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Chapitre 4

Author: Diva Noir
last update publish date: 2026-08-05 07:17:36

Point de vue de Madeleine

L’air froid de la nuit me mordait la peau, mais un autre frisson me parcourait le sang. « On l’a trouvée ? » murmurai-je d’une voix rauque, à peine audible par-dessus le bourdonnement dans mes oreilles. Mes mots n’avaient aucun sens. Trouvé qui ? Ma tête me faisait un mal de chien, chaque battement résonnant comme un coup de marteau sur mon crâne.

L’homme s’agenouilla près de moi. Son odeur était un mélange de cuir, d’une senteur âcre comme celle de la forêt sauvage et d’une pointe de désespoir. Il retira son lourd gilet de cuir.

« Ça va aller maintenant, ma petite », murmura-t-il d’une voix grave et étonnamment douce. Il enroula délicatement le gilet autour de mes épaules. La chaleur m’envahit, un soulagement bienvenu après ce froid mordant, mais j’avais un mauvais pressentiment. Un sentiment d’injustice. Que se passait-il ? Et qui appelait-il « ma petite » ?

Il me souleva dans ses bras, forts et fermes, me berçant avec une aisance qui laissait deviner que je ne pesais rien. Ma tête s’affaissa contre son épaule, ma vision se brouillant sur les bords. J’aperçus le reflet du métal, la silhouette sombre d’une moto. Il me fit asseoir sur la selle, mon dos contre sa poitrine. Malgré la brume, je reculai légèrement. C’était trop près, trop intime, avec un inconnu.

« Qui… qui êtes-vous ? » parvins-je à articuler, la voix plus faible que je ne l’aurais souhaité. Je devais savoir. Je devais comprendre quel nouveau cauchemar j’étais en train de vivre.

Il ne répondit pas. Pas avec des mots, en tout cas. Au lieu de cela, sa main se posa fermement mais doucement sur mon ventre, me ramenant contre lui. Son souffle effleura mon oreille.

« Tiens bon », ordonna-t-il, sa voix vibrant doucement contre ma peau.

Puis le moteur rugit sous nous, un violent vrombissement qui déchira le silence de la nuit. La moto bondit en avant, prenant rapidement de la vitesse. Le vent siffla autour de mes oreilles, me piquant les yeux, faisant jaillir des larmes dont j’ignorais l’existence. J’ai fermé les yeux très fort, m’accrochant instinctivement à lui, mes mains crispées sur sa veste.

À travers mes paupières mi-closes, un éclair a déchiré l’obscurité derrière nous. Une autre moto. Puis une autre. Elles ont filé à toute allure, une tache sombre de mouvement. L’une d’elles, plus grosse, plus imposante que les autres, a brusquement viré, coupant la route. Elle a bloqué le passage, formant un mur impénétrable de métal et d’ombres mouvantes. Des cris de colère, lointains et étouffés, flottaient dans le vent. La patrouille de Damon. Ils ne passeraient pas. Mes paupières sont devenues lourdes, de plus en plus lourdes. Le monde tournait. Les ténèbres m’ont de nouveau engloutie.

Je me suis réveillée en sursaut, le corps douloureux. Mes bras étaient toujours enlacés autour de l’homme, mon visage pressé contre son dos. Le gilet était toujours là, un poids réconfortant. Où étions-nous ? Mes yeux se sont ouverts en papillonnant, peinant à se concentrer. La forêt a défilé à toute vitesse, un mur vert flou, mais quelque chose avait changé. Le chemin n’était pas la piste de terre bien entretenue de nos territoires. Il était plus accidenté, moins soigné. Mes yeux mi-clos percevaient des formes inédites, disséminées parmi les arbres. Des structures sombres et imposantes. Vieilles. Oubliées.

Nous avons ralenti, puis nous nous sommes arrêtés. J’avais la tête lourde, comme détachée de mes épaules. L’homme s’est déplacé pour m’aider à descendre de la moto. Mes jambes étaient comme de la gelée, prêtes à me lâcher. Mes yeux se sont écarquillés, embrassant enfin les alentours au-delà du flou mouvant.

Des motos garées. Tant. Pas une ou deux, mais des dizaines, alignées comme des soldats devant les bâtiments anciens et délabrés. Les structures étaient en pierre, sombres et couvertes de mousse, le genre de pierre qu’on ne voit que dans les profondeurs de la forêt, loin de tout territoire de meute.

Puis je les ai vus. Des loups. Mais pas comme les nôtres. Pas comme la meute de Damon. Ces loups étaient plus grands, plus rudes, leurs yeux luisant dans la pénombre. Ils ne portaient ni uniformes, ni marques ou symboles de clan. Ils étaient vêtus de cuir, comme l’homme qui m’avait portée. Des vestes, des gilets, certains ornés d’écussons que je ne parvenais pas à distinguer dans la pénombre. Leurs mouvements avaient une grâce prédatrice, mais leurs regards étaient différents. Ni méfiants, ni provocateurs, mais… vigilants. Silencieux.

« Ça va, Oméga ? » Une voix grave me fit sursauter. L’un d’eux s’avança, le visage dissimulé par une capuche, mais ses yeux brillaient d’une clarté perçante. Il portait un épais manteau de cuir, une silhouette sombre et intimidante.

Mon souffle se coupa. Oméga. Il savait. Comment ? L’angoisse me noua l’estomac. Ce n’était pas sûr. Ce n’était pas un sauvetage.

Une autre, une femme avec une cicatrice au sourcil, s’approcha. « On dirait qu’elle va s’effondrer à nouveau. »

L’homme qui m’avait amenée ici, celui auquel je m’accrochais, prit enfin la parole. « Elle est en état de choc et a perdu beaucoup de sang. Faites-la rentrer. Vite. » Ses paroles étaient directes, une autorité tacite imprégnait sa voix.

À l’intérieur ? Mon cœur battait la chamade. Ce n’était pas un sentier forestier ordinaire. Ce n’étaient pas des loups ordinaires. C’étaient…

Des loups solitaires.

La réalisation me frappa de plein fouet. Des loups solitaires. Les parias. Ceux sans meute, sans allégeance. Les dangereux. Mon corps se raidit, une terreur glaciale s’insinuant dans mes os. Une peur viscérale et primitive m’étreignit la poitrine. Mes jambes tremblaient.

« Non », murmurai-je, essayant de me dégager de l’emprise de l’homme, mais je n’en avais pas la force. « Non, je ne peux pas… »

L’homme encapuchonné me regarda, une lueur indéchiffrable dans ses yeux. De la sympathie ? De la pitié ? « Tu n’as nulle part où aller, petite. »

J’étais piégée. J’avais fui Damon, une prison de servitude et d’humiliation publique, pour me retrouver dans une autre. Était-ce là mon destin ? Être ballottée d’un maître à l’autre ? Cette nouvelle cage était-elle meilleure, ou simplement différente ?

« S’il vous plaît », murmurai-je d’une voix étranglée, un cri rauque me déchirant la gorge. « Je… je veux juste qu’on me laisse tranquille. » Ma voix se brisa, trahissant la terreur qui m’envahissait.

Je fermai les yeux. Fuir Damon ne m’avait pas apporté la liberté. Cela m’avait menée à ça. Mon cœur se serra, lourd et froid. D’une meute que je haïssais à un repaire de loups solitaires, un lieu d’inconnu et de murmures de danger. Étais-je vraiment libre, ou avais-je simplement troqué une prison contre une autre, bien plus terrifiante ?

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