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Chapitre 5

Author: Diva Noir
last update publish date: 2026-08-05 07:18:25

Point de vue de Madeleine

« Non. » Ma voix était brisée, à peine plus forte que le vent dans les arbres. J’essayai de me dégager de l’homme qui me soutenait, mais mes jambes se dérobèrent sous moi avant même que je puisse faire un pas. Une douleur lancinante me transperça le flanc et je me mordis la lèvre pour étouffer un cri.

« Je veux partir. »

Ces mots sonnaient pitoyables, même à mes propres oreilles.

L’homme ne resserra pas son étreinte. Il ne me força pas non plus à avancer. Il me soutint simplement jusqu’à ce que je retrouve mon équilibre.

« Vous avez besoin d’un guérisseur », dit-il doucement.

« Non. »

« Si. »

« Je me débrouillerai. »

Il baissa les yeux sur le sang qui imbibait le linge pressé contre mon flanc avant de croiser à nouveau mon regard.

« Non », dit-il d’une voix calme mais ferme. « Vous ne vous en sortirez pas. »

Ma poitrine se serra.

« Je ne veux pas rester ici. »

« Vous n’êtes pas obligée. »

Je le fixai du regard. Un instant, je me demandai si j’avais bien entendu.

« Quoi ? »

« Vous n’êtes pas obligée de rester. »

Son expression demeura impassible.

« Si vous souhaitez toujours partir une fois vos blessures soignées, personne ne vous en empêchera. »

Je cherchai la moquerie sur son visage. Il n’y en avait aucune. Pas de sourire cruel. Pas d’amusement. Pas de menace cachée. Juste une certitude tranquille.

« Vous vous attendez à ce que je vous croie ? »

« Vous n’êtes pas obligée de me croire. »

Sa réponse ne fit que me troubler davantage.

« Je n’ai jamais rencontré un loup solitaire qui supplie quelqu’un de rester. »

« Je n’ai jamais dit que je suppliais. »

Avant que je puisse répondre, la femme à la cicatrice s’approcha.

« Elle perd encore du sang. »

L’homme hocha brièvement la tête avant de se tourner vers moi.

« Pouvez-vous tenir debout assez longtemps pour marcher ? »

J’essayai. Au moment où je déplaçai mon poids, le monde bascula violemment sous mes pieds. Mes genoux flanchèrent. De puissants bras me rattrapèrent avant que je ne touche le sol. Un soupir de frustration m’échappa.

« J’ai dit que je voulais partir. »

« Et tu partiras. »

Son ton si détaché m’agaca presque.

« Mais pas comme ça. »

Sans attendre une autre discussion, il me souleva comme si je ne pesais rien et me ramena vers la moto.

« Je peux marcher. »

« Non. »

« Je n’ai pas besoin… »

« Tu ne tiens même pas debout. »

Je détestais qu’il ait raison. Il m’installa de nouveau sur la moto avant de monter devant moi. Un instant, j’envisageai de glisser de l’autre côté. Mon corps refusait d’obéir. Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule.

« Tu vas devoir t’accrocher. »

« Je préférerais éviter. »

« Si tu tombes, tu vas rouvrir la plaie. »

À contrecœur, je l’enlaçai par la taille. Le moteur gronda sous nous avant que la moto ne redémarre. Personne ne parla. Le silence s’étira entre nous tandis que nous suivions la route sinueuse qui s’enfonçait toujours plus profondément dans la forêt. Je scrutais les arbres, mémorisant chaque virage. Si l’occasion se présentait, je m’enfuirais. Je ne savais pas où. N’importe où sauf ici.

La moto commença à ralentir. Devant nous se dressaient de hautes grilles de fer encastrées dans d’épais murs de pierre. Plusieurs loups se tenaient non loin, vêtus de cuir au lieu de leurs uniformes de meute. Tandis que la moto se rapprochait, une idée me traversa l’esprit. Ce n’était pas une bonne idée. Mais c’était la seule. Nous n’allions plus très vite. Si je sautais maintenant…

Le sol me ferait mal. La plaie se rouvrirait probablement. Mais je pouvais encore courir. Je desserrai lentement une main de sa taille. Juste un peu. Encore un centimètre. Avant que je puisse faire un autre mouvement, sa voix brisa le silence.

« Si tu penses à sauter, dit-il calmement, ne le fais pas. »

Ma main se figea.

« Je ne pensais pas à ça. »

« Si. »

La chaleur me monta aux joues.

« Je dois partir. »

« Tu peux. »

Je clignai des yeux. « …Quoi ? »

« Tu peux partir. »

Son ton resta aussi ferme qu’avant.

« Une fois tes blessures guéries. »

Je fronçai les sourcils. « Tu me laisserais faire ? »

« Si c’est ce que tu veux. »

Cette réponse n’avait aucun sens. Aucun Alpha ne laisserait quelqu’un partir. Aucun loup solitaire ne devrait le faire non plus.

« Pourquoi ? »

Il ne répondit pas. Au lieu de cela, les lourdes portes commencèrent lentement à s’ouvrir. La moto passa. La première chose qui me frappa fut le nombre de personnes à l’intérieur. Des motos étaient garées en rangs serrés devant de vieux bâtiments en pierre. Certains loups réparaient des moteurs. D’autres transportaient des caisses entre les entrepôts. Plusieurs s’entraînaient au combat dans une cour. Ça ne ressemblait en rien aux histoires qu’on m’avait racontées sur les camps de loups solitaires.

Puis quelqu’un leva les yeux. Un autre fit de même. En quelques secondes, toute conversation s’arrêta. Les outils furent baissés. Les gens se retournèrent. Des regards nous suivaient de toutes parts. Mon cœur s’emballa. Instinctivement, je baissai la tête. Je connaissais cette sensation. Je savais ce qui allait toujours suivre. Quelqu’un allait rire. Quelqu’un allait me traiter de bon à rien. Quelqu’un allait demander pourquoi un Oméga pathétique avait été amené ici.

Je me préparai. Rien ne se produisit. Le silence s’étendait sur tout le camp. Personne ne rit. Personne ne ricana. Personne ne chuchota assez fort pour que je l’entende. Ils se contentèrent de me fixer. Pas avec dégoût. Pas avec haine. Presque… Presque comme s’ils m’attendaient.

Un frisson me parcourut l’échine. Sans m’en rendre compte, je serrai plus fort le blouson de cuir de l’homme. Je n’avais aucune idée de pourquoi tous les regards du camp étaient rivés sur moi. Et d’une certaine manière… Cela m’effrayait bien plus que s’ils avaient ri.

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