me plie en deux, la nausée monte dans ma gorge.— Relève-toi.Je me relève.Un coup dans les côtes. Quelque chose craque. La douleur est une lame qui me transperce le flanc, et je m'effondre sur le sol, les genoux dans la poussière. J'ai du mal à respirer. Du sang coule de ma bouche, goutte à goutte, tachant la terre devant moi.— Tes parents étaient des traîtres, scande Kira en tournant autour de moi comme un vautour. Ta mère était une sorcière. Elle croyait avoir un don, un pouvoir. Elle se prenait pour une élue. Mais ce n'était qu'une Omega, comme toi. Une faible qui a voulu s'élever au-dessus de sa condition.Elle m'attrape par les cheveux et relève ma tête. Son visage est tout près du mien, tordu par une haine que je n'ai jamais comprise.— Et ton père, continue-t-elle dans un murmure venimeux, ton père était un lâche. Il a abandonné ses







