LOGINJe n’avais rien emporté.
Ni vêtements de rechange. Ni couverture. Ni souvenir.
Juste cette douleur insupportable que je traînais avec moi comme une seconde peau.
Je marchais depuis des heures. Peut-être des jours. La forêt se refermait autour de moi et la nuit tombait lentement, froide, humide, indifférente. Mes pieds me faisaient mal. Mes jambes brûlaient. Mais je continuais.
Parce que je n’avais nulle part où aller.
Parce qu’il m’avait rejetée.
Parce que revenir en arrière était impossible.
Je portai une main tremblante à ma poitrine.
Le lien était toujours là.
Brisé. Déchiré. Instable.
Mais pas disparu.
Et c’était pire.
J’aurais voulu qu’il soit arraché complètement. Qu’il n’en reste rien. Qu’il ne puisse plus me faire mal.
Au lieu de ça, il vibrait encore faiblement au fond de moi, comme un écho cruel.
Je revis son visage.
Son regard vide.
Sa voix glaciale.
Une honte pour cette meute.
Des larmes brûlantes montèrent à mes yeux, et cette fois, je ne cherchai pas à les retenir.
Je m’arrêtai au milieu du sentier, les bras serrés autour de moi, incapable d’avancer davantage.
— Pourquoi… murmurais-je.
Pourquoi lui ?
Pourquoi moi ?
Pourquoi m’avoir donné ce lien si c’était pour me détruire avec ?
Je glissai contre un tronc d’arbre et m’effondrai au sol. Mon corps entier tremblait. Je pleurai en silence, comme si la forêt elle-même pouvait me juger. Je pleurai tout ce que je n’avais pas pu montrer devant la meute. Ma honte. Ma colère. Mon humiliation. Mon amour stupide, surtout.
Parce que malgré tout…
Une partie de moi l’aimait encore.
Et je me détestais pour ça.
Un craquement sec me fit relever la tête.
Je me figeai.
Quelqu’un était là.
Non.
Plusieurs.
Puis l’odeur me frappa.
Métallique. Douceâtre. Terrible.
Du sang.
Mon cœur s’emballa.
Des silhouettes émergèrent lentement entre les arbres. Élégantes. Silencieuses. Trop pâles pour être humaines.
Des vampires.
Je me relevai d’un bond, malgré mes jambes instables.
— Reculez, dis-je d’une voix qui tremblait davantage que je ne l’aurais voulu.
L’un d’eux sourit, dévoilant ses crocs.
— Une louve seule, la nuit, si loin de son territoire ? C’est presque triste.
Je reculai.
— Ne m’approchez pas.
Ils échangèrent un regard amusé.
— Tu es perdue, murmura un autre. Tu sens la peine à des kilomètres.
La honte me traversa comme un éclair.
Ils pouvaient la sentir.
Ma faiblesse. Mon chagrin. Mon rejet.
Je fis un pas en arrière, puis un autre. Mon instinct me hurlait de courir. Mais la fatigue me ralentissait. Et eux… eux étaient trop calmes.
— Je peux encore me défendre, mentis-je.
Le premier vampire inclina la tête.
— Peut-être. Mais pas longtemps.
Je me retournai et tentai de fuir.
Je n’eus pas le temps de faire trois pas.
Une main glacée se referma sur mon poignet.
Je poussai un cri et me débattis, mais sa prise était de fer.
— Lâchez-moi !
— Pas question, souffla-t-il près de mon oreille. Le Roi va être intéressé par toi.
Le Roi ?
Je cessai de bouger une seconde.
Quel Roi ?
Pourquoi moi ?
Avant que je puisse poser la moindre question, une douleur violente me traversa la nuque.
Puis tout devint noir.
L'air semblait différent lorsque nous quittâmes le Sanctuaire.Il était plus frais.Plus dense.Comme si le monde extérieur avait continué de respirer sans nous pendant tout le temps où j'étais plongée dans les souvenirs des pierres.Je m'arrêtai quelques instants sur le seuil et levai les yeux vers le ciel.Les nuages avaient changé.De longues traînées argentées traversaient désormais l'horizon, dessinant des lignes irrégulières qui semblaient converger vers la montagne où se dressait la Porte.Je ne les avais jamais remarquées auparavant.Kaelor les observait lui aussi.Son visage se ferma légèrement.— Elle accélère.Le silence retomba aussitôt.Je suivis son regard.Même de cette distance, je pouvais sentir cette étrange vibration qui parcourait désormais le monde. Elle était discrète, presque imperceptible, mais elle semblait battre au même rythme que les fissures de la Porte.Le temps nous échappait.Le Roi s'avança de quelques pas avant de se tourner vers le groupe.Son autori
Personne ne parla tout de suite.Les paroles que je venais de prononcer semblaient encore flotter dans l'air, comme si les pierres elles-mêmes refusaient de les laisser disparaître.Je retirai doucement ma main du cercle gravé.À l'instant où ma peau quitta la pierre, les dernières lueurs s'évanouirent une à une, jusqu'à ce que le Sanctuaire retrouve le silence qui l'avait habité pendant des siècles.C'était terminé.Je le sentais avec une certitude étrange.Non pas parce que le lieu avait perdu sa magie.Mais parce qu'il m'avait transmis tout ce qu'il avait à transmettre.Je me relevai lentement.Mes jambes étaient encore un peu engourdies, pourtant je ne ressentais plus cette fatigue qui m'écrasait depuis plusieurs jours. Au contraire, une paix discrète s'était installée en moi.Le Roi resta quelques instants à m'observer.Son regard parcourut mon visage avec une attention silencieuse, comme s'il cherchait à comprendre ce qui avait changé.Puis il esquissa ce sourire que je commença
Je gardai ma main posée sur la pierre encore quelques instants.Autour de moi, les gravures pulsaient faiblement, comme si elles accompagnaient les battements de mon cœur. Je percevais de nouveau la présence des autres, leurs respirations, leurs regards tournés vers moi. Pourtant, quelque chose me retenait encore entre deux mondes.Je n'étais plus tout à fait dans le Sanctuaire.Je n'étais pas encore complètement revenue auprès d'eux.Le Roi ne lâcha pas ma main.Ses doigts étaient toujours entrelacés aux miens, solides, rassurants. Je sentais son inquiétude derrière son silence. Il ne me pressait pas de parler. Il attendait simplement que je retrouve mon souffle.Puis la lumière des gravures s'intensifia une dernière fois.Un souffle chaud parcourut la salle.Personne ne bougea.Même les flammes des torches semblèrent s'immobiliser.Devant moi, l'air se troubla doucement.Cette fois, il ne s'agissait ni d'un souvenir, ni d'une silhouette.C'était comme si le Sanctuaire tissait des im
La silhouette lumineuse demeurait immobile devant moi.Elle ne possédait aucun visage que je pouvais distinguer, aucune expression, aucun détail auquel me raccrocher. Pourtant, sa présence ne m'inspirait ni la peur ni la méfiance.Seulement une étrange familiarité.Comme si une partie de moi l'avait toujours connue.Je m'approchai lentement.Chaque pas semblait résonner dans un espace qui n'avait plus rien de commun avec la forêt ou le Sanctuaire. Le paysage autour de nous s'était dissous dans une lumière blanche, douce, presque irréelle.Lorsque je ne fus plus qu'à quelques mètres, la silhouette leva sa main.Je l'imitai sans réfléchir.Au moment où nos paumes se frôlèrent, une chaleur profonde traversa tout mon corps.Ce n'était pas une puissance brutale.Plutôt la sensation de retrouver quelque chose qui m'avait toujours appartenu.Autour de nous, la lumière se transforma peu à peu.Des centaines de silhouettes apparurent.Hommes.Femmes.Enfants.Ils formaient un immense cercle si
Je restai longtemps sans répondre.Les derniers mots de l'homme continuaient de tourner dans mon esprit, comme les cercles qui s'étaient formés à la surface de la source avant de disparaître.Chercher celui qui nourrit la peur...J'avais toujours cru que notre ennemi avait un visage. Une armée. Un nom. Quelqu'un qu'il suffirait de vaincre pour que tout s'arrête.Pour la première fois, cette certitude vacillait.L'homme reprit sa marche d'un pas tranquille, comme s'il savait que je finirais par le suivre. Le sentier s'enfonçait sous les grands arbres, dont les branches filtraient une lumière dorée. À mesure que nous avancions, le village s'éloignait derrière nous, remplacé par le murmure d'une forêt ancienne.Aucun mot n'était nécessaire.Ce silence n'avait rien d'inconfortable. Il ressemblait à celui que je partageais parfois avec le Roi, lorsque nos pensées parlaient à notre place.Je souris malgré moi.Même ici, au cœur d'un souvenir vieux de plusieurs siècles, il parvenait encore à
Le monde retrouva peu à peu son équilibre.La lumière cessa d'onduler autour de moi et les contours du village redevinrent parfaitement nets. J'entendais de nouveau le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles dans les immenses branches de l'arbre, les éclats de rire des enfants qui continuaient à jouer comme si rien d'inhabituel ne venait de se produire.Pourtant, tout avait changé.L'homme aux cheveux argentés me regardait toujours.Il ne semblait ni surpris ni inquiet de ma présence. Au contraire, son sourire avait cette douceur tranquille de ceux qui accueillent enfin une personne attendue depuis longtemps.Je restai immobile, incapable de détourner les yeux.— Vous... vous pouvez me voir ?Il inclina légèrement la tête.— Oui.Sa réponse était si naturelle que j'en oubliai presque de respirer.Je fis un pas dans sa direction, hésitante.— Mais... c'est impossible. Ce lieu est un souvenir.Il esquissa un sourire amusé.— C'est ce que tu crois.Pendant quelques secondes, je ch
Je n’aurais pas dû venir. Je le sue dès que je franchis les portes.La salle était immense, mais la table dressée au centre ne comportait que deux places. Deux. Pas de cour.Pas de témoins. Pas de distance.Juste lui. Et moi.Un piège.Je m’arrêtai à quelques pas.— Tu as finalement accepté.Sa voi
Je restai immobile, incapable de détourner les yeux de lui.Le lien qui venait de s’allumer entre nous vibrait encore au fond de ma poitrine, chaud, violent, insupportablement vivant. J’aurais voulu l’arracher. Le déchirer de mes propres mains. Le piétiner jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien.Mais
Quand je repris connaissance, la première chose que je sentis fut le froid.Un froid lourd, ancien, incrusté dans la pierre elle-même.J’ouvris les yeux lentement.Au-dessus de moi, un plafond voûté disparaissait dans l’ombre. Des torches brûlaient le long de murs de pierre sombre, projetant une lu
Je savais que quelque chose n’allait pas.Toute la meute était rassemblée sur la grande place, mais personne ne parlait. Même le vent semblait s’être arrêté. Les regards glissaient sur moi, lourds, étranges, presque gênés.Mon cœur battait trop vite.Aujourd’hui aurait dû être le plus beau jour de







